De la majorité morale à la fusion morale

Bulletin du pasteur Chuck Baldwin

29 mai 2025

Le titre de l’article d’aujourd’hui est le même que celui de mon homélie de dimanche dernier, le 25 mai 2025. Ce jour-là, mon épouse et moi – de même que ma famille locale de Liberty Fellowship – nous avons commémoré le 50e anniversaire de mon ordination en tant que ministre. Mon message fut un court reflet de ce que j’ai vu et expérimenté au cours du dernier demi-siècle. Cet article fera de même.

J’ai commencé le message de dimanche dernier par mon enfance, mais je vais débuter cet article au moment de mes 27 ans (quatre ans dans le ministère) quand j’eus accepté un poste de leadership dans la Moral Majority nouvellement formée.

La Majorité morale

À l’invitation personnelle du Dr Jerry Falwell, je fus Directeur Exécutif de la Majorité Morale de la Floride de 1979 à 1989. Durant mes années à la Majorité morale, je rencontrai la plupart des leaders de la Droite religieuse. Je ne pourrais compter le nombre de rencontres auxquelles j’ai assisté à Washington, D.C. J’eus des audiences personnelles avec le Président Ronald Reagan et ensuite avec le Vice-président George H.W. Bush – et je rencontrai Pat Buchanan pour la première fois. Il est plus tard venu prendre la parole à notre église de la Floride devant un auditorium rempli à craquer.

J’ai voyagé à plusieurs reprises avec Jerry dans son avion (je ne savais pas à l’époque que son avion était un cadeau de l’État d’Israël). J’ai traversé l’océan avec lui à deux occasions séparées ; il me fit figurer dans son National Liberty Journal ; j’apparus comme invité dans son programme télévisé national, Old Time Gospel Hour ; j’ai pris la parole à l’école et Jerry s’adressa plusieurs fois à mon église.

Je dis tout cela tout simplement pour que vous connaissiez mes antécédents.

La plupart des pasteurs de la base dans la Majorité moral étaient des hommes bons, décents et honnêtes qui voulaient vraiment faire ce qui est droit devant Dieu et pour le pays. J’ai toutefois découvert plus tard que certaines personnes du leadership national – et je ne pointe pas ici le doigt vers Jerry – semblaient avoir des visions de pouvoir politique et de récompenses financières.

Rappelez-vous que je n’avais que 27 ans quand j’ai débuté ce parcours.

Je me rappelle une conférence de presse avec les leaders nationaux de la Droite religieuse à Washington, D.C., dans laquelle un reporter demanda aux hommes sur l’estrade : « Qu’est-ce que vous voulez réellement ? »

Lorsque j’entendis la question, je pensai en moi-même : « Quelle question parfaite. Quelle occasion de donner au pays un résumé tronqué mais descriptif de ce que nous sommes vraiment. »

Je fus choqué quand j’entendis un des hommes (pas Jerry Falwell) dire : « Tout ce que nous voulons, c’est un siège à la table. »

La réponse m’abasourdit. Je me rappelle avoir pensé en moi-même : « Quoi ? Tous ces efforts, ces dépenses, cette énergie – ce sang, ces sueurs et ces pleurs – pour que certains d’entre nous aient une place à la table du roi ? » Je découvris plus tard que c’est exactement ce que plusieurs d’entre eux voulaient.

Je puis honnêtement dire que beaucoup de bon sortit de l’œuvre de la Majorité morale, particulièrement au niveau local de nombre d’États – et même au niveau national jusqu’à un certain degré.

Cependant, le résultat final (et persistent) de ces années ne fut pas si bon. Je parle du mariage politique entre les chrétiens évangéliques et le Parti républicain. Jusqu’à date, ce mariage demeure intact.

À travers l’Amérique, les pasteurs et les chrétiens évangéliques tournent le dos à la fraternité spirituelle, aux pasteurs (et aux amis) courageux qui disent la vérité, aux membres de la famille d’esprit spirituel, ou n’importe qui d’autre par déférence à un politicien républicain – spécialement un président républicain. Et il n’importe aucunement que le président affiche une conduite ou des politiques publiques immorales, contraires à l’éthique ou inconstitutionnelles.

Voilà le fruit défendu qui poussa de l’arbre de la Majorité morale.

Il arriva une autre chose : un mariage théologique entre les chrétiens évangéliques et l’État sioniste d’Israël. Chose sûre, la relation entre les deux a pris une tournure d’engagement étendu depuis 1948 et les deux se sont mis à coucher ensemble après la Guerre de Six Jours de 1967. Mais les efforts organisés de la Majorité morale, de la Coalition chrétienne, de la Droite religieuse, etc. ont produit un lien déclaré et incassable entre les évangéliques et l’État sioniste d’Israël.

Dans une autre conférence de presse de D.C. à laquelle j’assistai, un reporter demanda spécifiquement à Jerry : « Êtes-vous un sioniste ? »

C’était la première fois que j’entendais le mot « sioniste ». J’ignorais complètement ce que c’était. Mais étonnamment (en regardant en arrière) je me rappelle distinctement avoir pensé que la réponse de Jerry serait « Non ». Même si je n’avais jamais entendu le terme, et que je ne savais rien à ce propos, la réponse indistincte en mon cœur était qu’il s’agissait de quelque chose de mauvais. Cette pensée venait à peine de surgir dans mon esprit que j’entendis Jerry répliquer par un emphatique « Oui ».

Étant encore tout jeune, j’assumai simplement que mes instincts étaient mauvais. Après tout, Jerry était mon mentor, et il était plus âgé et plus savant que moi, j’écartai donc mes inhibitions intérieures. Je suis TELLEMENT reconnaissant que le Saint-Esprit ait éclairé plus tard mon âme sur la vérité de l’Israël biblique et de la Nouvelle Alliance de Christ, et sur la méchanceté du talmudisme, du chabadisme, de la kabbale et du sionisme.

Aujourd’hui, bien sûr, le sionisme chrétien est une doctrine majeure profondément enracinée dans la plupart des églises évangéliques. La majorité des évangéliques préféreraient renier la divinité de Jésus-Christ que de renier l’Israël sioniste comme la résurrection de l’Israël de l’Ancien Testament, essentielle au Second Retour.

Mais le but global de la Majorité morale était de ramener la bonté en Amérique après les huit ans d’administration débauchée de Bill Clinton. En passant, une grande part de l’agitation, des troubles et de la parodie dans lesquels les États-Unis sont maintenant entraînés au Proche-Orient tirent leurs racines des deux mandats de Clinton à la Maison Blanche.

Mais ce que je veux dire, c’est que durant les années de la Majorité morale, les pasteurs évangéliques s’en tenaient de façon générale à la bonté. Ils professaient et proposaient de bons gouvernements et de bons comportements chez nos représentants élus.

Les années G.W. Bush

Au moment où G.W. Bush fut élu, j’animais mon talk-show radiophonique national syndiqué, Chuck Baldwin Live, depuis sept ans. Ce talk-show radiophonique m’ouvrit des portes d’opportunités partout à travers le pays, telles que mon amitié avec le Dr Ron Paul et son endossement de ma campagne présidentielle avec le Parti Constitution, en 2008.

C’est drôle comme l’histoire tend à se répéter. Les amis évangéliques qui me louaient parce que je parlais publiquement de la conduite inconstitutionnelle de Bill Clinton, me qualifiaient de tous les sales noms lorsque je me mis à parler de la conduite inconstitutionnelle de Bush. Et ils me traitent encore de tous les noms quand je parle de la conduite inconstitutionnelle de Trump.

Mais je digresse.

Ce qui débuta par un désir de bonté humaine fondamentale durant les années Reagan se transmua en un désir de suprématie religieuse durant les années G.W. Bush.

Les évangéliques se réjouissaient et applaudissaient quand Bush déclara la guerre aux musulmans, qu’il éjecta la Constitution de la Maison Blanche et qu’il enfonça le Département de la Sécurité du Territoire, la Loi Patriot, la Loi sur la Commission Militaire, etc. dans la gorge du peuple américain.

En 2003, les évangéliques n’avaient absolument aucune idée que les guerres de Bush au Proche-Orient étaient en réalité les guerres d’Israël. Et quand Trump nous amènera en guerre contre l’Iran, ce sera encore une guerre d’Israël.

Pour démontrer jusqu’à quel point les politiciens de D.C. sont contrôlés : Trump envoie de l’aide financière et militaire aux mêmes terroristes musulmans d’al-Qaeda/ISIS à qui G.W., Bush envoya des milliers de soldats américains pour y mourir au combat. Et n’est-il pas étrange que ces terroristes musulmans d’ISIS n’attaquent jamais Israël ?

Et quelle ironie que le républicain Donald Trump utilise le Département de la Sécurité du Territoire (DHS) de G.W. Bush pour déclarer la guerre contre la liberté d’expression du Premier Amendement et contre quiconque formule une quelconque critique envers Israël et son génocide à Gaza, en parole ou par écrit.

Pour empirer les choses, la cheffe du DHS, Kristi Noem, est tellement illettrée au niveau de la Constitution qu’elle ne sait même pas ce qu’est un Habeas Corpus. Le juge Napolitano a fait jouer les commentaires de Noem lors d’une audience récente du Sénat américain sur le Comité de la Sécurité du Territoire.

La sénatrice du New Hampshire, Maggie Hassan, a demandé à Noem : « Donc, Secrétaire Noem, qu’est-ce qu’un Habeas Corpus ? »

La Secrétaire Noem a répliqué : « L’Habeas Corpus est un droit constitutionnel qu’a le président afin de pouvoir déménager des gens de notre pays. »

La bonne sénatrice eut donc à enseigner la secrétaire du DHS sur la vraie signification d’un Habeas Corpus, c’est-à-dire, l’exigence constitutionnelle (Article 1, Section 9, Clause 2) que la mise en application de la loi doit être présentée au prisonnier ainsi que la preuve de mauvais comportement avant qu’un juge n’autorise l’incarcération continue du prisonnier.

Voyez Kristi Noem faire une folle d’elle sur la télévision nationale. C’est le genre d’imbéciles que Trump a assignés pour protéger les libertés du peuple américain.

Et voici une courte vidéo où Kristi Noem visite le « Mur des lamentations » de Jérusalem comme prélude à une rencontre avec son patron Benjamin Netanyahou.

Dans le monde musulman, les Shias et les Sunnis se combattent les uns les autres en s’accusant de ne pas être assez musulmans. Essentiellement, c’est ce que la Droite religieuse a fait pendant les années Bush. Ils voulaient faire de leur branche religieuse la loi du territoire au détriment d’un gouvernement constitutionnel qui protège les droits de TOUS les hommes, peu importe leur religion.

Et tous les présidents depuis 2008 – incluant Donald Trump – ont poursuivi la même politique étrangère néocon/sioniste de G.W. Bush.

Bien sûr, Obama et Biden ne partageaient pas la même ferveur religieuse de l’aile droite que Bush. Mais l’on doit comprendre que l’emphase de Bush sur la religion de l’aile droite n’était qu’une ruse pour vendre aux chrétiens évangéliques à la maison l’agenda de guerre néocon/sioniste outremer et les attaques contre le Quatrième Amendement. Et ça a fonctionné !

Aujourd’hui, les évangéliques sont au moins à 80 % pour le sionisme et l’état policier. Oh, ils prendraient ombrage du terme « état policier », mais c’est exactement ce qui prend place sous Donald Trump. Lorsque lui et la Procureure Générale Pam Bondi parlent de juguler l’antisémitisme, ils parlent d’éviscérer le droit le plus fondamental d’une société libre : la liberté d’expression. Et soit que les évangéliques restent dans un silence indifférent, soit qu’ils soutiennent avec enthousiasme le bannissement de la critique contre Israël et son monstrueux génocide à Gaza.

Ce qu’ils ne semblent pas réaliser, c’est que lorsque l’on commence à censurer la parole à propos d’un sujet, la porte s’ouvre à la censure sur tous les sujets.

La fusion morale

Ces mêmes évangéliques qui œuvrèrent de manière si fiévreuse, dans les années 1980 et 1990 pour amener de la bonté humaine de base à l’Amérique, soutiennent maintenant la destruction d’hommes, de femmes et d’enfants innocents – y compris des hommes, des femmes et des enfants chrétiens – à Gaza et dans le Proche-Orient.

Ils laissent faire les meurtres de masse d’Israël, ils excusent les famines de masse d’Israël, ils justifient le génocide d’Israël et ils facilitent le nettoyage ethnique d’Israël.

Les lois de la bonté humaine de base, les lois de l’humanité et les lois d’équité et d’égalité ont été larguées de la conscience des chrétiens évangéliques. Tout au nom d’Israël ; tout au nom de la Bible ; tout au nom de la chrétienté ; tout au nom de Dieu.

Le monde entier reconnaît la totale dépravation du génocide d’Israël à Gaza. Presque tout le monde aux États-Unis reconnaît la totale dépravation du génocide d’Israël à Gaza – sauf un Président républicain, des membres du Congrès et des sénateurs des deux partis au sein de la Beltway et les évangéliques.

Ces mêmes évangéliques qui supportaient si fortement un gouvernement constitutionnel durant l’époque de la Majorité morale sont maintenant totalement silencieux ou endossent en fait la réduction gouvernementale de nos libertés protégées par la Constitution (particulièrement la liberté d’expression) et soutiennent l’engagement direct de l’Amérique et son partenariat avec les meurtres de masses génocidaires d’Israël.

Au cours des cinquante dernières années, j’ai vu les chrétiens évangéliques amener l’Amérique de la Majorité morale vers la Fusion morale.