D. 590 – L’ESPRIT, L’ÂME ET LE CORPS – Tome 2

Article d’un abbé dont le but est de prouver l’immortalité de l’âme

Par Roch Richer

TOME DEUX

Nous allons passer au peigne fin un article publié sur Internet par un « éminent » catholique, l’abbé Grégoire Célier, intitulé L’immortalité de l’âme, et mis en ligne le 1er janvier 2000. Nous le citons dans son intégralité afin que l’on ne nous accuse pas d’avoir escamoté des passages où il y aurait des « arguments imparables » que nous n’aurions pu contredire. Ce sera peut-être un peu long, mais il vaut la peine de soupeser la qualité argumentaire proposée par le catholicisme en faveur de l’immortalité de l’âme de l’homme. (Notez que l’emphase parsemant le texte est de notre ajout.)

« La négation de l’immortalité de l’âme est au cœur de l’apostasie moderne. Il est donc nécessaire de rappeler les arguments-clés à ce sujet, d’en revoir les fondements indestructibles et de détruire les erreurs adverses. Nous nous appuierons pour cela sur le témoignage de la civilisation humaine, sur la réponse de la raison et sur celle de la foi. »

D’entrée de jeu, l’abbé Célier affirme que l’apostasie moderne est due à la négation de l’immortalité de l’âme. Mais quelle est cette apostasie, étant donné que la forte majorité du monde chrétien adhère à cette croyance ? Les chrétiens qui n’y adhèrent pas n’ont pas apostasié de l’Église de Christ, mais de l’Église de Rome.

Puis, Célier annonce ses couleurs : ses arguments doivent être considérés par ses lecteurs comme reposant sur des fondements indestructibles. Ce que nous allons bien voir, car la méfiance s’impose, vu que pour ce faire, l’abbé s’appuiera sur le témoignage de la civilisation humaine, la réponse de la raison et sur celle de la foi – catholique, bien sûr. Il agira donc plus à titre de philosophe que de recherchiste scripturaire, ce qui peut nous porter à hausser le sourcil. Normalement, si cet homme croyait véritablement en Dieu et en Sa Parole, il n’aurait pas besoin de se référer au témoignage de la civilisation humaine, ni de la raison humaine, ni de la foi en l’homme. Il n’aurait qu’à avoir recours aux Écritures pour étayer son argumentation qui deviendrait immédiatement un fondement indestructible. Il y a donc fort à parier qu’il se soit rendu compte que la Bible n’apporte aucun « argument-clé » en faveur du concept de l’immortalité de l’âme.

« Le témoignage de la civilisation humaine

« Aucun homme n’a jamais pu être indifférent devant la mort. Même attendue, même détestée, elle surprend toujours et suscite une protestation, un refus qui s’enracine dans l’intense désir de vivre inséparable de l’homme. À la disparition d’un être cher, plus encore à l’heure où la mort nous appelle nous-mêmes, nous n’arrivons pas à comprendre ou à admettre que la mort soit le terme naturel de l’existence humaine.

« Il n’y a pourtant aucune réalité qui soit si certaine que celle de notre mort. Si son jour est caché, sa venue ne fait pas de doute et il serait insensé de se croire l’objet d’une exception à ce sujet. »

Célier reconnaît qu’il y a en l’homme le désir de vivre éternellement. Mais les Écritures disent que le corps mortel ne peut y accéder (1 Corinthiens 15). Or, le fait de « désirer » l’immortalité ne devient pas une preuve que nous ayons une âme immortelle. La mort est inévitable pour presque tout le monde, mais il est faux de penser qu’il soit insensé de croire qu’il puisse y avoir une exception. L’apôtre Paul a écrit ceci : « Car le Seigneur lui-même avec un cri d’exhortation, et une voix d’Archange, et avec la trompette de Dieu descendra du Ciel ; et ceux qui sont morts en Christ ressusciteront premièrement ; puis nous qui vivrons et qui resterons, serons enlevés ensemble avec eux dans les nuées, au-devant du Seigneur, en l’air et ainsi nous serons toujours avec le Seigneur » (1 Thessaloniciens 4:16-17) et « Voici, je vous dis un mystère : nous ne dormirons [ou mourrons] pas tous, mais nous serons tous transmués ; en un moment, et en un clin d’œil, à la dernière trompette, car la trompette sonnera, et les morts ressusciteront incorruptibles, et nous serons transmués » (1 Corinthiens 15:52).

Lors du retour de notre Seigneur, un grand nombre de Ses enfants seront toujours vivants. Ils n’auront pas besoin de passer par la mort et leur corps sera instantanément transformé pour revêtir l’immortalité. Dommage que Célier n’ait pas vu cela.

« Tout homme est condamné inéluctablement à disparaître après avoir fait un passage de quelques années, une centaine peut-être, sur notre planète. Rien en cela, semble-t-il, de mystérieux ni d’étrange : comme d’autres êtres nous apparaissons puis après un certain temps nous disparaissons, laissant derrière nous d’autres hommes pour nous remplacer : ceux-là s’effaceront également pour laisser la place aux générations futures qui transmettront le flambeau de la vie avant de s’évanouir pour jamais. »

À sa manière quelque peu fataliste, Célier décrit le cycle de la vie physique de l’humanité. Cependant, est-il vrai qu’ils s’évanouiront « pour jamais ». Que fait-il de la résurrection dont toute l’humanité fera l’expérience ? Il parle comme si la vie actuelle était la seule qui soit.

« Chaque jour, un demi-million d’êtres humains cessent d’exister : le soleil n’en continue pas moins de briller sur nos têtes ; bien peu songent à la mort d’autrui, la vie se poursuit avec ses joies, ses peines et ses soucis. Puis un matin, le soleil ne se lèvera plus pour nous : nous serons morts.

« L’homme se caractérise par des rites funéraires

« Ce fait qui, répétons-le, paraît si simple ne l’a jamais été pour l’homme. Face à la mort, celui-ci proteste de l’essentielle différence entre lui et les animaux. Les bêtes meurent comme nous, mais après leur mort tout s’achève : le cadavre reste là et aucun de ses congénères ne s’en préoccupe. Tandis que la dépouille mortelle d’un homme reste marquée d’un caractère spécial et qu’elle est traitée selon certains rites particuliers. Toutes les civilisations sans exception ont eu le culte des morts et il n’existe pas de signes plus certains du passage de l’homme en un lieu que l’existence d’un monument funéraire : le respect face à l’au-delà est ancré dans la nature humaine. »

L’abbé Célier souligne avec raison la différence entre l’homme, créature faite à l’image et à la ressemblance de Dieu, son Créateur, et l’animal, aussi une créature de Dieu, mais dont certains spécimens sont faits à l’image et à la ressemblance de plusieurs anges. L’animal, comme tout le reste de la création, a été fait à l’intention de l’homme. Quant aux rites funéraires, on ne peut qu’être d’accord avec l’abbé Célier.

« Aujourd’hui encore, dans nos pays si déchristianisés, la fête religieuse la plus célébrée est le premier novembre, improprement considéré comme “le jour des morts”, où l’on va fleurir les tombes pour honorer ceux qui nous ont précédés et que nous avons aimés. Dans la patrie du matérialisme historique elle-même, la dépouille embaumée de Lénine était l’objet d’un culte de vénération ininterrompu depuis sa disparition. Il convient donc de s’arrêter sur ce phénomène singulier qui doit nous renseigner sur l’idée que les hommes se font sur la mort humaine. »

Ce genre de vénération des morts ne peut exister que parce que la population a la conviction que les morts continuent de vivre en quelque part sous une forme spirituelle quelconque, comme nous l’avons vu dans le Tome précédent. Il y a certainement un respect à démontrer aux dépouilles de nos êtres chers, car la Bible en donne de nombreux exemples. Mais il n’y a aucune vénération à éprouver pour les morts, car ceux-ci n’existent plus, sauf, bien entendu, en ce qui concerne notre Seigneur Jésus-Christ, qui n’est plus mort, mais ressuscité et vit à jamais en tant que notre Sauveur et notre Roi, Lui qui fut d’abord notre Créateur.

« Les rituels d’ensevelissement

« Si les rites funéraires sont divers suivant les époques et les civilisations, ils présentent néanmoins de nombreux caractères communs. Tout d’abord, on prépare le corps : celui-ci est soit momifié, soit embaumé suivant divers procédés, quelques fois enduit de cire, ailleurs décharné et les os peints de couleurs, ou simplement lavé et habillé de vêtements correspondant à son rang dans la société. La crémation ou incinération est également connue dans certaines civilisations, mais elle suit des rites particuliers, et les cendres en sont soigneusement recueillies. »

Ce sont là des faits vérifiables et attestés, mais n’apportent rien à l’argumentation sur l’immortalité de l’âme. Mais poursuivons.

« Après cela, le mort est amené à son lieu de repos (n’oublions pas que le mot “cimetière” signifie étymologiquement “dortoir”) : soit une fosse dans la terre, soit une grotte aménagée, un édifice, une pyramide, un puits, sans jamais laisser les choses au hasard. Le mort doit dormir dans la paix, aussi dès les temps primitifs les cadavres ont-ils été mis à l’abri des prédateurs. La plupart du temps, les monuments funéraires sont assemblés en un même emplacement pour former une nécropole, laquelle constitue un espace sacré inaliénable. »

Beaucoup de gens ont été mutilés, dévorés par les bêtes sauvages, ont péri dans la nature, soit en forêt ou en mer, et leur corps n’a jamais été retrouvé. Cela fait-il une différence significative ? Ces morts peuvent-ils « dormir en paix » ? Que quelqu’un meure ainsi ou retourne à la poussière dans le fond d’une tombe, le résultat demeure le même. De toute manière, notre corps physique est appelé à disparaître et à être remplacé par un corps nouveau (glorifié à la Première Résurrection ou remis en parfait état à la Deuxième Résurrection). En attendant, le cadavre n’a aucune conscience de ce qui lui arrive ou de ce qu’en font les vivants.

« Le défunt prend ainsi place dans le lieu qui lui a été préparé : on l’installe dans une position déterminée et ont l’entoure de divers objets usuels, outils, aliments, parures, armes, monnaie, parfois animaux domestiques voire femmes et serviteurs. Lorsqu’il est ainsi prêt pour le grand voyage, les vivants se préoccupent de préserver son sommeil par des inscriptions menaçant de la colère des dieux les violateurs des tombes, par des signes magiques ou des emblèmes terrifiants. »

Ce dont parle ici Célier, ce sont des rites funéraires païens et somme toute futiles qui découlent de l’idée que l’homme survit à sa mort sous une forme éthérée plus ou moins spirituelle, d’où l’amas de choses matérielles destinées à son usage post-mortem. L’abbé n’en profite pas pour les dénoncer puisque ses croyances personnelles descendent de ces rites païens. Or, la Bible est fort claire à ce sujet : « Car nous n’avons rien apporté au monde, et aussi il est évident que nous n’en pouvons rien emporter » (1 Timothée 6:7). « Alors Job se leva, et déchira son manteau, et rasa sa tête, et se jetant par terre, se prosterna, et dit : Je suis sorti nu du ventre de ma mère, et nu je retournerai là. L’Eternel l’avait donné, l’Eternel l’a ôté : le nom de l’Eternel soit béni ! » (Job 1:20-21). « Ne crains point quand tu verras quelqu’un enrichi, et quand la gloire de sa maison sera multipliée. Car lorsqu’il mourra, il n’emportera rien ; sa gloire ne descendra point après lui » Psaume 49:16-17).

Pour parler ainsi, Paul, Job et les enfants de Coré ne croyaient manifestement pas à la survie de l’homme après sa mort ; cependant, ils croyaient en la résurrection. On peut déplorer que Célier ne cite pas ces versets, mais il faut comprendre qu’il est vendu au concept de l’immortalité de l’âme.

« Mais l’on n’est pas encore quitte avec la mort. Autour de sa tombe, même longtemps après l’enterrement, des rites sont nécessaires : Repas funéraires, offrandes, libations, jeux en l’honneur du disparu, encens, ou bien en nos contrées cérémonie du 14 juillet devant le monument aux morts, entretien et fleurissement des tombes.

« Ce respect du corps n’est pourtant pas ignorance : personne ne peut se cacher que la corruption et la décomposition sont le lot fatal de ces restes. Même si, pour retarder cette destruction, certaines civilisations embaumaient leurs défunts, il n’y aurait eu là qu’un pis-aller, une tentative désespérée s’il s’était agi de les soustraire à un processus biologique inéluctable. »

Célier fait poindre la vue que les hommes savent fort bien que les dépouilles vont entamer le processus de l’inévitable décomposition, donc, la raison de leurs multiples rites est motivée par autre chose. Célier veut faire croire que c’est parce que les hommes « savent » que l’âme de l’homme est « immortelle » et qu’elle poursuit sa vie au-delà de la mort. Or, la question n’est pas de savoir si les hommes « savent » que l’âme est immortelle, mais de savoir ce qui les a amenés à croire que l’âme est immortelle. « Croire savoir » que l’âme est immortelle n’est pas une preuve que l’âme est immortelle. Célier va peut-être maintenant entrer dans le vif du sujet.

« Le mort n’est pas entièrement mort

« En vérité, ces soins minutieux sont des rites symboliques, c’est-à-dire, les signes visibles d’une réalité invisible. À travers eux, les vivants manifestent que le mort n’est pas absolument mort. Les attentions pour cette dépouille mortelle ne sont pas destinées au corps lui-même ; elles signifient que l’être qui habitait ce corps l’a quitté lorsque celui-ci est mort, mais ne s’est pas éteint avec lui. Par les cérémonies significatives dont ils entourent l’enveloppe corporelle de celui qui les a quittés, les hommes attestent la persistance, au-delà même de la mort, de la vie humaine. »

Le chat sort du sac. Célier dévoile ingénument la source de sa croyance : le caractère symbolique de ces rites funéraires conçus pour propager l’idée qu’une âme immortelle s’échappe du corps mort et que c’est à cette entité spirituelle imaginaire que l’on rend hommage. Or, le fait qu’une majorité d’hommes croient depuis des millénaires à l’immortalité de l’âme ne peut pas constituer une preuve en soi. Il faut rechercher l’origine de cette croyance. Le seul endroit dans la Bible où il est question de l’immortalité de l’âme, c’est par la bouche de Satan !

« Mais quant au fruit de l’arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit : Vous n’en mangerez point, et vous ne le toucherez point, de peur que vous ne mouriez. Alors le serpent dit à la femme : Vous ne mourrez nullement » (Genèse 3:3-4). Cela devrait déjà nous mettre la puce à l’oreille que l’âme est mortelle.

Une majorité de gens ne croit pas en Jésus-Christ ; mais cela ne se veut pas une preuve que Jésus-Christ n’est pas le Sauveur.

« Outre un corps physique, l’humanité a toujours cru, en effet, qu’il y avait en nous un “souffle de vie”, un “feu”, un “esprit”, ce que nous appelons “une âme” et que cette âme ne s’éteignait pas avec le corps mais poursuivait en un lieu inconnu une existence mystérieuse. »

À défaut d’avoir de vraies preuves, Célier tape sur son clou avec plus d’acharnement, croyant qu’il va pouvoir enfoncer son idéologie dans le crâne de ses lecteurs. Généralisant à outrance, il affirme que l’humanité dans son ensemble a toujours cru en une « vie dans la vie », en quelque sorte. Le premier mensonge de Satan qui a dit à Ève que « …vous ne mourrez nullement … vous serez comme des dieux », s’est imbriqué dans les différentes cultures religieuses et philosophiques du monde, de toutes les époques. Est-ce que cela le transforme en vérité ? Nous lisons ensuite que, comme la plupart des théologiens, Célier confond aussi « esprit » et « âme », car ils ne comprennent pas ce qu’ils sont. Les hommes ne votent pas pour décider de ce qui est vrai et de ce qui est faux. Ce n’est pas parce que la majorité croit à un mensonge que celui-ci se transmue en vérité. Célier ne semble pas avoir saisi cela, car il poursuit :

« Cette croyance universellement attestée en la vie future constitue une preuve remarquable de la réalité de celle-ci. »

Ce genre de raisonnement circulaire est faux. Cela revient à dire que quelque chose est vrai en autant que la majorité y croit. On retrouve ce genre de raisonnement dans l’argumentaire d’un grand nombre de fausses doctrines. Il s’agit d’amener comme preuve en soi une affirmation qui exige préalablement qu’on tienne pour acquis l’élément que l’on veut prouver. Or, que cette « croyance » soit « universelle » ne constitue pas une preuve de sa véracité.

« Ce qui a été cru spontanément par toutes les civilisations, même les plus opposées et les plus étrangères les unes aux autres, ne peut être en une telle matière qu’une vérité fondée sur la nature humaine un fait qui dépasse les différences accidentelles et ne s’explique raisonnablement que si les hommes ont la certitude absolue d’une existence qui ne se limite pas à leur court passage sur la terre. »

La « nature humaine », Dieu l’appelle aussi « le cœur de l’homme », et voyez ce qu’Il en dit : « Le cœur est rusé, et désespérément malin par dessus toutes choses ; qui le connaîtra ? » (Jérémie 17:9). Le cœur de l’homme est malin, méchant et on ne peut s’en remettre à lui pour nous dicter la bonne conduite à suivre, les bonnes choses à penser. Pourquoi ? Parce qu’il a été influencé par le Diable dès le Jardin d’Éden. L’apôtre Paul a dit que la nature humaine est inimitié contre Dieu (Romains 8:7), rebelle à Sa loi et donc à Sa vérité. Comme bien d’autres avant lui, Célier croit que tout le monde ne peut avoir tort ; s’il y a un consensus du peuple sur un sujet donné, c’est que la vérité est évidente pour tous, non ? Mais l’on oublie de prendre en compte « le dieu de ce siècle », « …le grand dragon, le serpent ancien, appelé le Diable et Satan, qui séduit le monde » (Apocalypse 12:7), en manipulant les hommes de manière à élaborer des cultures religieuses assises sur le mensonge. Jésus en a fait le reproche aux Pharisiens qui véhiculaient des concepts semblables : « Le père dont vous êtes issus, c’est le diable, et vous voulez faire les désirs de votre père. Il a été meurtrier dès le commencement, et il n’a point persévéré dans la vérité ; car la vérité n’est point en lui. Toutes les fois qu’il profère le mensonge, il parle de son propre fonds : car il est menteur et le père du mensonge » (Jean 8:44). Ainsi, le fait même que cette croyance en une âme immortelle soit devenue universellement attestée devrait, au contraire, sonner l’alerte et susciter la plus grande suspicion. Comment les civilisations humaines auraient-elles pu comprendre un phénomène spirituel sans avoir d’abord consulté le Dieu de l’univers ? Jusqu’ici, Célier n’a apporté aucune preuve scripturaire, mais il s’est confié en la « sagesse » humaine.

« Le refus spontané de la mort

« D’ailleurs, il y a en nous une tendance native à l’immortalité. Personne n’a jamais accepté la mort : celle-ci semble injuste, cruelle. Nous la rejetons de toutes nos forces, n’admettant pas qu’elle brise nos espérances, annihile nos projets, efface notre influence, tranche sans pitié une existence que nous estimons à peine commencée. Il y a dans l’être humain un désir de vivre que rien ne peut étouffer, qui persiste malgré les souffrances, les échecs et les déceptions. »

L’abbé Célier a ici raison, La vie est un trésor que Dieu a donné à chaque être humain qui prend de cette façon conscience qu’il existe un univers et chacun veut en être témoin et être présent pour voir ce qu’il en arrivera. Donc, l’homme s’est toujours efforcé de trouver les moyens de prolonger sa vie, quitte, aujourd’hui, à se transformer en cyborg, mi-humain, mi-robot, pour espérer vivre des centaines, voire des milliers d’années. Or, l’homme ne se rend pas compte – ou ne veut pas reconnaître – que vivre si longtemps dans la chair humaine, ou même dans une structure métallique, s’avérerait une malédiction que Dieu ne permettra pas.

« Au fond de nous-mêmes se cache cette certitude que nous ne devons ni ne pouvons mourir. Lorsque le corps se délabre déjà, que nos énergies physiques déclinent, nous sentons encore notre âme jeune, forte, entreprenante, désireuse de poursuivre sans fin son existence. »

Cette certitude qui se cache en nous-mêmes, n’est-ce pas plutôt une conviction fondée sur notre désir de vivre ? Rejetant l’idée de mourir, nous nous accrochons en nous faisant accroire que nous ne pouvons pas en finir si vite avec la vie ; il faut qu’elle se perpétue. C’est le résultat des réflexions de notre esprit, pas de notre âme, comme le suggère encore Célier. Il confond l’esprit et l’âme. Il confond les désirs pour la réalité. Nous avons examiné cela dans le Tome précédent.

« À cet incroyable désir de vivre toujours se joint le sentiment de la profonde injustice du monde, non pas celle qui naîtrait de l’inégalité sociales ou des différences économiques, mais l’injustice morale. Il est insupportable à l’homme de voir celui qui fait le mal vivre tranquille et honoré, tandis que celui qui fait le bien souffre et est méprisé. N’est-ce pas pourtant un état de fait quotidien ? Le mal, la cruauté, la lâcheté, le mensonge triomphent avec impudence ; le vice est honoré, le crime impuni ; la bonté, le courage, la vérité sont persécutés odieusement sans qu’apparemment cela soulève de protestations. »

Célier décrit avec exactitude le profil de la société humaine depuis le Jardin d’Éden, profil rendu endémique aujourd’hui. En effet, les hommes méchants se sont emparé du pouvoir, car ils sont possédés de l’envie insatiable de dominer sur les autres tout en se permettant de faire impunément leurs diableries. Sans Dieu, l’homme ne peut se conduire convenablement ; il lui est plus naturel de faire le mal. Mais cette injustice n’est que temporaire, juste le temps que Dieu accorde à l’homme de prouver son incompétence, sa faiblesse et sa petitesse. Une fois ce constat reconnu, Dieu viendra installer Sa véritable justice sur terre.

« Notre conscience nous affirme qu’une telle situation est violemment injuste, révoltante, qu’une anomalie aussi criante ne peut durer toujours, qu’un moment viendra où la vérité sera restaurée, les méchants punis et les bonnes gens récompensés. Cela n’a pas lieu, à l’évidence, sur la terre : c’est donc que nous le verrons après cette courte existence, lorsque nous aurons changé de rive. »

L’abbé ne dérougit pas. Lorsqu’il dit que notre conscience nous affirme ceci ou cela, il doit prendre garde de ne pas y asseoir sa conviction, car la conscience humaine ne constitue pas une preuve. C’est un sentiment, pas un fait. Précisons également que, s’il dit que les méchants seront punis, il a raison ; cependant, ce ne sont pas les « bonnes gens » qui sont récompensés par le don de la vie éternelle, mais les convertis à Christ, ceux qui disent « oui » à Son appel au salut et qui persévèrent jusqu’à la fin. Il n’est pas question d’œuvres, mais de foi. Or, en comprenant que l’abbé Célier est d’allégeance catholique, sa croyance en un salut par les œuvres transparaît. Enfin, sa dernière phrase laisse supposer que « l’autre rive », c’est le ciel, mais la Bible n’affirme pas cela.

« L’être humain, dans sa vie quotidienne, a aussi le désir naturel de vivre toujours et de voir au-delà de son fugitif séjour terrestre, la justice morale, aujourd’hui violée, restaurée en toutes choses. Si ce désir est naturel, et naît avant toute réflexion, n’est-ce pas parce qu’il est fondé sur la réalité de cette existence future qui nous apparaît spontanément comme nécessaire ? »

Vous avouerez qu’il est intéressant de voir de quelle manière Célier déploie son raisonnement : « si je pense à quelque chose, n’est pas la preuve que cette chose existe, sinon, pourquoi cela me viendrait-il à l’esprit ? » Avec une pareille façon de raisonner, l’on peut « prouver » n’importe quoi et son contraire. À ce compte, tout ce qui vient à l’esprit des hommes doit être basé sur la réalité, le tangible. Ce qui implique que tous les hommes devraient penser la même chose sur tout. Mais nous sommes témoins chaque jour que ce n’est pas du tout le cas. Il y a une infinité d’idées contradictoires, illusoires et opposées dans tous les aspects de la société. Alors, son argumentation est bien maigre pour prouver que l’âme est immortelle.

« 2. La réponse de la raison

« La permanence de notre être au-delà de la mort, la philosophie classique, celle de Platon et d’Aristote, de saint Augustin, qu’a illustrée avec tant d’éclat au Moyen-âge saint Thomas d’Aquin, philosophia perennis qui est, selon le mot de Bergson, « la métaphysique naturelle de l’esprit humain », cette permanence, disons-nous, la philosophie l’établit avec certitude. Traçons en quelques lignes les linéaments de cette démonstration. »

Encore une fois, Célier va se fier au raisonnement humain, « la métaphysique naturelle », pour faire croire à des preuves : chez des païens grecs et romains qui ne connaissaient ni Dieu ni Sa Parole. Qu’un homme de religion ait recours à ce procédé pour trouver la vérité sur un sujet de niveau spirituel est le signe d’un grave problème de foi. Comment pourrait-il se prétendre chrétien ? Nous avons vu précédemment que les philosophes grecs ne faisaient, en fin de compte, que débattre sur « ce qu’on dit » dans la populace, en parlant des cultures superstitieuses des civilisations environnantes.

« Nous voyons d’abord que notre corps est composé de parties bien diverses, membres, organes, cellules, etc. Or, tout cela ne forme qu’un seul être, une seule réalité. Il n’y a pas “un” bras, “une” jambe, mais “mon” bras, “ma” jambe, qui font partie de mon corps, qui sont mon corps. Lorsque nous mettons la main dans le feu, nous ne disons pas “la main s’est brûlée”, mais “je me suis brûlé”, car toute action d’un organe est attribué à ce quelque chose qui est moi-même. »

Même si nous nous demandons où veut en venir l’abbé avec ce genre de détail, il faut comprendre qu’il s’agit d’une préparation préliminaire, une mise en condition de ce qu’il s’apprête à dire par la suite.

« L’âme, principe d’unité de l’homme

« Il faut donc qu’il y ait en nous un principe qui nous constitue comme un seul être, qui fait que nous sommes nous-mêmes, personnes humaines et non agrégats de cellules. Ce principe qui organise notre être, qui le rassemble, qui le fait exister comme un seul individu, nous l’appelons “âme. À la mort, lorsque ce principe unificateur disparaît, bien que les organes soient présents et dans le même état, l’homme n’est plus un tout organisé qui existe et agit, mais un cadavre qui va se dissoudre en peu de temps. »

Cette assertion de l’abbé que l’âme est un principe d’unité est des plus vagues et l’on s’attendra à ce qu’il amène subséquemment des preuves pour le démontrer. Il avoue que ce soi-disant « principe », c’est eux qui l’appellent « âme ». De son côté, la Bible démontre qu’il s’agit de la vie, de l’énergie vitale que Dieu a mise dans le sang de l’homme. Ce n’est donc pas un « principe » mais une « énergie ». Voyons comment Célier va tenter de s’expliquer.

« Au contraire, durant notre vie, notre corps change sans cesse, et même, au dire des biologistes, nos cellules sont entièrement renouvelées en quelques années sans qu’il en reste une seule du corps primitif. Nous sentons pourtant que nous sommes le même homme, que nous avons gardé le même corps et non pas acquis un corps étranger : ceci parce que notre âme s’est conservée identique sous les divers changements »

Encore ici, nous voyons que Célier confond « âme » et « esprit ». Il prête donc à l’âme des attributs qui n’appartiennent qu’à l’esprit de l’homme. C’est par le moyen de cet esprit, doué d’une mémoire, que Dieu organise chaque être humain qu’Il crée. L’âme n’est que l’énergie vitale qui l’anime. Célier croit-il aussi que les animaux, aussi des êtres organisés, ont une âme, alors que Dieu dit que l’homme et l’animal sont des âmes ? Les végétaux sont aussi des choses bien organisées, avec chacun son caractère individuel… est-ce leur « âme » qui les organise ? Nous allons constater que cette confusion de l’âme et de l’esprit de l’homme a des incidences sur tout le propos de Célier.

« Un principe d’unité doit être un lui-même

« Cette âme est-elle, ainsi que le corps, composée de parties ? Nous venons de la définir comme le principe unificateur et organisateur du corps composé. Ce qui unifie doit lui-même être un, c’est l’évidence, car ce qui est divers tend à agir de façon diverse. Notre pied et notre œil n’agissent pas selon un mode comparable, l’un marche et l’autre voit, et si tous deux tendent vers un but unique (par exemple, monter dans l’autobus), c’est parce que notre âme réunit ces mouvements divers par eux-mêmes en une seule action. Étant principe d’unité, notre âme ne peut être divisée, sinon il lui faudrait encore à elle-même un principe d’unité, et ainsi à l’infini. Elle est donc une, simple, sans partie, indivisible. »

Célier dit avoir défini l’âme comme le principe unificateur et organisateur du corps, mais il ne produit aucune preuve de ce qu’il avance. Il n’a donc défini que sa perception personnelle de l’âme, ce qui n’en fait pas une preuve. Il n’a qu’élaboré un raisonnement humain en partant d’une fausse prémisse. Remarquez que les fonctions et les qualifications qu’il applique à l’âme sont, en réalité, attribuables à l’esprit de l’homme, l’élément spirituel que Dieu lui a donné et qui retourne à Lui lors du décès de l’être humain. L’âme n’est pas un élément spirituel, mais une énergie et elle s’éteint quand le corps est brisé ou trop usé et meurt. Or, si nous reprenons l’exemple de l’homme qui marche vers l’autobus qu’il voit, il est évident que c’est son esprit qui guide tous ses mouvements, car son esprit a la capacité de penser, de réfléchir et puis agir, et ce grâce à l’âme qui lui en donne l’énergie.

Lorsque vous avez un contrôle automatique de vitesse dans votre voiture, c’est l’ordinateur de bord qui agit grâce à sa programmation et à sa mémoire (esprit) et il entre en action grâce à la gazoline (l’âme) qui l’anime ; ce n’est pas la gazoline qui contrôle la vitesse du véhicule, mais elle le permet. L’âme fournit l’énergie à l’homme pour qu’il puisse actionner tous ses muscles et monter dans l’autobus, mais c’est son esprit qui dicte ses mouvements.

« De quelle nature est cette âme indivisible ? Elle n’est pas matérielle car tout ce qui est matériel est divisible. Est-elle cependant liée à la matière de telle sorte que, au moment de sa séparation d’avec elle, elle cesse d’exister ? En d’autres termes, notre âme indivisible disparaît-elle parce qu’elle n’a plus de corps à organiser et à vivifier ? Il faut pour trancher une telle question étudier succinctement l’activité de l’âme humaine et de ses facultés. »

L’affaire est fort mal partie pour Célier. Mêlant l’esprit et l’âme – parce qu’il croit qu’il s’agit de la même chose – il prend l’âme pour l’esprit de l’homme et lui donne donc une nature immatérielle sur la simple supposition que tout ce qui est matériel est divisible et, de là, périssable. Or, contrairement à ce qu’il propose, lors de la mort, l’âme disparaît effectivement ; c’est l’esprit qui est de nature spirituelle (d’où son nom « d’esprit ») et c’est lui, l’esprit, qui retourne à Dieu. En ceci, nul besoin de trancher, car c’est Dieu qui le dit : « Et avant que la poudre retourne en la terre, comme elle y avait été, et que l’esprit retourne à Dieu, qui l’a donné » (Ecclésiaste 12:7).

« L’activité de l’intelligence est indépendante de la matière

« Prenons l’intelligence : nous percevons par elle des réalités qui sont non pas matérielles, mais immatérielles ; universelles et non pas singulières ; éternelles et non pas temporelles ; en dehors du lieu et non pas localisées. Nous avons par exemple dans l’esprit les notions de cause, de nécessaire, de vertu, d’infini, de droit, d’être, de connaissance, de liberté, de logique, etc. Rien en tout cela de matériel ou de singulier. Des causes ou des êtres, nous en avons rencontrés de toutes les sortes et lorsque nous pensons à l’idée de cause ou d’être, ce n’est pas à telle cause particulière, à tel être déterminé, mais à la cause en général et à tout être. La cause ni l’être ni aucune des notions de ce genre n’ont de poids, de volume, de lieu ni de matière. »

Célier se permet ici un excellent compte-rendu de l’activité cérébrale. Tout cela est parfaitement clair si mis en rapport avec l’esprit. D’ailleurs, il ne peut s’empêcher de dire que nous avons ces notions dans l’esprit. Mais le problème réside encore dans le fait qu’il applique le tout à « l’âme » et non pas à « l’esprit ». Ainsi, il dématérialise l’âme et l’assimile à une entité spirituelle indépendante du corps. Donc, jusqu’ici, Célier n’a amené aucune preuve irréfutable démontrant que l’âme est immortelle. Toutefois, son argumentation nous éclaire un peu mieux sur la nature de… l’esprit.

« Il faut en dire autant d’une proposition comme le théorème de Pythagore, par exemple : “Dans un triangle rectangle, le carré de l’hypoténuse est égal à la somme des carrés des deux autres côtés”. Lorsque Pythagore fit cette découverte il y a plusieurs milliers d’années, il se servit peut-être d’un triangle tracé sur le sable. Depuis ce jour, d’innombrables élèves ont dessiné des triangles sur des tableaux noirs pour illustrer ce théorème. Or, quelque soit la figure, en tous les lieux et temps, et même si, sans le tracer, je ne fais que penser au triangle, le théorème reste toujours vrai, il l’était il y a mille ans, il le sera dans mille ans, car il est une propriété nécessaire du triangle, et non de tel triangle qu’a esquissé Pythagore sur le sol de Crotone. Ce théorème se vérifie indéfiniment dans tous les triangles rectangles possibles parce qu’il est une qualité propre du triangle en général, en dehors de toute matière, de tout lieu et de tout temps. »

Les lecteurs se demanderont avec raison en quoi comprendre les caractéristiques du théorème de Pythagore peut les aider à saisir le concept de l’immortalité de l’âme. Là où veut en venir Célier, c’est de démontrer qu’il y a en nous une intelligence qui nous rend aptes à saisir les abstractions et les notions intellectuelles. Mais l’intelligence est une qualité de l’esprit, non pas de l’âme. Le théorème a survécu parce qu’il s’est inscrit dans la mémoire des hommes qui, de manière réfléchie, peuvent le reproduire depuis lors. La mémoire est le centre de l’esprit. L’âme ne fait que lui donner l’énergie pour s’activer. La tentative de l’abbé semble un peu désespérée et il faut le comprendre, car les preuves de l’immortalité de l’âme n’existent pas.

« Notre intelligence conçoit donc et connaît certaines notions, relations et raisonnements en dehors de toute matière. S’il en est ainsi, c’est que notre intelligence n’est pas elle-même matérielle, car elle doit avoir les mêmes propriétés que ses actes. »

Ceci est toujours vrai en regard de l’esprit qui est une des trois composantes de l’être humain. Ainsi, rappelons ce qu’a écrit l’apôtre Paul : « Or, le Dieu de paix veuille vous sanctifier entièrement, et faire que votre esprit entier, et l’âme et le corps soient conservés sans reproche en la venue de notre Seigneur Jésus-Christ » (1 Thessaloniciens 5:23). Paul distingue nettement l’esprit et l’âme de l’homme. L’esprit est ce qui lui permet de penser, mais il y a des limites qu’il ne peut traverser et, pour comprendre les notions spirituelles, il lui faut une « mise à jour », l’ajout d’un autre Esprit, celui de Dieu. Voyez comment l’apôtre Paul explique la nature de l’esprit et notez qu’il ne fait aucune mention de l’âme :

« Mais ainsi qu’il est écrit : ce sont des choses que l’œil n’a point vues ; que l’oreille n’a point ouïes, et qui ne sont point montées au cœur de l’homme, lesquelles Dieu a préparées à ceux qui l’aiment. Mais Dieu nous les a révélées par son Esprit [pas Son âme]. Car l’Esprit sonde toutes choses, même les choses profondes de Dieu. Car qui est-ce des hommes qui sache les choses de l’homme, sinon l’esprit de l’homme qui est en lui ? De même aussi nul n’a connu les choses de Dieu, sinon l’Esprit de Dieu. Or nous avons reçu non point l’esprit de ce monde, mais l’Esprit qui est de Dieu [lors de notre conversion] ; afin que nous connaissions les choses qui nous ont été données de Dieu ; lesquelles aussi nous proposons, non point avec les paroles que la sagesse humaine enseigne [les théories philosophiques et métaphysiques que nous sortent des hommes comme l’abbé Célier], mais avec celles qu’enseigne le Saint-Esprit, appropriant les choses spirituelles à ceux qui sont spirituels [ayant l’ajout du Saint-Esprit en eux]. Or l’homme animal ne comprend point les choses qui sont de l’Esprit de Dieu, car elles lui sont une folie [elles dépassent sa capacité de compréhension] ; et il ne peut même les entendre [les comprendre, les saisir], parce qu’elles se discernent spirituellement. Mais l’homme spirituel [celui qui possède le Saint-Esprit en lui] discerne toutes choses, et il n’est jugé de personne. Car qui a connu la pensée du Seigneur pour le pouvoir instruire ? mais nous, nous avons connu la pensée de Christ » (1 Corinthiens 2:9-16).

Toutes les notions dont parle Célier se discernent par l’esprit qui est en l’homme – la « programmation de base » limitée. Pour comprendre les choses spirituelles, il faut recevoir de Dieu une « mise à jour » : les arrhes du Saint-Esprit qui s’ajoutent à notre esprit et nous permettent d’accéder à la dimension spirituelle.

« L’intelligence a la capacité de devenir autre qu’elle-même

« Une autre preuve de son indépendance vis-à-vis de la matière s’énonce comme suit. Un corps matériel peut devenir autre chose que sa nature mais il doit cesser d’être ce qu’il était auparavant. Ainsi le bois eut devenir de la cendre mais il cesse alors d’être du bois. L’eau à 100º [F] devient de la vapeur mais en perdant son caractère liquide, etc. Aucun corps ne peut se transformer en un autre et rester simultanément le même. »

Vous noterez que Célier dit « une autre preuve de… » comme s’il avait auparavant établi une première preuve, Il n’en est rien, car il n’a fait que spéculer en faisant appel à une méthode philosophique théorique. Vous remarquerez aussi qu’il utilise le mot « intelligence » comme synonyme d’âme.

« Notre intelligence, elle, devient tous les objets qu’elle connaît sans perdre sa nature propre. J’ai dans l’esprit, quand je les pense, les arbres, les fleurs, le soleil, le ciel. Je ne me suis pas pour autant transformé en un arbre ni en une fleur. Mon intelligence est restée ce qu’elle était et pourtant elle est devenue arbre ou fleur, soleil ou ciel. Comme une telle plasticité est impossible aux corps matériels, nous en concluons que notre intelligence est supérieure à ceux-ci. »

Ce genre d’argument est pour le moins tiré par les cheveux et l’on pourrait qualifier ce procédé de réflexion philosophique de pacotille. Désolé, mais mon intelligence ne devient pas les objets auxquels je pense. Ils ne sont que des images surgissant dans mon cerveau et ne se matérialisent pas. Ils restent au niveau des idées. Encore une fois, il faut être un peu désespéré pour imaginer de telles analogies afin de prouver un mensonge et le faire passer pour la vérité. Ce n’est pas parce que la matière manque de plasticité qu’il faut en déduire que l’intelligence est supérieure. La supériorité de l’intelligence vient de la nature même de l’esprit qui émane de la sphère spirituelle de Dieu.

« Complétons notre analyse. Un corps ne peut se replier totalement sur lui-même. Notre œil, quoiqu’il soit un organe très perfectionné, ne peut se voir lui-même. Cela est dû à la matière qui conserve toujours une certaine épaisseur, laquelle empêche le repliement total. Au contraire, notre intelligence peut se replier sur elle-même. Sans cesser de réfléchir, nous saisissons que nous sommes en train de penser. On appelle ce phénomène spontané la conscience : nous avons conscience de nos actions même pendant que nous les accomplissons, nous avons conscience de nos désirs. Nous avons conscience de nos pensées. Cette complète réflexion de l’intelligence sur elle-même prouve que celle-ci n’a pas d’épaisseur, qu’elle est immatérielle. »

Étrange analyse. Comment Célier a-t-il pu voir l’intelligence en action pour constater que, lorsque nous pensons « que nous pensons », elle fait un repli sur elle-même. Comment peut-on comparer ce genre de « repli » avec celui d’un œil qui se retournerait pour se voir ? Le repli de l’intelligence dont parle Célier n’est évidemment pas littéral, mais une métaphore que l’on utilise dans le langage courant. Bien sûr qu’une pensée n’a pas de dimension, de volume, d’épaisseur et qu’elle est immatérielle. Mais lorsque le penseur décède, ses pensées, même si elles sont immatérielles, s’éteignent avec lui, car il n’y a plus d’âme qui circule dans ses veines pour l’animer.

« L’activité de la volonté indépendante de la matière

« Si nous examinons maintenant la volonté, nous remarquons également qu’elle se situe au-dessus de la matière. Les corps sont déterminés naturellement à une seule fin, les organes ne peuvent accomplir que certaines fonctions, même les animaux les plus perfectionnés sont, par leur instinct, entièrement dépendants des conditions et des déterminations préalables. Mais la volonté de l’homme est absolument au-dessus des conditions où l’homme évolue : quand tout l’incline en un sens, celui-ci reste libre de se déterminer en un autre sens ; et lorsqu’il fait librement un acte, il sent qu’il pourrait librement en faire un autre. »

L’abbé aime décidément jongler avec des truismes. La volonté procède évidemment de la pensée réfléchie face à un choix. Le tout est une œuvre de l’esprit humain, pas de l’âme. L’énergie qui nous habite n’a aucun pouvoir de décision.

« Les actes de l’homme sont imprévisibles, ainsi que l’expérience le manifeste ; car les causes préalables influent, inclinent, mais ne déterminent pas. Dans nos décisions vraiment libres, nous sentons que ce ne sont pas notre hérédité, notre tempérament, pas même les circonstances qui font le choix ultime, mais notre liberté, au dessus de tous les conditionnements qui opte sans être nécessitée. Dépassant et pouvant même contrarier les facteurs matériels, notre volonté libre se place donc en dehors de la matière. »

Il y a beaucoup de détours inutiles pour en arriver aux « preuves indestructibles » que l’abbé nous a promises au sujet de l’immortalité de l’âme. Cette méthode argumentaire sert de conditionnement afin que le lecteur soit amené vers une conclusion prédéterminée et d’apparence logique.

« L’âme est indivisible et immatérielle, donc immortelle

« Si la volonté comme l’intelligence sont immatérielles, il est clair que l’âme qui en est le sujet est également supérieure à la matière. Si l’âme est telle, elle ne dépend pas du corps et en se séparant de lui ne cesse pas d’exister. Nous avons vu plus haut que l’âme est indivisible : nous en avons d’ailleurs conclu qu’elle ne peut se détruire en elle-même, mais seulement, éventuellement, en relation avec la matière. Or, nous venons de constater que tel n’est pas le cas. Il reste à avouer que l’âme humaine est indestructible absolument, qu’à la mort du corps, elle continue à vivre : l’âme est immortelle. »

La théorie que propose Célier est que tout ce qui est immatériel doit nécessairement être immortel. Mais tout cela n’est qu’un égrenage de suppositions et d’hypothèses amenées par la déduction de sa logique toute personnelle. Ce ne sont pas des faits avérés. Il le sait bien, d’ailleurs, car il prend le soin de formuler les choses de manière à se couvrir : « nous avons vu… », « nous en avons d’ailleurs conclu… », « il reste à avouer que… » Donc, rien pour nous convaincre absolument. Il prend pour acquis que les théories qu’il a avancées antérieurement sont maintenant des vérités alors même qu’il a bâti sur de fausses prémisses.

Si nous examinons ses énoncés en les analysant selon la méthode de l’argument formel, ça revient à ceci :

#1   Proposition Majeure :   La volonté et l’intelligence sont immatérielles

       Proposition Mineure :    L’âme est le sujet de la volonté et de l’intelligence

       Conclusion :                        L’âme est immatérielle

#2   Proposition Majeure :   L’âme est immatérielle

       Proposition Mineure :    Tout ce qui est immatériel est indestructible, donc immortel

       Conclusion :                        L’âme est indestructible et donc immortelle

Dans l’argument formel #1, la proposition majeure est vraie et n’importe qui peut s’en rendre compte. Célier s’appuie donc sur ce constat évident. Cependant la proposition mineure est fausse parce que Célier attribue à l’âme ce qui appartient à l’esprit de l’homme. On ne peut donc en déduire une bonne conclusion.

L’argument formel #2 prend la suite en installant comme proposition majeure la conclusion de l’argument formel #1, ce qui fausse le tout dès le départ. Or, la proposition mineure est également fausse, car rien ne permet à Célier d’affirmer que tout ce qui est immatériel est nécessairement indestructible et donc obligatoirement immortel, Pensons-y. Tout a été créé par Dieu ; cela sous-entendrait que ce qu’Il a créé d’immatériel, Il ne peut le détruire, que cela sort de Son contrôle et qu’Il ne pourrait l’effacer dans l’éventualité où la chose immatérielle venait à se corrompre (ex. : Satan et ses démons).

Nous en donnons pour preuve véritable cette parole de Jésus-Christ Lui-même : « Et ne craignez point ceux qui tuent le corps, et qui ne peuvent point tuer l’âme; mais plutôt craignez celui qui peut perdre et l’âme et le corps en les jetant dans la géhenne » (Matthieu 10:28). Ici, le mot « perdre » a le sens de « détruire » (voir « destroy » dans la King James).

Rappelons-nous également Ézéchiel 18:4 et 20 où il est écrit : « …l’âme qui péchera, sera celle qui mourra ». Nous comprenons toutefois que si l’abbé Célier lit la Bible, il se sert sans doute de la version de Jérusalem où le mot « âme » a été changé par « celui », ce qui l’aurait empêché de voir la mortalité de l’âme. ‘ais poursuivons l’étude de son texte :

« Le philosophe ajoute que Dieu, infiniment juste et équitable, doit récompenser le bien et punir le mal. Puisque l’âme ne meurt pas et que la justice parfaite à laquelle l’homme aspire naturellement n’existe pas en ce bas-monde, la raison nous contraint d’affirmer que Dieu établira ce redressement après la mort, mais d’une façon qui reste bien mystérieuse. »

Pour la personne qui étudie sérieusement la Bible, il n’y a pas de mystère. Voilà donc un bon exemple de ce que l’on appelle « pétition de principe », c’est-à-dire que l’on présuppose la véracité ou le bienfondé de la chose même que l’on veut prouver. En détaillant son argument de manière formelle, on détecte l’anomalie :

       Proposition Majeure :   L’âme est immortelle

       Proposition Mineure :    La justice n’existe pas en ce monde-ci

       Conclusion :                       Dieu fera justice à tous en composant avec l’âme immortelle de chacun.

C’est ce qu’on appelle « non sequitur » (qui ne suit pas), car les deux propositions n’ont pas de rapport entre elles. Mais de plus, non seulement n’ont-elles pas de rapport, mais la proposition majeure n’a pas été avérée. La conclusion ne peut donc pas avoir de valeur et demeure toujours à prouver. Jusqu’à présent, tous les syllogismes tirés de l’argumentaire de l’abbé Célier ne tiennent pas la route. Il prend continuellement pour acquises les théories qu’il présente alors qu’elles sont fondées sur des prémisses fausses qui écorchent les Écritures. Mais il y a peut-être de l’espoir avec son troisième point où il nous promet de faire intervenir la foi.

« 3) La réponse de la foi

« Les certitudes philosophiques sur l’immortalité de l’âme et la justice d’outre-tombe sont bien imparfaites ; que seront ce jugement, ces récompenses et ses peines, cette vie après la mort ? La philosophie ne peut nous l’apprendre, car l’ordre propre de la raison est ici dépassé. Mais Dieu, dans son infinie sagesse et bonté, a voulu nous faire connaître les secrets de la vie future et a confié cette Révélation à l’Église catholique, fondée par son Fils Jésus-Christ. C’est à elle que nous irons demander nos lumières. »

Oups ! Veuillez m’excuser, je croyais que l’abbé allait se fier à la foi chrétienne, mais il préfère s’en remettre à la foi catholique, ce qui n’est pas du tout la même chose. Tout d’abord, il admet que les « certitudes philosophiques » et la justice du monde actuel sont imparfaites et qu’elles ignorent le sort futur des hommes suivant la mort. L’on aurait pu croire alors que l’abbé faisait un pas dans la bonne direction. Mais il trébuche aussitôt et veut nous amener sur un chemin opposé aux Écritures.

Que cela déplaise ou non à une grande foule de croyants de la chrétienté, il nous faut appuyer sur le fait que l’Église catholique romaine N’EST PAS l’Église de Christ. Elle n’a reçu aucune révélation de Dieu et a passé le plus clair de son existence à obscurcir le Plan de Salut de Dieu pour les hommes en insérant dans sa théologie et ses rituels la philosophie des hommes et les rites païens des anciennes civilisations idolâtres. La croyance en l’âme immortelle fait partie de ces fâcheux emprunts. Nous ne pouvons donc pas espérer que l’abbé Célier puisse éclairer nos lanternes et nous apporter des preuves irréfutables. Mais ce qui sera intéressant, c’est d’étudier son procédé et d’examiner de quelle façon il utilise et analyse les quelques versets bibliques (rares) qu’il proposera.

« Le jugement particulier

« L’Église nous apprend qu’au moment de la mort chaque âme est jugée par Dieu sur sa vie terrestre, selon qu’elle a bien ou mal vécu. Ce jugement est instantané, infaillible et définitif. On considère communément qu’il s’effectue au moment exact où l’âme quitte le corps. Cette précision peut donner à réfléchir : après un accident, tandis que les pompiers s’affairent, que les policiers dressent le constat, que les badauds discutent et commentent, l’âme immortelle de l’accidenté comparait devant le tribunal souverain du Dieu tout-puissant où elle rend compte, jusque dans le moindre détail, de toutes et chacune de ses actions. Combien il serait plus utile en présence de ce cadavre mutilé de prier pour cette âme ou de faire réflexion sur soi-même et sa propre mort que de se répandre en bavardages oiseux ! »

Raisonnement circulaire ! Célier cite d’abord la source de son enseignement : l’Église catholique romaine. Pas la Parole de Dieu. Car ce « jugement particulier » ne se trouve nulle part dans les Écritures. Non pas qu’il n’y ait pas de jugement de l’Église de Christ, mais ce jugement ne se situe pas où le place le catholicisme. Lisez vous-mêmes : « Mais si quelqu’un souffre comme Chrétien, qu’il n’en ait point de honte, mais qu’il glorifie Dieu en cela. Car il est temps que le jugement commence par la maison de Dieu ; or s’il commence premièrement par nous, quelle sera la fin de ceux qui n’obéissent point à l’Evangile de Dieu ? » (1 Pierre 4:16-17). Chacun des membres de l’Église de Christ passe, en son vivant, dans la chair, en jugement selon sa fidélité à l’Évangile de Christ. Et qu’en résulte-t-il ? « Il n’y a donc maintenant aucune condamnation pour ceux qui sont en Jésus-Christ, lesquels ne marchent point selon la chair, mais selon l’Esprit » (Romains 8:1).

Donc, il y a effectivement un « jugement particulier », mais aujourd’hui, il n’est appliqué 1) seulement qu’aux enfants de Dieu et 2) avant la mort de chacun de ces enfants, membres du Corps de Christ. Pourquoi ? Parce que chacun doit mourir sans tache ni ride, c’est-à-dire, sans péché, revêtu de la justice de Christ et de la foi en Son sacrifice. Pour qu’une personne accède au Royaume de Dieu et à la vie éternelle, il faut que tous ses péchés soient pardonnés par le sang de Christ. Or, nous voyons nettement transparaître dans le laïus de Célier le « salut par les œuvres » de l’Église catholique qui renie la suffisance du sacrifice de Christ.

« L’Église nous révèle encore qu’il n’existe que deux sentences : l’une pour ceux qui auront mal agi jusqu’au bout et c’est l’enfer éternel ; l’autre pour ceux qui seront tournés vers Dieu avec le désir profond de bien faire et le regret sincère de leurs fautes, au moins au dernier instant, et c’est la récompense, le Paradis. Jésus-Christ a enseigné cette vérité cruciale en maints passages de l’Évangile, mais jamais si clairement que dans le grand discours sur le jugement dernier où les deux sentences sont expressément rapportées : »

Avant de citer le passage, Célier prépare la table afin que son lecteur le lise d’après sa propre interprétation. Rappelons que l’Église catholique ne reconnaît qu’une seule résurrection où tous les êtres humains reviennent à la vie en même temps, et Jésus-Christ fait immédiatement le partage entre les bons et les méchants. Si nous en croyons les statistiques, plus de 90 % de la population va en « enfer », car ils n’ont pas été chrétiens. De plus, en nous basant sur ce que l’abbé nous a dit précédemment, les sentences sont appliquées dès la mort de la personne, à son âme immortelle, avant la résurrection ! Ce qui porte à nous demander la raison d’une résurrection si le sort éternel de chacun est déjà scellé d’avance. Puis, Célier affirme que Jésus-Christ a enseigné cette vérité en maints passages. Nous nous attendons donc à ce qu’il cite bon nombre de ces passages afin d’étayer ce qu’il qualifie de preuves irréfutables, mais nous serons déçus…

« Venez, les bénis de mon Père, recevoir le Royaume qui vous a été préparé depuis le commencement du monde (…) Retirez-vous de moi, maudits, allez au feu éternel qui a été préparé pour le diable et ses anges (…) Et les méchants iront au supplice éternel, les justes à la vie éternelle. (Évangile selon saint Matthieu, chap. 25, versets 34, 41 et 46). »

Gardez à l’esprit que Célier et les catholiques (sans exclure un grand nombree de croyants de plusieurs autres confessions chrétiennes) ne croient qu’à une seule résurrection, celle qui aura lieu au retour de Christ. Ils pensent que tout le monde sera ressuscité pour recevoir sa sentence. Or, si l’abbé comprenait les Écritures, il aurait l’assurance de mettre le contexte de ce passage en entier et de citer d’autres passages qui viennent appuyer ce que dit le Christ. Alors, permettons-nous de faire cet exercice et lisons Matthieu 25:31-46 :

« Or quand le Fils de l’homme viendra environné de sa gloire et accompagné de tous les saints Anges, alors il s’assiéra sur le trône de sa gloire. »

Faisons une pause tout de suite pour nous poser la question à savoir quand se situe cette action : est-ce au retour de Christ lorsqu’Il mettra fin aux gouvernements du monde, ou à un autre moment ? Que dit le verset suivant ?

« Et toutes les nations seront assemblées devant lui ; et il séparera les uns d’avec les autres, comme le berger sépare les brebis d’avec les boucs. »

Cela ressemble-t-il à la Première Résurrection ? Jésus a fait la description de celle-ci dans le chapitre précédent de Matthieu : « Et alors le signe du Fils de l’homme paraîtra dans le ciel. Alors aussi toutes les Tribus de la terre se lamenteront en se frappant la poitrine, et verront le Fils de l’homme venant dans les nuées du ciel, avec une grande puissance, et une grande gloire. Et il enverra ses Anges, qui avec un grand son de trompette assembleront ses élus, des quatre vents, depuis l’un des bouts des cieux jusques à l’autre bout » (Matthieu 24:30-31). Est-ce bien la résurrection des saints ? « Car nous vous disons ceci par la parole du Seigneur, que nous qui vivrons et resterons à la venue du Seigneur, ne préviendrons point ceux qui dorment. Car le Seigneur lui-même avec un cri d’exhortation, et une voix d’Archange, et avec la trompette de Dieu descendra du Ciel ; et ceux qui sont morts en Christ ressusciteront premièrement ; puis nous qui vivrons et qui resterons, serons enlevés ensemble avec eux dans les nuées, au-devant du Seigneur, en l’air et ainsi nous serons toujours avec le Seigneur » (1 Thessaloniciens 4:15-17).

En lisant attentivement ces passages concernant clairement le retour sur terre de notre Seigneur Jésus-Christ, voyez-vous un indice quelconque disant qu’en plus des saints élus de Dieu, les méchants sont aussi ressuscités ? Évidemment pas. La Première Résurrection est destinée uniquement aux membres du Corps de Christ, d’Abel le juste jusqu’au dernier converti lors du retour de Christ. Mais alors, de quoi parle Matthieu 25:31-32 ? Nous y voyons que Jésus-Christ, dans toute Sa gloire, va S’asseoir sur Son trône et que toutes les nations seront assemblées devant Lui pour qu’Il exerce sur eux Son jugement. Où, ailleurs, voyons-nous des détails de cet événement ?

Lisons ensemble Apocalypse, chapitre 20. Dans les premiers versets, nous voyons d’abord qu’au retour de Christ et Sa prise en main du Royaume, Il fait enfermer Satan et ses démons dans l’abîme. L’apôtre Jean voit ensuite les Élus ressuscités assis sur des trônes. Sous la gouverne du Seigneur Jésus-Christ, ils règnent mille ans sur la terre. À la fin de quoi Satan sera relâché pour fomenter encore une dernière révolte rapidement maîtrisée, puis Satan et ses démons sont jetés dans la géhenne de feu pour de bon. C’est alors que : « Je vis un grand trône blanc et quelqu’un assis dessus » (v.11). Nous avons vu, dans Matthieu 25:31, que « le Fils de l’homme viendra environné de Sa gloire … Il s’assiéra sur le trône de Sa gloire. » Cette parabole de Jésus décrit le Christ assis sur Son grand trône blanc afin de juger… qui ? « Les nations qui seront assemblées devant lui » (v. 32) !

Quelles sont ces nations ? Retournons à Apocalypse 20, au verset 12 : « Je vis aussi les morts, grands et petits, se tenant devant Dieu [ou « assemblées devant lui »; et les livres furent ouverts ; et un autre livre fut ouvert, qui était le livre de vie : et les morts furent jugés sur les choses qui étaient écrites dans les livres, c’est-à-dire, selon leurs œuvres. » Les livres ouverts sont les soixante-six livres de la Bible, la Parole de Dieu. Le livre de vie c’est celui dans lequel est écrit le nom d’une personne qui est sauvée, car il est écrit au verset 15 : « Et quiconque ne fut pas trouvé écrit au livre de vie, fut jeté dans l’étang de feu. »

Le Père a confié tout jugement au Fils et Celui-ci donne les détails de Son jugement effectué lors de la Deuxième Résurrection (qui surviendra 1 000 ans après la Première) dans Sa parabole de Matthieu 25, dont nous allons maintenant poursuivre la lecture à partir du verset 33 :

« Et il mettra les brebis à sa droite, et les boucs à sa gauche. » Cela arrivera à la fin de la période allouée à ces nations de la Deuxième Résurrection, après qu’elles auront eu le temps d’étudier la Parole de Dieu et d’agir en conséquence, tout comme l’Église qui est jugée aujourd’hui par le message de l’Évangile. Nous pensons possible que cette période s’étale sur une centaine d’années en nous fondant sur un passage d’Ésaïe qui parle de la toute fin des temps : « Il n’y aura plus désormais d’enfants nés depuis peu de jours, ni aucun vieillard qui n’accomplisse ses jours : car celui qui mourra âgé de cent ans, sera encore jeune, mais le pécheur âgé de cent ans sera maudit » (Ésaïe 65:20). Celui ou celle qui arrivera au bout des cent ans converti et servant Dieu verra son nom écrit dans le livre de vie et entrera dans la vie éternelle ; mais celui ou celle qui aura passé cent ans dans la rébellion sera jeté dans l’étang de feu. Dans Matthieu 25, Jésus explique les critères différenciant les brebis des boucs. Verset 34 :

« Alors le Roi dira à ceux qui seront à sa droite : venez les bénis de mon Père, possédez en héritage le Royaume qui vous a été préparé dès la fondation du monde. Car j’ai eu faim, et vous m’avez donné à manger ; j’ai eu soif, et vous m’avez donné à boire ; j’étais étranger, et vous m’avez recueilli ; j’étais nu, et vous m’avez vêtu ; j’étais malade, et vous m’avez visité ; j’étais en prison, et vous êtes venus vers moi. Alors les justes lui répondront, en disant : Seigneur, quand est-ce que nous t’avons vu avoir faim, et que nous t’avons donné à manger ; ou avoir soif, et que nous t’avons donné à boire ? Et quand est-ce que nous t’avons vu étranger, et que nous t’avons recueilli ; ou nu, et que nous t’avons vêtu ? Ou quand est-ce que nous t’avons vu malade, ou en prison, et que nous sommes venus vers toi ? Et le Roi répondant, leur dira : en vérité je vous dis, qu’en tant que vous avez fait ces choses à l’un de ces plus petits de mes frères, vous me l’avez fait à moi-même. »

En effet, quand ces gens-là auront-ils fait ces bonnes actions ? Durant les cent ans de la Deuxième Résurrection ? On peut en douter, vu les indices que Jésus donne, car, durant cette période, qui se trouvera dans une position de pauvreté telle qu’il aura à quémander de quoi manger, de quoi boire, de quoi se vêtir ; qui sera considéré étranger ; qui sera gravement malade ; qui sera mis en prison dans un Royaume où Christ est Roi et Satan jeté dans le feu de la géhenne ? Ce genre de choses n’arrivera pas à cette époque-là, mais cela survient à notre époque, depuis Abel le juste. Nous devons donc identifier ceux que Christ appelle « ces plus petits de mes frères », c’est-à-dire, les frères et les sœurs de Christ qui font partie de Son Corps depuis des millénaires et qui seront ressuscités à la vie éternelle en tant que prémisses. Bon nombre ont vécu – et vivent encore – la persécution, l’adversité et la misère à cause de leur foi en Jésus-Christ. Mais des âmes généreuses sont intervenues dans leur vie, poussées par Dieu à soulager la misère de Ses enfants lorsque ceux-ci priaient le Père pour leur délivrance et leur protection. Ces gens-là, même s’ils ne sont pas aujourd’hui convertis, ne perdront pas leur récompense. Par contre, à partir du verset 41 :

« Alors il dira aussi à ceux qui seront à sa gauche : Maudits retirez-vous de moi, et allez au feu éternel, qui est préparé au diable et à ses anges. Car j’ai eu faim, et vous ne m’avez point donné à manger ; j’ai eu soif et vous ne m’avez point donné à boire ; j’étais étranger, et vous ne m’avez point recueilli ; j’ai été nu, et vous ne m’avez point vêtu ; j’ai été malade et en prison, et vous ne m’avez point visité. Alors ceux-là aussi lui répondront, en disant : Seigneur, quand est-ce que nous t’avons vu avoir faim, ou avoir soif, ou être étranger, ou nu, ou malade, ou en prison, et que nous ne t’avons point secouru ? Alors il leur répondra, en disant : en vérité je vous dis, que parce que vous n’avez point fait ces choses à l’un de ces plus petits, vous ne me l’avez point fait aussi. » (vs 41-45) Au fil des millénaires, les enfants de Dieu ont été pourchassés, maltraités, persécutés et assassinés par les suppôts de Satan. Ceux-ci étaient, et sont encore, submergés par une haine irréfléchie et irrationnelle contre tout ce qui vient de Dieu, car Il n’est pas leur Père ; Satan est leur père et ils veulent satisfaire les désirs de leur père. Donc, eux aussi sont rétribués : « Et ceux-ci s’en iront aux peines éternelles ; mais les justes iront jouir de la vie éternelle. » (v. 46).

Avez-vous remarqué que, dans ces passages, Il n’est fait aucune mention d’âmes immortelles ? Pourtant, c’est un petit extrait de ceux-ci qu’utilise Célier pour « prouver » le « jugement particulier » donné aux âmes immortelles suivant le décès de leur corps. De plus, Matthieu 25, qui est clairement une référence à la Deuxième Résurrection, relève ainsi une sérieuse incohérence au sein même de ce concept de « jugement particulier », car nous voyons que les nations seront jugées après leur résurrection dans un nouveau corps. Quelle pertinence y aurait-il à cela si l’âme de chacun a déjà été jugée de manière particulière immédiatement après sa mort ? À croire que Dieu les réincorpore afin de les juger une seconde fois pour la galerie, allez savoir pourquoi, pour ensuite les retourner, soit au ciel, soit en « enfer » d’où ils jouissaient – ou subissaient – de la sentence de leur premier jugement. Il ne faudrait pas se moquer de Dieu en Lui prêtant des actions sans pertinences et incohérentes. Maintenant, poursuivons l’article de l’abbé Célier :

« Les deux voies

« Que sont l’enfer et le Paradis, selon la foi chrétienne ? L’enfer est un lieu d’atroces souffrances où les mauvais, obstinés dans le mal, et désirant pécher toujours plus, seront éternellement châtiés sans qu’il y ait jamais pour eux ni diminution ni cessation de leurs peines. Le Paradis est un lieu de bonheur parfait où les justes jouissent de la vision de Dieu et de son intimité au titre d’une récompense qui durera éternellement et ne leur sera jamais enlevée. Récompense et punition, car notre vie sur la terre est un temps d’épreuve qui nous est donné pour accomplir notre unique tâche : mener une vie moralement bonne et conforme à la loi de Dieu, après laquelle nous recevons notre selon nos mérites, d’une façon stable, inamissible et éternelle. »

Précisons tout d’abord que, quand Célier parle de « la foi chrétienne », il se réfère bien évidemment à la « foi catholique » et il donne ensuite un parfait exemple du « salut par les œuvres ». Vous noterez que Célier résume le salut en deux mots : récompense et punition. Pour lui, l’on obtient le salut en « menant une vie morale bonne et conforme à la loi de Dieu ». Les œuvres sont donc l’observance de la loi et, selon nos œuvres, nous « recevons notre selon nos mérites ». Est-ce bien le salut de l’Évangile de Christ ? Est-ce le salut par la foi ?

« Que dirons-nous donc qu’Abraham notre père a trouvé selon la chair ? Certes, si Abraham a été justifié par les œuvres, il a de quoi se glorifier, mais non pas envers Dieu. Car que dit l’Ecriture ? qu’Abraham a cru à Dieu, et que cela lui a été imputé à justice [Genèse 15:6]. Or à celui qui fait les œuvres, le salaire ne lui est pas imputé comme une grâce, mais comme une chose due » (Romains 4:1-4).

« Sachant que l’homme n’est pas justifié par les œuvres de la Loi, mais seulement par la foi en Jésus-Christ, nous, dis-je, nous avons cru en Jésus-Christ, afin que nous fussions justifiés par la foi de Christ, et non point par les œuvres de la Loi ; parce que personne ne sera justifié par les œuvres de la Loi » (Galates 2:16).

Vous êtes à même de constater que les affirmations catholiques de l’abbé Grégoire Célier sont en flagrantes contradiction avec les écrits de l’apôtre Paul, enseigné directement par notre Seigneur Jésus-Christ. Qui allons-nous croire ? Célier tire ses croyances, non pas de l’Église de Christ, mais des cultures païennes concernant « l’enfer » et le « Paradis ». Il veut « gagner son ciel » par ses propres mérites charnels en observant, non pas la loi royale de Christ, mais le système de croyances babyloniennes de l’Église catholique. Malheureusement, ses croyances sont partagées par un grand nombre de personnes sincères qui débattent avec leur conscience en craignant constamment d’avoir commis un « péché mortel » et de ne jamais atteindre les standards sévères de Dieu. Cette manière de voir le salut est une négation du sacrifice parfait de Jésus-Christ sur la croix exécuté une fois pour toutes. Célier semble en être complètement inconscient, car il poursuit :

« Mais si nous menons une vie mauvaise et pécheresse, méprisant les lois de Dieu et son amour, notre existence se terminera par le terrible et juste verdict de Dieu nous condamnant à des supplices mérités. “Il est horrible de tomber entre les mains du Dieu vivant” nous dit l’apôtre saint Paul (Épître aux Hébreux, chap. 10, verset 31), lorsqu’on s’est moqué de lui durant sa vie ; car, ajoute-t-il, “on ne se moque pas de Dieu” (Épître aux Galates, chap. 6, verset 7). Parce qu’elle connaît cette tragique éventualité, l’Église prêche à temps et à contretemps, envoie ses missionnaires jusqu’aux extrémités de la terre afin d’apprendre aux hommes à “rejeter l’impiété et les mauvais désirs, et à vivre sobrement, justement et pieusement sur cette terre, attendant la bienheureuse espérance” du Ciel (Épître de saint Paul à Tite, chap. 2, versets 11 à 13). Sans discontinuer, elle répète cette parole par laquelle Jésus-Christ, son divin fondateur, inaugura son ministère : “Si vous ne faites pénitence, vous périrez tous” (Évangile selon saint Luc, chap. 13, verset 5), c’est-à-dire, vous tomberez pour toujours dans l’enfer des tourments, “là où le ver qui ronge ne meurt pas, où le feu ne s’éteint pas” (Évangile selon saint Marc, chap. 9, verset 43). “Là seront les pleurs et les grincements de dent” (Évangile selon saint Luc, chap. 13, verset 28). »

Célier nous présente le sort des méchants, c’est-à-dire, dans le langage catholique, ceux qui ne se convertissent pas à l’Église de Rome, en s’appuyant sur des bouts de versets sortis de leur contexte et qui ne lui fournissent aucune preuve de ce qu’il avance. Lu dans son contexte, Hébreux 10:31 parle des personnes qui ont reçu le Saint-Esprit, mais qui se sont éloignées de Dieu jusqu’à repousser Son salut : le passage ne décrit pas le sort du méchant, sauf qu’au verset 27, Paul dit : « mais une attente terrible du jugement et l’ardeur du feu qui doit dévorer les adversaires ». Dans la théologie catholique, le feu ne dévore pas les méchants, ils souffrent éternellement. Célier cite ensuite Galates 6:7 qui, bien que parfaitement rendu, n’éclaire en rien son propos. Puis, remarquez ce qu’il fait de Tite 2:11-13 : il le cite plus ou moins exactement en ajoutant « du Ciel », faisant ainsi croire au lecteur que « la bienheureuse espérance » du chrétien est d’aller au ciel, alors que le passage se poursuit au verset 13 par la véritable bienheureuse espérance : « l’apparition de la gloire du grand Dieu et notre Sauveur Jésus-Christ. » Car c’est au retour de Jésus-Christ sur terre que va se réaliser la bienheureuse espérance attendue de tous les saints de tous les âges, c’est-à-dire, leur résurrection à la vie éternelle et leur rencontre avec leur Seigneur et Sauveur qu’ils ne quitteront jamais plus.

Enfin, l’abbé cite des petits bouts de versets qui lui semblent appropriés pour consolider la structure fragile et branlante de son argumentation. Voyons comment il s’y prend. Citons d’abord Luc 13:5 :

« Ou croyez-vous que ces dix-huit sur qui la tour de Siloé tomba, et les tua, fussent plus coupables que tous les habitants de Jérusalem ? Non, vous dis-je ; mais si vous ne vous repentez, vous périrez tous de la même manière. »

Jésus explique que des gens avaient péri dans un terrible accident, mais pas parce qu’ils étaient plus pécheurs que les autres. Or, tout le monde finit par mourir. Cependant, ceux qui ne se repentent pas périront aussi. Il n’est aucunement question de leur âme immortelle qui brûle éternellement, mais de la disparition totale de leur personne. Alors, quand Célier ajoute immédiatement après « c’est-à-dire vous tomberez pour toujours dans l’enfer des tourments », il se permet d’interpréter à sa convenance et selon sa préconception, ajoutant à la Bible une parole que Jésus n’a point dite. Il invente et se sert d’un procédé anti-biblique.

Marc 9:43-44 dit : « Or si ta main te fait broncher, coupe-la : il vaut mieux que tu entres manchot dans la vie, que d’avoir deux mains, et aller dans la géhenne, au feu qui ne s’éteint point ; là où leur ver ne meurt point, et le feu ne s’éteint point. » Par ce verset, Célier veut sous-entendre que les âmes sont immortelles et brûlent éternellement. Mais en présentant le contexte du passage, l’on se rend compte que Jésus parlait par images. En effet, si nous appliquons Ses paroles de manière littérale, combien de chrétiens, depuis 2 000 ans, seraient soit borgnes (v. 47), soit cul-de-jatte (v. 45), soit manchots (v. 43) ou peut-être les trois ? Pratiquement tous ! Or, Jésus voulait simplement souligner l’importance et la gravité du péché. De même, le ver qui ne meurt point est une image qu’on ne peut prendre de façon littérale, car peut-on penser qu’il existe une sorte de ver capable de ronger une âme qui, suppose-t-on, est une entité spirituelle et immortelle et, selon Célier, indestructible ? Peut-on imaginer que le feu, même de la géhenne, puisse avoir une action quelconque sur une âme immortelle indestructible ? À un moment donné, il faut faire preuve d’un peu de gros bon sens.

Maintenant, que dit Luc 13:28 ? « Là, il y aura des pleurs et des grincements de dents. » Cela ne prouve en rien l’immortalité de l’âme, ni un « enfer » sans fin, car, si on lit le reste du verset, on voit que Jésus plaçait ceci dans un événement bien précis : « …quand vous verrez Abraham, et Isaac, et Jacob, et tous les prophètes dans le Royaume de Dieu, et que vous serez jetés dehors. » Et quand cela aura-t-il lieu ? « Et la mer rendit les morts qui étaient en elle, et la mort et l’enfer rendirent les morts qui étaient en eux ; et ils furent jugés chacun selon ses œuvres. Et la mort et l’enfer furent jetés dans l’étang de feu : c’est la mort seconde. Et quiconque ne fut pas trouvé écrit au Livre de vie, fut jeté dans l’étang de feu » (Apocalypse 20:13-15). Il s’agit de la Troisième Résurrection qui coïncide avec la fin de la période de cent ans de la Deuxième Résurrection. Sont alors assemblés tous les méchants incorrigibles et rebelles qui refusent de se repentir. Ils verront de loin Abraham, Isaac et Jacob, ainsi que les prophètes, les apôtres et tous les saints, bien installés sur des trônes entourant celui du Roi Jésus-Christ qui prononcera leur sort, et ils grinceront des dents en pleurant de rage ; puis, ils seront jetés dehors, dans l’étang de feu où ils seront entièrement consumés. Ils disparaîtront et leurs péchés avec eux. Ils n’existeront plus. Poursuivons maintenant l’article de l’abbé Célier.

« Les grandes assises de l’humanité

« Notons soigneusement qu’il n’existe pas, à proprement parler, de lieu intermédiaire entre le Ciel et l’enfer. Deux sorts sont seuls possibles : le bonheur éternel, le malheur éternel. Le Purgatoire, qui échoit à ceux qui, ayant voulu aimer Dieu, n’ont pas payé sur la terre toutes leurs dettes envers sa justice, est un lieu transitoire d’expiation. Ceux qui y séjournent sont définitivement destinés au Ciel et, après une certaine purification, y entrent pour toujours. En toute rigueur de terme, il n’y a que deux lieux : se détourner de l’un, c’est par le fait même marcher vers l’autre. Cette seule pensée devrait nous effrayer et nous faire « accomplir notre salut avec crainte et tremblement » (Épître de saint Paul aux Philippiens, chap. 2, verset 12). »

Célier dit bien qu’il n’existe pas de lieu intermédiaire entre « le Ciel et l’enfer » et pourtant il présente le « Purgatoire » – sorte d’antichambre du Ciel – comme étant une réalité incontournable. Mais il ne propose aucun verset de la Bible lui permettant d’asseoir son hypothèse péremptoire. Il ne se sert de Philippiens 2:12 que pour enjoliver sa prose. Cette invention du purgatoire est en fait une adaptation de croyances païennes, comme nous l’avons vu dans le chapitre précédent. Elle a servi à l’Église de Rome à monter un racket particulièrement lucratif avec ses messes payantes pour les morts et ses indulgences pour les « âmes du purgatoire ». Ce soi-disant « lieu de purification pour le reste des dettes non payées » n’est crédible qu’en la croyance d’un salut par les œuvres où ce sont les hommes qui se sauvent eux-mêmes par leurs efforts et non pas par le sacrifice de Jésus-Christ. Mais nous avons vu auparavant qu’aucun homme ne sera sauvé par les œuvres de la loi (voir Galates 2:16).

Nous devons en conclure que l’obstination de l’Église catholique à croire en un salut par les œuvres de la loi n’est pas entièrement ou uniquement dû à l’ignorance, mais plutôt à l’amour de l’argent dont est rongée la hiérarchie catholique. Le purgatoire est une fabrique de monnaie.

« L’Église, conformément à la mission qu’elle a reçu du Fils de Dieu, enseigne une dernière grande vérité sur la vie après la mort : outre le jugement particulier à chacun, il y aura un Jugement général. Tous les humains comparaîtront ensemble devant Dieu et, publiquement, à la face des anges et des hommes, Dieu rendra à chacun selon ses œuvres. Pourquoi cet ultime arrêt ? Non pour modifier les sentences antérieures qui sont irrévocables ; mais afin de rétablir la pleine justice, même dans la société. Il est des hommes qui ont mal vécu et qui sont morts honorés et glorifiés. Il en est d’autres qui ont saintement vécu et sont morts méprisés et insultés. En ce jour des grandes assises de l’humanité, les premiers seront humiliés par la révélation publique de leurs forfaits quand leur masque hypocrite sera arraché. Les seconds, au contraire, seront honorés et exaltés d’autant plus qu’ils ont vécu ici-bas pauvres et inconnus. Cette glorification échoira spécialement à notre Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu, qui sera magnifiquement honoré après avoir été rejeté et bafoué sur cette terre dont il venait sauver les habitants.

« Comme prélude à ce jugement, les hommes ressusciteront, c’est-à-dire que leurs corps revivront pour que désormais l’homme complet subisse la peine ou jouisse de la récompense. »

Avant tout, précisons que l’Église catholique n’a jamais reçu quelque mission que ce soit de la part de notre Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu, pour la raison toute simple que ce n’est PAS Son Église. Oh, certes ! elle a bien reçu une mission de son dieu, mais, comme le Christ l’a dit aux Pharisiens : « Le père dont vous êtes issus, c’est le diable, et vous voulez faire les désirs de votre père » (Jean 8:44). Comment expliquer autrement sa séculaire tradition de falsification de la Parole de Dieu ? Voyez dans ce paragraphe de Célier comment il essaie de justifier la résurrection des corps en la conciliant avec le concept contradictoire de l’immortalité de l’âme, du jugement particulier et du salut par les œuvres de la loi. Son argumentation est pauvre, pathétique et incohérente. Ce qui fait que la justification d’une résurrection s’avère ici dans ce contexte catholique dénuée de logique. En disant que « leurs corps revivront pour que désormais l’homme complet… », sous-entend-il que l’âme immortelle qui subit son « jugement particulier » n’est pas un être complet ? Quel besoin y aurait-il alors que Dieu juge de manière particulière une âme immortelle qui ne serait qu’une parcelle d’homme ? Célier a dû comprendre l’absurdité de la position catholique et il cherche péniblement à concilier celle-ci avec l’enseignement biblique clair et incontournable qu’il y aura indubitablement une résurrection des corps, parce que « les morts ressusciteront incorruptibles, et nous serons transmués, Car il faut que ce corruptible revête l’incorruptibilité, et que ce mortel revête l’immoralité » (1 Corinthiens 15:52-53).

S’il faut que l’être mortel que nous sommes doive revêtir l’immortalité, c’est qu’il ne l’a pas encore. Pourquoi alors devrait-il recouvrer un corps incorruptible si son âme est déjà immortelle et, de plus, pré-jugée. Essayer de réunir les deux concepts ensemble est une tâche impossible et Célier s’y attèle avec bien peu de conviction. C’est pour cela qu’il ne peut, ni ne tente, de s’appuyer sur une Écriture divine. Il se contente donc de se servir encore du salut par les œuvres de la loi. Semble-t-il que, pour être bien vu à la face des anges et des hommes, les âmes doivent à nouveau revêtir une enveloppe charnelle et ceci pour « rétablir la pleine justice, même dans la société », quoi que cela puisse vouloir dire. Puis, ils seront récompensés selon leurs mérites terrestres. Ceux qui auront été au « Purgatoire » auront-ils terminé de purger leur peine ?

Célier ne dit pas où auront lieu ces « grandes assises de l’humanité » ; sera-ce au ciel, sur terre, en enfer ? Si c’est au ciel – où se trouve le Trône du Père – y fera-t-on monter les âmes qui brûlent en enfer en leur accordant une trêve et en leur fournissant un corps de location pour qu’ils soient en mesure de recevoir une simple confirmation grand public de la sentence qu’ils purgent déjà, pour les renvoyer ensuite en « enfer » tout en leur demandant de laisser leur corps de location au vestiaire de la porte du Paradis ? Tout ce concept catholique est plus troué qu’un fromage de gruyère… une contradiction n’attend pas l’autre et les non-sens se succèdent. Mais continuons la lecture de l’article de l’abbé.

« Conclusion générale

« Résumons à grands traits notre propos. Les hommes ont toujours eu la conviction, manifestée par les rites funéraires, que la vie ne s’arrêtait pas à la mort. Ils y sont poussés par un désir naturel de l’immortalité et de la justice parfaite. Cette immortalité de l’âme et ce jugement de Dieu, la raison les démontre. Mais la foi enseigne bien plus, nous révélant que ce jugement se fait à l’instant de la mort, qu’il est instantané et infaillible, et que la sentence, irrévocable, fixe l’âme pour l’éternité dans un de ces deux états, soit l’enfer éternel, soit le Paradis sans fin. Outre ce jugement particulier, il y aura à la fin des temps la résurrection de la chair et un Jugement général où pleine justice sera rendue publiquement et avec éclat. »

En conclusion, Célier résume donc ses affirmations en déclarant à nouveau qu’elles ne s’appuient que 1) sur la raison humaine et les rites ancestraux, ainsi que 2) sur la foi – malgré que l’on puisse avoir foi en toutes sortes de croyances – lui, croyant en la foi catholique bâtie sur des interprétations très douteuses des Écritures, comme nous l’avons vu. Il se garde bien évidemment de confronter les incohérences foisonnant dans ses concepts.

« Appuyé sur ces vérités, le chrétien ne redoute pas la mort qui lui ouvre la vraie vie. Ce qu’il craint, c’est le péché qui conduit en enfer, “la seconde mort” (Apocalypse, chap. 20, verset 14). Mais quand il vit dans l’amitié de Dieu, persévérant dans les prières et les bonnes œuvres, il met sa confiance en l’infinie miséricorde de Celui qui a envoyé son Fils afin de nous sauver. Il y a encore un siècle, en pays chrétien, le cimetière entourait l’église et, chaque dimanche, la famille allait honorer ses ancêtres, prier pour le repos de leurs âmes, et reconnaître la place où chacun reposerait à son tour en attendant la bienheureuse résurrection : tant la mort était sereinement acceptée dans la lumière de la foi. La seule éventualité terrible était la mort subite qui peut saisir dans le péché et ôter l’espace de la pénitence. Aussi ne dissimulait-on pas son état au malade qui était soigneusement averti de se préparer. »

Peut-on rappeler à l’abbé Célier toutes les personnes de foi catholique qui ont vécu la peur au ventre en se demandant sans cesse de manière obsessive si elles allaient réussir à « gagner leur ciel » ou si elles allaient être surprises en état de « péché mortel » à cause d’une faiblesse passagère ? Malgré les propos lénifiants de l’abbé, il ne peut cacher l’état dans lequel on se trouve en croyant au salut par les œuvres de la loi, salut que l’on doit se mériter soi-même parce que, apparemment, le sacrifice de Christ n’est pas suffisant pour effacer tous les péchés ; il faut qu’il y ait encore la cohue dans le Purgatoire, de ces personnes chanceuses qui ont évité l’enfer qui, de toute évidence, rassemble la plus grande partie de toute l’humanité. Ce genre de salut n’a aucune similitude avec celui offert par Christ dans Son Évangile. Continuons :

« Notre société déchristianisée et matérialiste a une tout autre attitude devant la mort. Refusant de considérer la réalité en face, elle voit dans la mort un gâchis et s’efforce de la cacher pour qu’elle ne vienne point troubler, importune visiteuse, nos fêtes humaines. On camoufle les cimetières, on fait disparaître les signes sociaux de la mort, on élimine les vocables trop crus et trop macabres, on dissimule sans vergogne au mourant son état sous le prétexte absurde de ne pas l’affoler ou l’affaiblir. On traite ainsi la réalité la plus certaine et la plus importante de la vie humaine de la façon la plus insensée qui soit, en cherchant à s’étourdir et à oublier. »

Il y a beaucoup de vrai dans ce propos de l’abbé, car, en effet, le monde est fort confus devant la mort et réagit de bien diverses manières parce que la grande majorité des gens ne sait tout simplement pas ce qu’il y a au-delà de cette vie. Cependant, n’oublions pas de tenir en compte que, dans la foi catholique, l’appel est en ce moment universel et que l’on croit que Dieu donne Sa grâce à tout le monde depuis Adam et Ève. Cela influence évidemment l’abbé Célier qui pense que nous devons convertir tous les gens avant qu’ils ne meurent, car sinon ils vont en « enfer ». Ce point de vue est une conséquence directe de la mauvaise compréhension de la fonction de la Deuxième Résurrection.

« Cette panique devant la mort, cette lâcheté sont également une folie, car la mort doit être le moment de l’ultime choix moral. Celui-ci est d’ailleurs facilité par l’apaisement en cet instant suprême de toutes les passions et illusions de la vie.

« Après cette dernière décision, il n’y en aura plus d’autre. C’est donc un spectacle effrayant de voir tant d’âmes partir sans rien prévoir, sans y penser, souvent même sans être prévenues, vers ce jour et vers ce lieu où il n’y aura ni excuse, ni délai, ni recours pour celles qui seront obstinément restées sourdes à l’appel miséricordieux de Dieu. Fasse qu’à l’instant d’entrer dans l’éternité, la bienheureuse Vierge Marie, Mère de Dieu, soit auprès d’elles pour les secourir et leur obtenir la grâce insigne d’une contrition sincère et complète. »

C’est sur cette affreuse fausse note que se termine l’article de l’abbé Grégoire Célier. Ce dernier paragraphe contient des paradoxes et des contradictions menant à des impasses qu’il se garde bien de relever. Lorsqu’il dit que « après cette dernière décision, il n’y en aura plus d’autres », il dévoile clairement sa croyance en un appel universel et immédiat de Dieu. D’après lui, tout le monde doit prendre une décision dès maintenant. Mais ensuite, son propos démontre la « folie » de cette croyance. En effet, l’on vérifie chaque jour que « tant d’âmes partent sans rien prévoir … et souvent même sans être prévenues ». En langage biblique clair, elles n’ont pas été évangélisées, on ne leur a pas parlé du salut de Dieu pour les hommes, ou, si elles en ont entendu parler, elles n’y ont pas fait attention. Comment cela se fait-il ? Dieu n’est-Il pas assez puissant pour Se manifester de façon claire et nette à la grande majorité des gens ? Si elles n’ont pas entendu le message de l’Évangile de toute leur vie, comment peut-on les accuser d’être demeurées « obstinément sourdes » à un appel qu’elles n’ont pas perçu ou même reçu ? Le Dieu d’amour que nous connaissons va-t-Il les envoyer rôtir en « enfer » pour toute l’éternité sur ce simple constat d’ignorance ?

Mais heureusement, Célier arrive avec la solution miracle sortie de la tiare du pape : La Vierge Marie va les secourir et leur obtenir la grâce insigne d’une contrition sincère et complète ! Ce n’est pas le Christ qui sauvera ces âmes, mais la « Vierge Marie » – dite « Mère de Dieu » alors que Dieu n’a ni mère ni père, car Il existe depuis toujours ! Qu’en est-il des innombrables âmes ayant vécu AVANT Marie ? Il n’y a pas la moindre allusion dans les Écritures à une Marie en tant que médiatrice entre Dieu et les hommes. De plus, Célier avance de manière étrange que Marie secourrait les âmes et leur obtiendrait la grâce alors que, auparavant, l’abbé affirmait catégoriquement que les âmes étaient jugées particulièrement aussitôt que la mort frappait le corps et qu’elles recevaient immédiatement leur sentence irrémédiable… Il y a une contradiction flagrante, ici. Ou alors, ce que Célier veut dire, c’est qu’au moment de l’agonie d’une personne pécheresse, Marie apparaît avec sa baguette magique qu’elle appuie sur la tête de l’agonisant et celui-ci est soudainement frappé du repentir de ses fautes… Mmh… Cela demeure un salut par une Marie médiatrice !

À la fin du compte, pensez-vous que l’abbé Célier ait réussi à démontrer les preuves irréfutables promises au début de son article concernant l’immortalité de l’âme ? Son discours, parfois ennuyeux, fut uniquement fondé sur les coutumes funéraires des diverses civilisations, sur le raisonnement des hommes et sur la philosophie catholique. Il n’a cité que de petits bouts de texte biblique et a parsemé sa prose de croyances disparates qu’on est bien incapable d’agencer ensemble pour en faire un tout uniforme et homogène. Le tissu de contradictions le menait vers une voie sans issue. Sa connaissance des Écritures se révèle superficielle et ne sert qu’à dissimuler la pauvreté navrante de son argumentation.

Si c’est tout ce qu’un « expert » catholique a à offrir, cela n’a vraiment rien de convaincant. Remarquez que, s’il était réellement versé dans les Écritures, il ne pourrait être catholique, car il se serait rapidement rendu compte de la faiblesse de cette théologie.

Libre à vous d’y avoir constaté les mêmes erreurs que nous avons signalées. Malheureusement, beaucoup de ces erreurs se sont également répandues dans d’autres confessions dites chrétiennes et un grand nombre de croyants sont convaincus de posséder en leur for intérieur une entité spirituelle indépendante qu’ils appellent « âme ».

Dans le prochain ouvrage, nous approfondirons le sujet en portant à l’attention du lecteur un florilège de versets que nous comparerons d’une version biblique à d’autres.