T.015 – Le plus beau souvenir

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Si l’on me demandait de raconter mon plus beau souvenir, lequel choisirais-je ? Le piocherais-je dans ma plus tendre enfance, alors que je ne connaissais que la douceur d’une mère attendrie et que j’ignorais encore la cruauté et la sècheresse de ce monde ? Ou bien ouvrirais-je un tiroir dans mes mémoires de jeunesse pour en sortir quelque chose de merveilleux ?

Non, je ne le pourrais pas. Les doux souvenirs innocents sont les premiers que l’on oublie, car on grandit trop vite. Et les souvenirs de jeunesse sont généralement entachés de bêtises, de craintes, de conflits et de regrets.

Où piocher alors ? Serait-ce dans la vie adulte ? Peut-être la maternité ? Quand les conditions ne sont pas idéales – et elles le sont rarement – le premier enfant est certes source de bonheur, mais également source de remords. Un jeune parent idéaliste souhaite le meilleur pour son nouveau-né, il souhaite lui confectionner le meilleur cocon possible… Dans le pire des mondes – celui où l’on doit toujours se battre – c’est peine perdue. Adieux les grands idéaux !

J’ai beau chercher, chaque agréable souvenir est comme une médaille qui brille de loin, mais qui en s’approchant offre une apparence médiocre : elle n’est pas en or, rouillée par endroit, ébréchée, terne. La plupart des souvenirs sont ternis par certaines choses qui font partie du souvenir, ou par le contexte. On ne peut pas y songer pendant une heure en souriant jusqu’au septième ciel, car on a vite fait de se remémorer quelque chose de négatif qui vient faire de l’ombre au souvenir !

Mais heureusement, il y a des beaux souvenirs. Des souvenirs purs, hors contexte, comme des trésors isolés que l’on aurait trouvé en marchant sur le sable. La vague a effacé les pas, il ne reste plus de trace visible mais le trésor est toujours là, enfoui dans les décombres de la mémoire.

Ce sont des moments magiques, chacun fut un cadeau de Dieu. Des moments extraordinaires écrits dans les annales du Roi des rois. Des moments dans lesquels le moi et ses mille batailles et turpitudes n’existaient plus, où ce moi trop sérieux ou trop  désinvolte ne venait plus faire barrage au vrai bonheur.

Pendant que je me souviens encore, il importe de transcrire un de ces trésors sur un support plus fiable, car le temps passe et l’être humain vieillit et oublie. Cet incorruptible trésor peut servir de témoignage pour que le monde sache que Jésus-Christ existe. Ou bien pour que ceux qui le savent déjà se réjouissent et cherchent à leur tour dans leurs propres souvenirs, s’ils en ont eux aussi trouvé un sur le sable, un qui ne laisse pas de trace visible, mais qui en laisse une indélébile dans le cœur.

Je vais donc, parmi ces petits trésors, en choisir un. Peut-être un jour en conterai-je d’autres. Dans cette période de l’année où il commence à faire si froid, et où l’obscurité nous nargue déjà en fin d’après-midi, c’est de lumière dont je désire parler. C’est de lumière dont nous avons besoin…

« La lumière se lève dans les ténèbres pour l’homme droit ; il est compatissant, miséricordieux et juste » (Psaume 112:4).

C’était à Nice, il y a je crois sept ans. J’étais en vacances chez ma mère, accompagnée de mon ami de jadis que j’avais réussi à convaincre pour parcourir les 1 200 km en voiture : c’est lui qui conduisait. Ma fille était petite, elle devait avoir trois ou quatre ans. Nous habitions en Allemagne, mon ami ne parlait pas français. Ne voyant que très rarement ma mère – qui était aussi bavarde que je l’étais – ainsi que mes anciennes amitiés de jeunesse, ce pauvre ami en était réduit à rester tout le temps en retrait, ou bien avec ma fille qui pouvait parfois être très pénible… Il devait avoir sérieusement mal à la tête avec tous ces jacassements français dont il ne comprenait strictement rien ! Mais Dieu merci, il était chrétien et sans doute puisait-il la force de tenir bon dans l’excellente grâce de notre Seigneur.

Le séjour durait environ huit jours, car nous avions besoin de quatre jours pour faire l’allée-retour. Inutile de dire qu’il y avait peu de temps pour se reposer. Vers la fin du séjour, mon ami souhaitait passer une soirée seul avec moi, sans ma mère, sans ma fille, sans aucune connaissance : simplement quelques heures tous les deux. Nous étions amoureux depuis quelques mois ; mais lorsqu’on rencontre une jeune femme qui a un enfant, il s’avère difficile de passer des moments seul avec elle ! Ma fille allait donc exceptionnellement passer la soirée sans sa mère. Mon ami et moi étions dans une sorte d’euphorie, comme des adolescents lors de leur premier rendez-vous. Nous nous préparions avec l’intention d’aller dans le beau quartier de la vieille ville pour un dîner en tête-à-tête.

Juste avant de partir, je fus prise d’une forte migraine. Prise de panique à l’idée d’annuler la soirée, je m’enfermai dans la salle de bain. Je me mis à prier avec ferveur. Oignant mon front d’huile, je suppliai Jésus de me guérir de la douleur selon Sa Parole. Mon ami devait sans doute se demander ce qu’il se passait, sans parler de ma mère qui, à l’époque, n’était pas encore croyante. C’est alors que je sortis de la salle de bain, souriante et décontractée : la douleur était partie et la soirée pouvait enfin commencer !

Je me souviens du chemin ce soir-là ; tout était comme neuf, c’était si plaisant ! C’était un soir où il y avait un match de football très important, les rues étaient peuplées de gens joyeux en soif de victoire et ivres de vin ou de cocktails. Ça criait, ça dansait, ça riait, quelle ambiance ! Cela nous changeait beaucoup de notre laborieux quotidien en Allemagne où nous n’avions jamais l’occasion de vivre des soirées festives. Tout le monde semblait si heureux ! Mon ami avait les yeux pétillants d’allégresse : il pouvait enfin parler allemand avec moi, il s’apprêtait à déguster un repas délicieux et nous avions toute la soirée pour nous promener le long de la plage, main dans la main et apprécier la fraicheur d’une nuit estivale étoilée…

Tout le monde semblait heureux, sauf une personne que j’aperçus de loin. C’était une femme de la rue, une pauvre femme que l’on qualifierait vulgairement de « clocharde », car elle en avait tous les traits. Elle était vêtue de loques, son visage était très sale, ses lèvres étaient peintes d’un rouge vif mal appliqué et ses cheveux ne formaient qu’une étrange et grosse Dreadlocks encrassée au plus haut point. Elle avait à ses pieds des sachets plastiques avec tout plein de vieux journaux. Elle ne sentait pas bon, mais son odeur ne me dérangeait pas. Je fus attirée par elle comme une aiguille par un aimant.

« Si vous accomplissez la loi royale, selon l’Écriture : Tu aimeras ton prochain comme toi-même, vous faites bien ; mais si vous faites acception de personnes, vous commettez un péché, étant convaincus par la loi d’être des transgresseurs » (Jacques  2:8-9).

Mon ami, connaissant mon penchant pour les personnes de la rue, me lança un regard méfiant. Il ne voulait certes pas perdre le temps si précieux qui nous était offert comme un cadeau unique, dont il ne fallait pas perdre la moindre miette ! Ne souhaitant pas le contrarier, je me contentai de la saluer en lui souriant, puis nous parlâmes mon ami et moi en continuant d’avancer. Mais la femme, nous entendant parler allemand, s’avança vers nous en s’écriant dans cette langue ! Elle ne la maîtrisait pas, mais elle se fit une joie de nous adresser quelques phrases. Alors, voyant combien elle se réjouissait de croiser « des Allemands », et combien elle avait envie de discuter un peu, nous restâmes quelques minutes avec elle.

« Or, celui qui aurait des biens de ce monde, et qui, voyant son frère dans le besoin, lui fermerait ses entrailles, comment l’amour de Dieu demeurerait-il en lui ? Mes petits enfants, n’aimons pas de paroles ni de la langue, mais en action et en vérité. Car c’est en cela que nous connaissons que nous sommes de la vérité, et que nous assurerons nos cœurs devant lui » (1 Jean 3:17-19).

Je ne sais plus exactement ce que nous nous étions dit ce soir là, sur le bord de la rue en fête. Tout était bruyant, nous étions bien joyeux et nous avions très faim, car il était déjà tard. La femme avait dû ressentir que nous étions pressés : les gens de la rue ressentent ces choses-là, car ils ne sont jamais pressés. Ils ne sont pas pressés de se lever le matin, quand il n’y a rien à faire, quand il fait froid et que la maigre couverture ou les papiers journaux ne suffisent pas à les réchauffer. Ils ne sont pas pressés de manger à midi, car généralement, à midi, ils ne mangent pas. Ils ne sont pas pressés de marcher, quand ils errent seuls dans les rues froides. Ils ne sont pas pressés d’aller se coucher, quand il n’y a ni lit, ni maison, ni lampe, ni repas chaud, ni personne pour leur tenir compagnie. Ils ne sont pas pressés d’aller dormir parce que, dormant n’importe où le ventre vide, ils ne peuvent pas vraiment fermer l’œil de la nuit.

« Exténués par la disette et la faim, ils broutent les lieux arides, depuis longtemps désolés et déserts. Ils cueillent l’herbe sauvage près des buissons, et la racine des genêts est leur nourriture. On les chasse du milieu des hommes ; on crie après eux comme après un larron » (Job 30:3-5).

Nous lui dîmes au revoir et nous continuâmes notre chemin, reprenant la discussion de quel restaurant choisir… Mais nous n’avions pas fait cent mètres que je m’arrêtai net, incapable d’aller plus loin. L’Esprit de Dieu me souffla si fort dans toute ma volonté, dans toute ma pensée, dans tout mon ressenti, Il me souffla de revenir sur mes pas pour me rendre là où je devais être : auprès de cette femme qui avait goûté un bref instant à une joie quelque peu éphémère.

« Et si un frère ou une sœur sont nus, et qu’ils manquent de la nourriture de chaque jour et que quelqu’un de vous leur dise : Allez en paix, chauffez-vous et vous rassasiez, et que vous ne leur donniez point ce qui leur est nécessaire pour le corps, à quoi cela sert-il ? Il en est de même de la foi, si elle n’a pas les œuvres, elle est morte en elle-même » (Jacques 2:15-17).

« Désolée, » dis-je à mon ami, « je ne peux pas continuer, c’est impossible ! Je ne peux pas aller au restaurant et la laisser là, toute seule qui a faim ! Regarde comme elle était contente d’être avec nous ! Comme elle était contente de parler à quelqu’un ! Si nous allons au restaurant en tête à tête, la soirée sera gâchée parce que tout le temps, je penserai à elle et je serai si triste ! »

« Toutes les choses donc que vous voulez que les hommes vous fassent, faites-les-leur aussi de même ; car c’est là la loi et les prophètes » (Mat 7:12).

Mon ami acquiesça. Heureusement, il était chrétien et il avait assez de cœur pour comprendre. Je suppose que pour lui, le fait d’être à l’étranger, à des milliers de kilomètres de chez lui un soir de fête, facilita les choses. Dans l’euphorie générale, il fut plus aisé d’accepter ce que le monde qualifie de folie, comme s’il eut été un soir de carnaval. Nous retournâmes sur nos pas et j’annonçai à la femme que comme nous allions au restaurant, nous avions envie de l’inviter à se joindre à nous, ce qui serait plus sympathique que de manger tous les deux. Elle accepta aussitôt. Lui demandant quel restaurant lui plairait, elle nous parla d’un plat de moules accompagnées de frites,  dont elle aurait très envie.

« Comme un homme affamé songe qu’il mange, mais quand il s’éveille, son âme est vide ; et comme un homme altéré songe qu’il boit, mais quand il s’éveille, le voici languissant et son âme est altérée » (Esaie 29:8).

Ainsi, nous nous dirigeâmes tous les trois vers la place la plus considérée, la plus peuplée, la plus chic du vieux-Nice: le Cour Saleya. Je n’osai pas demander à la dame de laisser ses gros sacs plastiques tout sales dans un coin, alors bien sûr elle les prit avec elle, ce qui pour elle était tout à fait naturel. Nous avançâmes en discutant, dans l’ambiance joviale de la soirée, une ambiance qui ne montrait pas du doigt notre propre euphorie : une euphorie qui nous venait du Ciel, et non du match de football ! C’est par cette merveilleuse sensation d’être en parfaite adéquation avec l’Esprit de Dieu que j’oubliai rapidement la gène occasionnée par les sacs plastiques et même la faim.

« Ma nourriture est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé, et d’accomplir son œuvre » (Jean 4:34).

La dame de la rue avait les yeux brillants de plaisir. Elle déambulait au milieu de cette place avec une telle aisance, parmi des hommes et des femmes tous très élégants. Sur la Côte d’Azur, les gens aiment bien montrer leur fortune ! C’étaient des costumes impeccables, des robes de marque, des sacs à main en crocodile, des brushings parfaits, des silhouettes de poupées Barbie, des visages de cire sans aucune ride, frais et magnifiques, dont la beauté était soulignée avec du maquillage de haute qualité… Et la petite dame à la Dreadlocks pouilleuse et aux joues creuses et sales, au visage ridé et aux lèvres fardées de rouge décrépit, allait d’un présentoir à l’autre pour lire les menus. Nous marchions avec elle et trouvâmes un bon restaurant. Nous nous assîmes sur la terrasse et attendîmes la venue du serveur. Son sourire était celui d’un prisonnier qu’on libère, d’un oiseau dont on ouvre la cage.

« N’est-ce pas plutôt ici le jeûne auquel je prends plaisir, qu’on dénoue les liens de la méchanceté, qu’on délie les courroies du joug, qu’on renvoie libres les opprimés, et que tout joug soit brisé ? N’est-ce pas que tu partages ton pain avec l’affamé ; que tu fasses entrer dans ta maison les malheureux errants ; que tu revêtes ceux que tu vois nus, et ne te détournes pas de ton semblable ? » (Esaie 58:6-7).

La terrasse était bondée de monde, il n’y avait presque plus de tables de libre, car sur la place, il y avait de part et d’autre des écrans qui diffusaient le fameux match de football. Mais mon attention n’était pas sur le match. Mon attention était sur notre invitée, trop heureuse de la voir rayonner ainsi. Et l’attention des personnes assises sur la terrasse du restaurant ne tarda pas à se centrer sur nous. Je vis des visages indignés, des airs ahuris, des bouches estomaquées et des regards scandalisés. Nos voisins de tables s’en allèrent ailleurs, sans doute à l’intérieur du restaurant, malgré la foule et le bruit.

« Tu ne te détourneras point de la justice et tu n’auras point égard à l’apparence des personnes » (Deut 16:19).

Il y eut ainsi un mouvement d’exode qui ne sembla pas troubler le moins du monde notre invitée : sans doute était-elle habituée à provoquer autour d’elle ce genre d’aversion. Mais je me rendis compte que l’attention se focalisa encore plus sur mon ami et moi. Les yeux se braquèrent, nous scrutant en passant de l’un à l’autre. J’entendais les murmures, certains ne prenaient même pas la précaution de parler bas : « C’est une honte ! » disaient-ils. Ils regardaient vers nous et montraient avec emphase combien notre simple vue leur soulevait le cœur. Mais au lieu de m’énerver, comme le ferait une âme en peine, un cœur blessé privé de justice, je me mis à rire bien fort, tant je ne pouvais plus contenir ma joie ! Je me sentais si belle, honorée par la douce présence de ma charmante invitée, dont les yeux brillaient davantage de plaisir. Je la trouvais plus jolie que toutes les personnes présentes dans leurs parures superficielles. Aux yeux de Dieu, moi aussi j’étais plus jolie qu’eux !

« L’Éternel ne regarde point à ce que l’homme regarde ; l’homme regarde à ce qui paraît aux yeux ; mais l’Éternel regarde au cœur » (1 Samuel 16:7).

Le serveur arriva, ses yeux le trahirent l’espace d’une seconde, mais il se ressaisit et nous tendit les cartes en nous saluant. C’était un restaurant, et non un Fast-food : l’assiette à l’unité coûtait au minimum 15 €. Notre petite dame parcourut la carte des yeux et ne s’inquiéta pas des prix. Elle commanda une assiette moules-frites et une carafe de vin. Elle affirma avec un air très naturel venir de temps en temps ici, elle raconta qu’elle avait une villa dans les environs. Elle raconta beaucoup de choses et je l’écoutais. Je savais au fond qu’elle n’allait jamais au restaurant et qu’elle n’avait pas de villa. Mais plongée dans son récit, qui se voulait être celui de tout un chacun, je ne pouvais que l’honorer en lui offrant ma crédulité momentanée. Au travers de ses dires, c’est autre chose que j’entendais. Et elle se régalait de l’attention qui lui était offerte.

« Le Seigneur, l’Éternel m’a donné une langue exercée, pour soutenir par la parole celui qui est abattu ; il éveille, chaque matin, il éveille mon oreille pour écouter, comme écoutent les disciples » (Esaie 50:4).

Nous avons mangé et bu, nous avons ri de bon cœur. Mon ami et moi ne buvions pas d’alcool, mais à vrai dire, nous ressentions une sorte d’ivresse indescriptible. La discussion à notre table était animée, tandis que nous nous régalions des mets succulents. Mon pauvre ami ne comprenait toujours rien, car notre invitée ne parlait pas suffisamment allemand pour tenir une vraie discussion. Mais il semblait heureux. Il avait sacrifié sa seule soirée où il aurait pu échapper au charabia étranger et être en tête-à-tête avec moi ! Je ne me souciais pas de son sacrifice. Pour moi, il n’y avait pas de sacrifice. Tout était absolument parfait ! Je ressentais comme une grande lumière au travers de notre table. Il y avait une quatrième chaise et je la regardais, car la lumière que je percevais me fit comprendre que cette chaise vide n’était pas vide. Nous avions le Roi des rois à notre table. Bien sûr, cette lumière, Jésus-Christ assis à table avec nous, ce n’était pas visible avec les yeux. Mais les gens autour étaient forcés de voir que notre table était la plus joyeuse, la plus lumineuse, la plus merveilleuse de toutes ! J’eus d’ailleurs à un moment l’intuition de regarder brièvement autour de nous, et je ne vis qu’obscurité : les gens, qui auparavant avaient l’air si heureux, étaient devenus fades et tristes dans leurs costumes qui se ressemblaient tous. Leur soirée ne semblait avoir aucun attrait.

« Si tu fais part de ta subsistance à l’affamé, et que tu rassasies l’âme affligée, ta lumière se lèvera dans l’obscurité, et tes ténèbres seront comme le midi » (Esaie 58:10).

Quand le repas fut terminé et que la carafe de vin fut vide, nous quittâmes le restaurant. Notre invitée ne souhaita pas se joindre à nous pour une promenade. Elle eut de la peine à cacher son émotion et se hâta de nous dire au revoir. Peut-être voulait-elle garder le moment magique qu’elle avait passé intact, sans que rien ne le salisse ou ne le déforme ; comme si elle avait une photo qu’elle se dépêchait d’aller faire développer pour la garder précieusement. Avant de quitter la table, j’avais sorti mon appareil photo, mon ami nous avait photographiées toutes les deux. Ce geste l’avait beaucoup réjouie. Pendant une soirée, elle avait été normale, estimée à sa juste valeur et ça, c’était le cadeau de Dieu pour elle. J’avais pris soin de lui parler de ma foi, sans exagérer, sans la marteler avec des commandements ou des menaces bibliques. Je savais que la soirée en elle-même, l’indescriptible lumière à notre table parlaient d’elles-mêmes. Jésus avec nous avait accompli une fois de plus Sa Parole.

« L’Esprit du Seigneur est sur moi, c’est pourquoi il m’a oint pour annoncer l’Évangile aux pauvres ; il m’a envoyé pour guérir ceux qui ont le cœur brisé » (Luc 4:18).

Ne sommes-nous pas tous pauvres devant le Seigneur ? N’appelle-t-Il pas à Lui les indigents, les misérables, les boiteux sur le chemin tortueux de leur vie ? En cet instant où je puise dans ce beau trésor, dont je n’ai que le souvenir, je me sens matériellement aussi pauvre et misérable que cette petite dame. J’ai certes un toit sur ma tête, mais il m’est prêté. J’ai un peu d’argent, mais tout juste de quoi nous nourrir et nous vêtir, et c’est bien suffisant. Je n’ai aux yeux de l’Etat guère plus d’honneur que cette dame qui mendie, car la seule différence, c’est que c’est à l’Etat que je demande de quoi vivre quand je remplis mes formulaires. J’ai une vieille voiture qui risque à tout moment de me lâcher, et pas assez d’essence pour faire une escapade à la mer. Cette petite dame – que Dieu la bénisse – vivait simplement, en marchant, en bavardant, en s’asseyant au bord de la plage. Je repense à elle et je me dis que sa compagnie était bien agréable. Son souvenir me réchauffe, moi qui habite maintenant dans le froid et dans la solitude. Mais tout comme je le lui souhaite : l’Amour de Dieu et Sa merveilleuse promesse me procurent la joie nécessaire à la vie.

« Écoutez, mes frères bien-aimés ; Dieu n’a-t-il pas choisi les pauvres de ce monde pour qu’ils soient riches en la foi et héritiers du royaume qu’il a promis à ceux qui l’aiment ? » (Jacques 2:5).

Que ce récit ouvre vos cœurs devant celui ou celle qui a besoin de votre amour.

A ceux qui sont pauvres, soyez réconfortés et remplis de joie !

Soyez bénis !

Anne-Gaëlle

 

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