D.218 – L’INEXTRICABLE TOILE D’HERBERT W. ARMSTRONG – Partie 20

 

Regard interne sur l’Église Universelle de Dieu

Par DAVID ROBINSON

 

Chapitre 19

FACE À FACE AVEC

HERBERT ARMSTRONG

 

À la fin de mai, je déclarai à Rod Meredith et à Raymond McNair qu’il était probablement temps pour moi de parler personnellement à HWA. Même s’ils ne semblèrent pas très enthousiasmés par ce projet, ils ne l’ont pas découragé non plus. Puisque Rod avait échoué à se rendre jusqu’au bout, j’eus le sentiment, après nos discussions, que je devais faire l’effort de parler à Herbert Armstrong à Tucson. La plupart de ceux avec qui j’en parlai pensèrent qu’il s’agissait d’une bonne idée. Toutefois, ils reconnurent tous le risque qu’il y avait à en appeler à un homme nourri d’informations tendancieuses. On comparait cela à jeter les dés à Las Vegas. Qui sait ce qu’ils donneront ? Au cas où les choses deviendraient critiques, j’ai toujours voulu être capable de dire que j’avais fait l’effort ― que j’étais allé jusqu’au bout. Je résolus donc de m’y rendre, si j’obtenais un rendez-vous.

J’étais alors en visite à Big Sandy et, à partir de là, je décidai de prendre la route. Lundi le 2 juillet, je roulai jusqu’à Arlington et passai la soirée avec mon fils John. La pénurie de gazoline était à son plus haut niveau, occasionnant de longues files d’attente partout. Étant donné que l’approvisionnement en gazoline était incertain, je décidai de prendre l’avion à mes frais. J’appelai à la résidence d’HWA le mardi. Rona Martin, la cuisinière noire, répondit au téléphone. Elle me fit savoir qu’HWA était en conférence et me suggéra de rappeler dans deux heures, ce qui nous amenait à 16h00, heure de Tucson. C’est ce que je fis. HWA me parla quelques minutes et il était d’avis que je m’envole le lendemain, mercredi le 4 juillet. Il pensa d’abord qu’il serait occupé à regarder une émission spéciale à la télé, mais il décida ensuite que nous allions de l’avant et que nous parlions. Je lui dis que si le jeudi faisait plus son affaire, je n’y voyais pas d’inconvénient. Mais il répéta que le lendemain serait le mieux. Il voulut savoir quand j’arriverais afin de m’envoyer Mel me prendre à l’aéroport. Je lui dis que je n’avais pas encore fait de réservation, mais je croyais y être en milieu d’après-midi.

Je partis de Dallas/Ft. Worth le lendemain matin par un vol américain qui atterrit à Tucson à 10h50. C’était considérablement plus tôt que ce que j’avais indiqué la veille au téléphone. Les vols de départ et d’arrivée à Tucson sont tels qu’on ne peut se montrer sélectif et l’on doit prendre ce qui est disponible. J’étais prêt à attendre à l’aéroport jusqu’à l’après-midi s’il le fallait. À l’arrivée, j’appelai à la demeure Armstrong et Rona Martin me mit en contact avec Ramona Armstrong, l’épouse d’HWA. Elle fut tout sauf amicale au téléphone. Parler à cette femme, c’était comme s’adresser à un iceberg. Avec un ton sinistre, elle m’avisa que son mari ne serait pas en mesure de me recevoir avant deux heures et demie. Je lui dis que j’attendrais à l’aéroport.

J’achetai un livre de poche pour m’occuper pendant la longue attente. Il y a toujours une certaine valeur de divertissement à passer du temps dans un aéroport achalandé. Les gens qui vont et viennent sont intéressants à observer. En usant de son imagination, on peut deviner les antécédents, les destinations, les relations et les liens d’affaires des gens rencontrés dans une halte. À Tucson, on peut découvrir ceux qui pourraient bien avoir des liens avec un gang criminel. Il y en avait de passage cette journée-là qui auraient très bien pu jouer ce genre de rôle dans un film d’Hollywood.

Peu après 13h00, je fus appelé par un message du kiosque d’information. Je devais rencontrer Mel à la section Hugues Air ouest, au niveau supérieur, à 13h50.

Mel fut à l’heure exacte. Arrivé dans la limousine Cadillac bleu foncé 1977 d’HWA, il en surgit en vrai pro, fit le tour et ouvrit la porte arrière pour que j’y pénètre.

Je lui dis : « Mel, vous savez que je suis moi-même un ancien employé du département des transports et, si ça ne vous fait rien, je préférerais m’installer à l’avant où il nous sera plus facile de converser. » Il me dit que le choix m’appartenait. Nous eûmes une excellente conversation sur la route. Le siège avant de cette limousine est très étroit afin de donner plus d’espace à l’arrière. Autrement, c’est très bien. Pendant les trente minutes de route, Mel me parla des intérêts de la Maffia dans la ville et que, parfois, les gens lui jettent un coup d’œil dans la grosse voiture comme s’il était un chauffeur de la maffia. Il dit qu’il y avait un certain nombre de limousines Cadillac blanches en ville, mais très peu de foncées.

Mel me dit qu’il était en train de lire de la littérature politique de droite qui lui avait été donnée par quelques membres de l’église qui avaient ces tendances. Il venait de terminer Personne n’ose l’appeler conspiration et il était très inquiet de la loyauté d’Henry Kissinger. Il était sûr que Kissinger était agent double.

Nous roulâmes pendant des milles au travers de maisons d’adobe à toit plat. L’influence mexicaine est très évidente dans l’architecture locale. Mel me dit que la population de Tucson était maintenant d’environ un demi million de gens et qu’elle croissait rapidement. Il m’expliqua l’infiltration d’eau de la région, les systèmes d’eau pour les cités de l’Arizona et les plans d’avenir en ce qui a trait à l’eau. Bien sûr, l’eau est un sujet crucial en Arizona. Mel semblait très renseigné sur la question.

Nous arrivâmes à la résidence d’HWA qui possède une courte entrée circulaire juste en face de la porte avant. La maison a un toit plat et est à adobe, comme les maisons du secteur. Elle ne semblait pas prétentieuse. En tout cas, pas de l’extérieur.

Mel sonna à la porte et Henry Cornwall ouvrit. Je ne l’avais pas vu depuis novembre de l’année précédente et je fus un peu surpris de lui voir une courte barbe sur tout le visage. Je ne pus m’empêcher de me demander s’il utilisait quelque chose pour la foncer, car Henry est assez âgé pour avoir passablement de gris dans la barbe.

En marchant dans le salon, j’entraperçus le médecin d’HWA, Patterson, alors qu’il sortait de la chambre. Patterson est un personnage très effacé dans le foyer Armstrong. On peut se poser des questions sur l’incongruité d’avoir un médecin en permanence quand on est le seul « apôtre du vingtième siècle » et que l’on enseigne la guérison divine pour les autres et que la médecine est un grand mal. En tout cas, Patterson fila.

Henry m’invita à m’asseoir et nous débutâmes une conversation intéressante pendant les quinze minutes ou à peu près précédant l’arrivée d’HWA. (J’avais entendu HWA au téléphone, pendant que nous approchions de la porte avant. Sa voix porte loin, comme vous le savez, et elle provenait de la fenêtre de sa chambre.)

La porte d’entrée donne directement sur le salon qui est à deux niveaux. Il y avait un grand piano à la droite, au niveau inférieur. Puis, juste en face de la chambre à partir de l’entrée principale, on voyait une très grande fenêtre panoramique donnant sur le jardin. Dans le salon, on pouvait remarquer un divan faisant face au piano et des fauteuils à chaque bout du divan. Henry s’assit dans le fauteuil faisant dos à la fenêtre panoramique et je m’assis dans l’autre. Nous bavardâmes de Houston, de Tulsa et de leur positionnement respectif dans les affaires pétrolières. Henry semblait en savoir plus sur Houston que sur Tulsa. Nous parlâmes de généralités à propos des affaires bancaires et pétrolières.

Pour ceux qui peuvent ne pas savoir qui est Henry Cornwall, je devrais peut-être décrire un peu ses antécédents. J’ai pour information qu’il n’est pas membre de l’église et qu’il ne l’a jamais été. C’est un comptable agréé et il fut étroitement associé à Stan Rader pendant de nombreuses années. Il a été l’éditeur du Media File, une éphémère publication sortie dans les deniers mois de 1977. On cita plus tard Stan Rader dans le Forum du Worldwide News qui avait dit qu’il n’avait fallu que peu de temps à Henry Corwall pour assommer Ron Dart au moyen du Media File. Rappelez-vous que Ron Dart était le Directeur de l’Administration Pastorale de l’église et qu’Henry n’était même pas membre. Henry fut impliqué dans diverses activités budgétaires au sein de corporations reliées à l’église, occupant en fait, une grande partie du temps, une position interne que n’appréciait aucun membre de l’église. Il fut toujours très près de l’argent et, si je comprends bien, avait eu à sa garde le très secret registre du personnel cadre. La première fois que j’ai vu Henry, c’est quand il vint à Big Sandy pour travailler sur les budgets départementaux, il y a cinq ans.

Stan a raconté à plus d’une fois qu’Henry Cornwall avait tué des Allemands de ses propres mains, en France, durant la Dernière Guerre. Je n’en sais rien. Il n’a vraiment pas l’air si féroce. Néanmoins, il a un léger accent et des ancêtres en France.

J’avais entendu parler depuis quelques temps qu’Henry était toujours avec HWA dans tous ses interviews. Les comptes-rendus disaient qu’il était là pour représenter Stan avec qui il est très proche. C’était une procédure à remarquer, considérant la nature des conversations, la relation de ceux qui sont dans l’église et même le ministère, et étant donné particulièrement qu’Henry ne prétendait même pas être membre. Je pus voir qu’il voulait rester là pour l’entretien, comme l’indiquaient les rapports.

Ces pensées me traversaient l’esprit pendant que nous attendions HWA qui arriva ensuite dans le salon. Je me levai et je grimpai au niveau le plus élevé du salon, près de la porte. Nous bavardâmes en nous donnant une poignée de mains. Il s’assit sur le divan pendant que je m’assis dans la même chaise, dos à la porte d’entrée. Henry s’assit aussi dans le même fauteuil qu’il occupait plus tôt, faisant dos à la baie vitrée. Le divan sur lequel HWA était assis se trouvait à ma gauche et à la droite d’Henry.

Après à peine quelques paroles préliminaires, HWA me dit qu’il avait une liste de 17 accusations formulées contre moi et qu’il voulait me la lire. Mais avant de commencer, il me lança : « Je vous mets en dehors de l’église. » Puis, il ajouta : « M. Meredith le sait et il approuve. »

Je rétorquai : « Bien, M. Armstrong. Qui a fait la liste ? Ne pensez-vous pas que ceux qui ont monté cette liste devraient être ici aussi ? J’ai droit, M. Armstrong, à ce qu’ils soient présents ici. »

Il me répondit que ce papier venait tout juste d’arriver par fax de Pasadena. Il parla ensuite de notre époque merveilleuse où pareille technologie est possible. Ce papier ― ayant deux feuilles ― était écrit à la main et avait été envoyé par câble comme une illustration. Lorsqu’il dit qu’il venait d’arriver de Pasadena, et après qu’il eut mentionné le nom de Rod Meredith, j’assumai que Rod avait préparé le papier. J’en vins plus tard à penser que ce n’était pas le cas ― qu’un autre homme était peut-être responsable.

Je lui dis que j’avais hâte d’entendre les accusations, mais j’insistai pour faire face à mon accusateur, ou connaître au moins son nom. Il hésita et je crus qu’il allait me dire qui avait écrit le papier. À ce moment-là, je commençai à soupçonner qu’il ne s’agissait pas de Rod, mais je n’étais pas sûr. Il me dit que je pourrais avoir la chance de faire face à la personne qui avait écrit cela. Je répondis que rien ne pourrait me faire plus plaisir.

J’ajoutai que je lui ferais savoir si les accusations portées contre moi étaient vraies ou fausses à mesure qu’il les lirait. Il commença :

1. J’avais dit que M. Armstrong possédait un enfant illégitime. Je dus nier cette accusation, car je n’avais rien dit de pareil. J’avais entendu cette accusation faite par d’autres ― plus d’une personne ― et j’avais lu ce que Al Carrozzo avait écrit dans l’Ambassador Report.[1] De plus, le frère de Raymond et Burke McNair, Marion, avait écrit un livre, Armstrongism : Religion or Ripoff ? (L’armstrongisme : religion ou escroquerie ?). Il mentionne l’illégitimité dans son livre. Il n’y a pas de fumée sans feu. Je ne sais tout simplement pas. À la lumière d’autres choses que je sais, je ne pourrais dire que ce n’est pas le cas. Je comprends que GTA ne pense pas que son père ait eu de petits poulains sauvages en dehors du pâturage, du moins, à cette période, mais il n’en est pas sûr.

2. J’avais dit que M. Armstrong avait commis l’adultère. Là aussi, je n’avais pas vraiment dit cela. Encore une fois, je l’avais entendu dire par beaucoup de gens de son entourage immédiat. Et j’avais dit que je l’avais entendu dire. Ses proches avaient cité M. Armstrong pour l’avoir dit lui-même ou, en tout cas, s’en vanter. Et des membres de sa famille immédiate avaient dit que c’était bien le cas, ou que ça l’était pendant qu’il était marié à sa première femme ― une relation du genre le plus terrible qu’on puisse imaginer. Or, comme il aime à dire lui-même : « Il n’y a pas de fumée sans feu. »

3. J’avais dit que M. Armstrong avait commis la fornication. Je le compris comme étant une relation impropre avec une femme après que son épouse Loma soit décédée. Je ne fus témoin d’aucune conduite du genre et je n’ai pas dit qu’il l’avait fait. J’en ai entendu de toutes les sortes par les autres à ce propos ― des proches de la famille ayant déclaré que l’on se référait couramment au G-II comme du « Bordel Volant ». Je sais de la bouche même de M. Armstrong que le sexe tient la première place dans son esprit et qu’il a été un grand élève de la littérature et des techniques de Masters & Johnson. Je sais de première main qu’il est grandement préoccupé par sa virilité et qu’il n’a jamais fait de secret de son inquiétude, car il a parlé avec une candeur dégoûtante a des groupes de gradués de Pasadena et de Big Sandy, dans les récentes années, et au grand embarras de bien du monde. Vu cette attitude mentale et cette inquiétude, je n’arrive pas à voir ce qui pourrait le freiner, si ce n’est l’impuissance. Après tout, n’est-ce pas Christ Lui-même qui disait : « Mais moi je vous dis, que quiconque regarde une femme pour la convoiter, il a déjà commis dans son cœur un adultère avec elle » (Matthieu 5:28). Lorsque le sujet de conversation de quelqu’un est continuellement centré sur ce point, j’ai de la difficulté à croire que ses pensées soient pures ― même s’il fait commerce de la religion. Mais je n’ai pas fait la déclaration qu’il avait commis la fornication, c’est-à-dire, pas après que sa femme soit morte. Il m’a raconté personnellement l’avoir fait avant son mariage, peu importe ce qu’il a écrit dans son autobiographie.

4. J’ai dit que M. Armstrong était sénile. J’ai admis avoir dit cela. Il voulut savoir si je pensais vraiment qu’il était sénile. Il me dit qu’il ne pouvait plus voir aussi bien qu’avant et qu’il ne pouvait pas courir le 100 mètres, mais autrement, il était comme auparavant. Je lui dis que j’avais mentionné qu’il était sénile. Il voulut savoir si j’étais à la conférence de Tucson et je répondis que oui. « Pensiez-vous alors que j’étais sénile ? » « Non, » répliquai-je. « Eh bien, pensez-vous que je le sois maintenant ? » demanda-t-il. « Non, » répondis-je encore. Mais la sénilité est difficile à définir. Cela vient sous différentes formes et coloris. Je lui dis alors, et je le répète aujourd’hui, que la sénilité était à peu près le seul moyen pour M. Armstrong d’échapper à la responsabilité de toutes les divisions, les chagrins et l’angoisse que ses actions ont causés à l’église et les crises de conscience que le ministère a eues à affronter. Il n’est pas aisé de regarder un homme dans les yeux ― une vieille prima donna égocentrique ― et lui dire qu’il est sénile. La sémantique prend alors tout son sens. Le fait est qu’il n’est plus ce qu’il était. L’alternative à la sénilité est bien pire.

M. Armstrong revint ensuite sur le sujet des geishas au Japon. Apparemment, quelqu’un a dit que je l’accusais d’avoir commis des actes sexuels avec une geisha. Je n’avais jamais entendu parler de ça auparavant. Beaucoup de ces accusations étaient des choses que j’avais entendu dire par d’autres ― des gens qui sont encore à l’emploi d’Herbert Armstrong ― et non pas des choses que j’avais avancées moi-même, mais celle-là était différente. Je ne l’avais même jamais entendue. Il poursuivit en me donnant un cours sur les geishas. Eh bien, je n’ai jamais été au Japon et je n’ai pas d’expérience dans ce domaine. Mais il semble que le sujet lui soit particulièrement familier. Il voulut savoir si j’étais au courant que les geishas ne fournissent pas de faveurs sexuelles. Je tentai de répliquer que j’avais entendu dire que c’était le cas, mais il était tellement pris par son sujet que j’eus l’impression très nette qu’il n’écouta pas ma réponse. Toutefois, je soupçonne, sans en avoir l’expérience, que les geishas ne sont pas si différentes des autres filles. Et que fait-on de l’avertissement de Paul à savoir qu’il faut « éviter toute apparence de mal » ?

5. J’avais dit que Stan Rader et Henry Cornwall étaient des partenaires homosexuels. Il souligna qu’Henry était juste là, comme si cela devait me faire peur au point de fuir Pima County à toutes jambes. Bon, évidemment que je savais qu’Henry était là et celui-ci, pour une raison ou une autre, ne sembla pas si perturbé que ça. Or, je n’avais pas dit une chose pareille parce que je ne savais tout simplement pas. Mais Sherwin McMichael me l’avait dit et répété plusieurs fois à Big Sandy. D’autres me l’avaient dit aussi et j’avais entendu quelques personnes de la famille proche de M. Armstrong déclarer que lui-même, pendant quelques années, avait dit en privé que c’était bien le cas. Depuis le 4 juillet, je l’ai entendu raconter avec force détails. Je sais que, dans des conversations avec Stan Rader, j’avais commenté mon admiration pour Anita Bryant s’opposant à l’homosexualité et j’avais demandé que l’Église de Dieu pousse fort en ce sens, mais, comme vous pouvez le constater, ça n’a pas été fait jusqu’à date. Bien que Stan ait dit qu’il connaissait Anita personnellement, il méprisait sa position contre l’homosexualité, si modérée soit-elle. Il semble penser que ce genre de conduite aberrante ne soit pas si mauvais.

Pendant qu’il lisait les accusations, HWA répéta un certain nombre de fois : « Ils ont dit que vous nieriez cela. » Or, je ne suis pas vraiment sûr de qui ils sont, mais j’en ai une bonne idée. Et si j’ai raison, ce sont ceux-là mêmes qui proférèrent ces choses.

6. J’avais dit que je haïssais Stan Rader et que c’était lui qui menait l’Œuvre. Et il me pointa du doigt à cet instant-là. C’est le seul moment dont je me rappelle où il éleva la voix contre moi. J’avais résolu d’avance que je ne me laisserais pas intimider par ses tactiques habituelles, mais il se calma rapidement.

Je répliquai que je ne haïssais pas Stan, mais que je lui portais une grande admiration dans bien des domaines. Et je mentionnai certains de ces domaines. Je n’avais pas parlé, comme l’avait fait Sherwin McMichael, de recruter un groupe de ministres pour lui tirer brusquement ses lunettes noires et chasser le démon qui l’habitait. Je n’ai pas dit qu’il était possédé d’un démon, comme l’avait dit M. Armstrong lui-même à un groupe d’évangélistes de l’église, tel que cité par quelques-uns d’entre eux.

Mais j’ai dit, et je dis encore, qu’on a qu’à lire le Forum du Worldwide News pour constater que Stan fait des déclarations qui indiquent assurément qu’il détient un très puissant contrôle de nombreux secteurs de l’église. De plus, l’on n’a qu’à écouter l’enregistrement passé en partie dans l’émission 60 Minutes pour entendre M. Armstrong exprimer de sa voix unique les mêmes sentiments.

À ce moment précis, M. Armstrong insista sur le fait qu’il était le seul apôtre et que Dieu l’avait ressuscité des morts. Il me demanda si je le croyais. Je lui répondis que j’avais toujours su qu’il était le patron. Il dit : « Vraiment ? »

Je pense aujourd’hui, plus que jamais, que Dieu tient M. Armstrong totalement responsable des problèmes de l’église, résultat d’une mauvaise administration durant toutes ces années. Quand il répète avec emphase qu’il est totalement en charge, alors les problèmes et les erreurs lui appartiennent tous. Stan n’a pas la responsabilité première.

Je dis à M. Armstrong que je ne voulais pas suivre l’exemple de Stan dans un certain nombre de domaines ― comme les manifestations. Il sembla avoir de la difficulté à entendre. À ce moment-là, Henry lui répéta donc : « Les manifestations, M. Armstrong. » « Eh bien, si vous ne les endossez pas, vous ne m’endossez pas, parce que c’est moi qui en ai donné l’ordre, » ronchonna HWA.

J’expliquai que nous avions toujours dénoncé ce genre de tactiques et que je n’arrivais pas à voir pourquoi nous devions suivre Stan en cette matière. Il dit que Stan n’était pas en charge de l’œuvre.

Je me tournai alors vers M. Armstrong et lui demandai : « Alors, M. Armstrong, pourquoi M. Cornwall est-il assis ici ? Nous sommes en train d’avoir une discussion très importante, du moins, pour moi, et il est question d’affaires très sérieuses concernant l’église, et Henry Cornwall est assis ici. Pourquoi ? » Il fit une pause assez longue, puis regarda par la fenêtre panoramique, et, finalement, commença à parler. Ses quelques premières phrases n’avaient vraiment pas de sens, car elles étaient hors propos. Il continuait à regarder par la fenêtre pendant que je le surveillais intensément. Henry était assis tranquillement, regardant droit devant lui. M. Armstrong dit qu’Henry était là pour compter l’argent qui arrivait à Tucson. « Le gros de l’argent arrive ici, maintenant, » dit-il. Vous admettrez comme moi que ce n’était pas du tout une explication.

Je continuai en disant que je ne pouvais considérer Stan comme un leader ecclésiastique. M. Armstrong répondit que Stan n’avait pas l’intention de diriger l’église, car il n’avait pas les aptitudes pour la conduire quinze minutes. Je répliquai que Stan ne devait pas savoir cela parce que, à Big Sandy, durant la Fête de l’automne précédent, il avait vraiment apprécié les articles de journaux le qualifiant de « successeur potentiel » et de « prince héritier ».

M. Armstrong parla de manière catégorique, disant que Stan n’opérait que dans deux secteurs de l’église seulement ― la comptabilité et le département juridique ― et qu’il n’avait rien à voir dans les autres phases de l’œuvre. Je m’assis, considérant pareille déclaration comme une véritable insulte à l’intelligence. Même les capacités d’observation les moins renseignées auraient pu contredire ce genre d’affirmation. Dans ma discussion avec Stan, l’année précédente, il n’y eut jamais aucune indication qu’il ait été si limité. En fait, c’est exactement le contraire. Pendant que j’étais assis dans son salon, dans ces circonstances, et que j’observais la conduite de cet homme qui se proclamait le seul apôtre de Dieu, j’ai su de manière positive qu’en quelque part, Dieu avait enlevé quelque chose de crucial. M. Armstrong avait déraillé de la réalité, en quelque sorte.

7. J’avais dit avoir en ma possession des photographies de M. Armstrong nu et ayant d’aberrantes relations sexuelles avec de jeunes garçons. Bien que l’on devienne presque « à l’épreuve des chocs » dans l’environnement au sein duquel nous avons baigné ces dernières années dans l’église, c’était quand même l’accusation la plus énorme de toutes. Je n’avais rien dit de semblable. J’ai entendu dire que ce genre de photos existait et ce, tout récemment à Pasadena par des hommes qui sont toujours dans l’église. Je ne sais pas comment j’aurais pu entrer en possession de pareilles photos et c’est ce que je dis, et à M. Armstrong et à Henry. Tous les deux exigèrent fortement pour savoir qui m’avait dit cela. Je ne leur dis pas. Henry insista et me pressa. Ce n’était pas une histoire nouvelle et elle tournait toujours autour de Sam Gotoh. Sherwin l’a racontée pendant des années, mais je ne lui ai pas entendu dire depuis que Ted a été éjecté. Plus tard, alors que je m’en allais, Henry fit encore pression sur moi à propos des photos pendant que nous étions sur le pas extérieur de la porte d’entrée. Fait très intéressant, ni Henry, ni M. Armstrong nièrent que les photos existassent ; d’ailleurs, ils ne nièrent aucune des autres accusations non plus (sauf l’accusation de sénilité !)

Je ne pris pas de notes et, au meilleur de ma mémoire, c’est dans cet ordre que furent lues les accusations pesant contre moi. C’est à ce moment-là que M. Armstrong cessa de lire, sans aller plus loin. Je lui demandai par deux fois de continuer pour que je puisse prendre connaissance de toutes les accusations formulées contre moi. À nouveau, je lui dis que j’allais lui signaler lesquelles étaient vraies. Mais il stoppa abruptement après qu’il eut jeté un coup d’œil sur la feuille qu’il tenait dans ses mains. Il me rappela qu’il allait me jeter en dehors de l’église pour faire arrêter les rumeurs. Il me dit que je le détruisais. Je lui répliquai que ce n’était pas le cas, mais que je m’intéressais à la vérité. Il ne semblait se soucier que de lui-même et on aurait dit qu’il n’avait aucun remord pour ses proches péchés qui avaient coûté si cher à l’église, et maintenant, qui me coûtaient cher à moi aussi. Il rétorqua alors : « Il n’y a pas de fumée sans feu ! »

Plus tard, un de mes plus grands regrets fut de ne pas lui avoir demandé, à ce moment-là, si cette déclaration s’appliquait à lui-même et à Stan. Ces deux-là ont certainement laissé beaucoup de fumée dans leur sillage. Et, comme l’a déclaré de manière si descriptive Sherwin McMichael, une couple d’années plus tôt, quand il croyait encore que Ted allait hériter de tout : « Les traces de M. Armstrong sont jonchées des débris d’épaves humaines tout le long de son chemin. Il est tout simplement effrayant de constater combien d’hommes il a ruinés. » Puis, Sherwin raconta ses expériences en Angleterre et commença à nommer tous les hommes ayant souffert dans les mains d’HWA à cause de ses défaillances de caractère.

Rendu à ce point de l’entretien, M. Armstrong se mit à citer 1 Jean, chapitre 1, démontrant comment fonctionnait la fraternité, Écriture avec laquelle je suis également familier. Il alla plus loin dans 1 Jean : « Celui qui dit qu’il n’a pas de péché est un menteur et la vérité n’est pas en lui. » Je lui dis que je ne saurais être plus d’accord. Il n’élabora pas plus loin. Je ne puis que me demander s’il voulait parler de lui-même et que je le jugeais durement par mon attitude pharisaïque. Si c’était le cas, il avait vraiment tort. Toutefois, moi comme tous les chrétiens, nous nous attendons à un certain standard minimum de la part d’un ministre, et que le chef humain de l’église tente de manière honnête de garder la loi de Dieu qu’il prêche !

Il dit ensuite qu’il avait coopéré avec les gens de « Sardes » jusqu’en 1945. Tout un aveu, vu ce que déclarent son autobiographie et bon nombre d’autres de ses écrits et discours ― mais cet aveu ne fait que démontrer une des multiples entorses à la vérité de son autobiographie. Celle-ci est un mélange de fiction et de faits, non seulement au sujet du sexe, mais aussi sur ses relations avec les autres dans l’église avec qui il travaillait. Il dit que les gens de l’Oregon avaient bon cœur, mais qu’ils étaient peu éduqués. Ils voulurent l’avoir à leur tête parce que son éducation était tellement supérieure à la leur. Il dit ensuite, en y mettant de l’emphase, qu’aucun membre de Sardes ne le suivit ! Je connais personnellement plusieurs familles qui désapprouvent complètement cette déclaration. Mais la vérité est la première victime dans une guerre.

Il dit que, comme son éducation était supérieure à celle des gens de l’Oregon, ainsi en était-il de l’éducation de Stan vis-à-vis de la sienne, et il possédait des talents qu’il avait besoin d’utiliser. Il avait donc bâti une relation avec Stan. Il cita alors les paroles de Christ (Luc 16:8) : « Et le maître loua l’économe infidèle de ce qu’il avait agi prudemment. Ainsi les enfants de ce siècle sont plus prudents en leur génération que les enfants de lumière. » Il me semble qu’il y a un problème dans l’application de cette Écriture envers Stan Rader, particulièrement après son ordination.

Puis, il poursuivit en disant qu’il planifiait son voyage en Chine pour l’été, mais qu’il voulait vérifier à nouveau afin de s’assurer qu’il pouvait faire sortir le G-II de Chine une fois entré dans le pays. Il dit qu’il y avait des centaines de millions de personnes dans le monde, comme en Chine, qui avaient besoin d’entendre ce qu’il était le seul à pouvoir leur donner. « Tout est ici, dans ma tête, » lança-t-il en se tapotant le crâne de l’index de la main droite. « C’est la chose la plus importante sur terre en ce moment. » Il me fixait intensément en disant cela.

Beaucoup de gens de l’église sont en désaccord avec son évaluation des priorités, car ils ont le sentiment que notre pays a encore un très grand besoin d’enseignement chrétien. Ils n’ont pas l’impression qu’HWA fera une grande œuvre en Chine communiste. Cependant, bon nombre reconnaissent l’injonction biblique de tourner le cœur des pères vers leurs enfants et le cœur des enfants vers leurs pères, sinon toute vie humaine sera détruite. Et je crois qu’avant qu’HWA ne prenne part à l’œuvre de l’époque actuelle, il doit se réconcilier avec sa propre famille, ce qu’il n’a pas fait ! Les paroles ont peu de valeur. Il faut des actions, pas des mots !

M. Armstrong dit alors qu’il venait, le matin même, d’écouter l’émission 700 Club à la télévision et qu’il avait à nouveau été impressionné de voir comme la religion du monde est superficielle. C’était à l’apôtre du vingtième siècle de faire le travail. Les gens de notre église étaient appelés pour raison première de le soutenir, souligna-t-il. Le salut en résulterait, mais à la condition que les gens le supportent. J’ai entendu cela pendant des années et je n’ai jamais réellement cru qu’il avait raison sur ce point. J’ai toujours eu le sentiment qu’il était aussi éloigné sur cette question qu’il l’était en prophétie, ce qui n’est pas peu dire.

Il dit être la tête de l’église ― le chef physique ― et il dit qu’il n’enlèverait pas Christ de la tête spirituelle. (Dans les derniers mois, il a souvent mentionné Christ comme s’Il n’avait pas de pouvoir réel, sauf celui que lui, Herbert Armstrong, Lui donnait.)

Il parla une couple de fois de Belknap (un site de Fête d’il y a trente ans), ayant beaucoup de difficulté à se rappeler du nom, et qu’il m’y avait rencontré pour la première fois. Je me rappelle que ce n’était pas là que nous nous sommes rencontrés il y a trente ans, mais à Pasadena.

Puis, il affirma encore que je le détruisais par les choses que je disais. Je répliquai à nouveau que le problème, c’est qu’il remettait trop de pouvoir entre les mains d’hommes comme Stan qui n’étaient pas ministres. Chose qu’il nia encore.

Je lui dis ensuite que la dernière fois où je lui avais parlé en privé, et assez longuement, c’était aux Pocono, en 1976. Il me dit qu’il n’y était pas allé cette année-là, car une grosse bordée de neige était tombé sur le bâtiment. Je rétorquai qu’il y avait été cette année-là et que j’avais conversé un long moment avec lui. Il me répondit qu’il ne se rappelait pas de ça. (C’était étonnant, car il s’était souvenu de notre conversation à plusieurs occasions, selon quelques personnes près de la situation.) J’avais l’intention de discuter avec lui de l’affaire du petit carnet noir, mais il n’avait apparemment aucun dessein de s’engager dans ce genre de débat. (Le « petit carnet noir » porte un nom de code parmi les ministres. C’est le « Flog Log » [que l’on pourrait traduire approximativement comme « journal de bord de flagellation » ― Tr.].

Je lui dis alors que c’était l’année où Sherwin McMichael voulut que j’écrive un rapport sur lui, en mentionnant, entre autres choses, son bafouillage, chose que Sherwin affirmait qu’il avait fait dans les autres sites de Fête. Sherwin invoqua particulièrement les Ozarks, où HWA avait semblé sous l’influence de l’alcool ou pris d’une attaque.

M. Armstrong ne sembla pas comprendre et Henry le lui répéta à voix forte. « Bafouiller, M. Armstrong ! » Je dis ensuite que j’avais assuré Sherwin McMichael qu’il n’avait pas bafouillé aux Pocono. HWA lança qu’il n’arrivait pas à croire que Sherwin ait dit cela, car c’était probablement son ministre le plus loyal.

Je lui dis que j’en avais entendu bien davantage contre lui, le G-II, Stan, Gotoh, etc., de la part de Sherwin que de n’importe quelle autre source. (Évidemment, cela se passait quand Ted était encore héritier présomptif et avant qu’il devienne clair que son père fut prêt à sacrifier son fils plutôt que de faire le ménage de la corruption entourant le bureau des affaires et ses voyages à l’étranger.)

Je dis à M. Armstrong que je m’étais assis pendant des heures dans le bureau de Sherwin et que j’avais entendu toutes les histoires, y compris une exposition avec commentaires de l’art démoniaque se trouvant dans le dispendieux magazine Quest financé par l’église. J’avais écouté de nombreux ministres de rang élevé dans l’église dire que des choses mauvaises entouraient « l’apôtre » et voici qu’on m’accusait, qu’on me mettait la tête sur le billot, pendant que nombre d’entre eux clamaient leur « loyauté ». Je trouvai cette série de circonstances des plus incongrues. J’essayais d’affronter ces énormes irrégularités de mon mieux. Il avait lui-même récemment déclaré par écrit que tous les problèmes de l’église provenaient d’hommes ambitieux du quatrième étage du Hall d’Administration. Je le lui rappelai. Il demeura silencieux. Je suppose que cette série de déclarations de sa part avait atteint son but et que cette approche devait maintenant être abandonnée. Ce concept ne lui venait certainement pas en aide pendant qu’il me parlait.

Il me raconta alors l’histoire d’un membre de l’église d’Oregon, un membre de « Sardes », qui l’avait amené chez lui, il y a longtemps. Pendant qu’HWA y était, cet homme tua un agneau pour le repas. Il avait maintenu l’agneau entre ses bras, l’avait caressé, cajolé, puis il l’assomma d’une roche sur la tête. Il lui trancha ensuite la gorge et elle saigna à mort. Il avait tué l’agneau sans douleur. Je m’assis une minute, percevant que ce récit avait un rapport quelconque avec moi. Je lui demandai alors si l’agneau avait eu bon goût.

Je confiai à HWA que je m’étais rendu au bureau de Rod Meredith le lendemain du Jour du Souvenir. À ce moment-là, Rod m’avait demandé si je pensais que le groupe de Ted pouvait être « une église de Dieu ». M. Armstrong m’interrompit abruptement pour me demander ce que j’avais répondu.

Je lui dis que j’avais questionné Rod pour savoir ce que lui en pensait. Rod avait répondu qu’il ne le savait pas. Il croyait que c’était possible. Il ne pensait pas que Dieu emploie un « fornicateur » pour ériger une église, mais Il pouvait utiliser le nom de Ted et son remarquable charisme pour ensuite le laisser périr dans un accident d’avion. Ce serait un façon de réunir toutes les personnes tièdes ensemble.

M. Armstrong m’interrompit pour me dire que Rod n’avait pas le droit de porter ces accusations contre Ted. Il aurait à lui parler là-dessus. Il me demanda ensuite si je savais pourquoi il avait expulsé Ted de l’église. Je demeurai simplement assis à signifier mon intérêt. Il répéta la question, exigeant une réponse. J’étais à peu près sûr de connaître la raison, celle-ci étant que Ted tentait de corriger certains abus quasi incroyables des ressources de l’église. Je pense encore que Ted arrivait à maturité et haïssait vraiment les pratiques terribles du groupe de son père. Donc, ne voulant pas m’embarquer dans ça, je répliquai : « À cause de l’insubordination de Ted envers vous. »

« Oh, non, » rétorqua-t-il. « Pas ça. Et ce ne fut pas non plus à cause des problèmes de 1974. C’était parce que Ted ne croyait en rien de ce que son père faisait. Voilà la raison pour laquelle je l’ai excommunié. »

Il me demanda si je savais qu’un grand nombre de ministres qui quittèrent l’église en 1974 le firent quand ils apprirent la conduite de Ted. Je lui répondis que je savais cela. Je ne poursuivis pas en disant, comme j’aurais dû le faire, que les dommages causés à l’église furent bien plus grands lorsqu’on apprit sa propre inconduite flagrante.

Puis, je ramenai la conversation sur Rod Meredith. J’avais questionné Rod, et Raymond McNair qui était présent ce jour-là, à propos de Laodicée. « Si, comme nous le disons, nous sommes Philadelphie, et que, encore comme nous le disons, le temps se fait très court, alors est Laodicée ? » Raymond et Rod eurent alors une discussion entre eux à savoir si Ted servirait de catalyseur à cette église tiède et serait plus tard enlevé de la scène pour que prenne forme la dernière ère de l’église.

Je demandai alors : « Si c’est l’église de Laodicée qui se forme, ne serait-ce pas une église de Dieu ? » Tous deux dirent que oui. Puis, je demandai : « Ce regroupement, s’il y a de bonnes chances qu’il soit de Dieu, devrait-il être attaqué par un autre regroupement de l’église de Dieu ? »

Ils répondirent : « Non, mais nous ne sommes pas sûr que M. Armstrong pense ainsi. »

Revenons à Tucson. Je dis ensuite à M. Armstrong que mon épouse et moi avions tous deux été profondément affligés lorsqu’il eût réinstallé Ted si rapidement en 1972, vu toutes les accusations portées contre lui à l’époque. Pourquoi avait-il fait cela, sachant l’angoisse que cela occasionnerait à l’église ? Ted avait profondément blessé beaucoup de gens. Il ne me donna pas de réponse.

Il me demanda où était notre fils John, à ce moment-là. Je répondis : « À Forth Worth. » Il sembla surpris, disant qu’il avait perdu contact avec lui après qu’il eût quitté Pasadena à cause du congédiement de Ted. Je lui dis qu’il n’avait pas quitté Pasadena à cause du congédiement de Ted, mais à cause de son propre congédiement. Je lui dis qu’il avait déjà été démis de ses fonctions par téléphone et qu’on lui avait refusé un face à face avec les hommes à qui lui, HWA, avait donné des pouvoirs et qui avaient tous les deux été remplacés depuis lors. Il me dit qu’il avait toujours apprécié le travail fait par John dans le Worldwide News et qu’il avait été désolé de le voir partir. Cette déclaration n’était pas conforme avec d’autres prononcées avant à ce propos. J’avais en ma possession une lettre de Stan Rader qui contredisait la déclaration d’HWA sur ce point. Mais, bon, les contradictions flagrantes étaient devenues monnaie courante.

Je demandai à HWA si l’église fonctionnait sous le « gouvernement de Dieu » lorsqu’il mit Ted au poste de vice-président exécutif. Tant de choses en dépendaient. Il ne me donna jamais aucune réponse directe, mais dit que Ted avait usurpé un pouvoir qu’il ne lui avait jamais accordé à ce poste. Bien sûr, nous avons lu et entendu bien des choses à ce propos. Mais la vraie réponse demeure à venir. Si Ted a usurpé le pouvoir pendant si longtemps, comment savons-nous si Rod Meredith n’a pas usurpé de pouvoir lui-même ? Et si Dieu permet qu’une chose pareille arrive au bureau chef de Son église, que savons-nous si M. Armstrong n’est pas en train d’usurper du pouvoir et son poste en ce moment même ?

Je lui dis que Rod Meredith avait conspiré pendant des années pour prendre le pouvoir. Il avait essayé de me recruter en juin 1977, pendant un dîner au restaurant Velvet Turtle, à Pasadena. On parlait dans toute l’église de ses efforts de recrutement. J’avais lu un très long mémo lui ayant été écrit par Robert Kuhn, énumérant ces accusations en détails. Elles sont largement connues. Qu’en est-il ? Pendant toutes ces années, M. Armstrong avait donné son support à Ted, encore et toujours, du moins publiquement. Comment savoir qui a le soutien d’HWA si sa parole est sans valeur ? Son approbation envers Ted fut souvent démontrée, par écrit comme en parole et ce, à toutes les occasions officielles.

Je lui parlai des projections que Sherwin faisait à propos des événements, une couple d’années auparavant. Il croyait que Stan serait élu sénateur de la Californie et ensuite président des Etats-Unis, et qu’il deviendrait alors le grand ennemi de l’Église de Dieu, à cause du nettoyage nécessaire de l’église qui mettrait Stan sur la glace. Sa nature vengeresse ferait alors des dommages.

Henry éclata de rire, disant que c’était la première fois qu’il entendait cette histoire-là. Il en avait entendu beaucoup, mais pas celle-là.

Toutefois, HWA ne sembla pas aussi amusé. Il s’interposa fortement à quelques reprises dans la conversation en mettant l’emphase sur son apostolat. Il y avait quelque chose d’étrange en cela. S’il avait ce genre de pouvoir, pourquoi n’était-ce pas démontré ? Il est certainement le patron de la corporation, ou alors lui et Stan le sont. Qu’il ait à déclarer son rang à tout moment m’apparaissait peu sage et très triste. S’il croit réellement détenir ce titre, il me semble qu’il n’a pas besoin de se rassurer si fréquemment par écrit et en parole. Le pouvoir corporatif, c’est une chose, mais l’apostolat, c’en est une autre.

Je lui dis que je le reconnaissais comme patron. Puis, je lui parlai de la fois où Rod m’avait congédié à Tulsa en tant que pasteur, en janvier ; j’opposai de la résistance jusqu’à ce que Rod me dise qu’il (HWA) l’avait ordonné. Celui-ci nia la chose, affirmant qu’il ne se rappelait pas de ça.

Revenant sur Ted, il me demanda si je comprenais le pardon. Est-ce que je comprenais que Ted avait été pardonné pour sa conduite d’il y a quelques années ? Je répondis que je comprenais et que j’étais parfaitement d’accord. Il souligna que Ted avait rejeté tout ce que lui, son père, croyait et il détruisait l’église ! Je ne fus pas d’accord avec cette déclaration-là. Je lui rétorquai que je pensais que Ted tenait encore une très grande part dans sa vie. Il répliqua que ce n’était pas le cas, car Ted s’effaçait en arrière-plan de sa vie. Je lui signifiai qu’on n’aurait pas pu dire ça à en juger la littérature de critiques sévères envers Ted provenant du bureau chef de l’Église Universelle.

Il me dit ensuite que j’avais rejeté toutes les accusations qu’il m’avait lues, exactement comme « ils » l’avaient prédit. Je lui répondis que je ne les avais pas toutes rejetées, mais que j’avais admis avoir dit qu’il était sénile. Je devais rejeter les autres, mais je lui demandai encore de terminer de lire le reste des accusations. Je lui dirais alors lesquelles étaient vraies.

Il me dit qu’il irait au fond des choses dans cette affaire et qu’il pourrait même se rendre à Tulsa en amenant Rod avec lui. Je lui dis penser que c’était bien la chose à faire et lui demandai s’il voulait bien s’adresser lui-même aux hommes à qui j’étais supposé avoir parlé. Le ferait-il personnellement ? Il pensait qu’il pourrait le faire et me dit qu’il ne croyait pas venir un sabbat. Je répondis que j’aurais souhaité qu’il soit venu bien longtemps auparavant et que j’avais essayé de faire venir Rod et certaines autres personnes en pouvoir dans l’église, mais en vain. Je lui demandai s’il parlerait aux membres du leadership de l’église pour trouver exactement ce qui s’était passé.

Il me répondit qu’il se montrerait équitable dans son jugement envers moi. Je lui dis qu’il trouverait tout ce que je lui avais déjà exposé et que j’étais profondément affligé de son virage à 180 % effectué en janvier. Il était question de sa position face à l’état qui était diamétralement contraire à ce qu’il avait toujours enseigné. Ce virage avait coulé l’église dans un moule des plus nocifs.

Je lui demandai pourquoi les problèmes provenaient toujours du ministère. Il répondit alors que ça ne venait pas seulement du ministère, mais aussi des employés. N’était-ce pas parce qu’ils avaient l’attitude de prendre au lieu de donner ? Les gens commencèrent à causer des troubles quand ils reçurent des salaires.

Je lui dis que les deux tiers des trente ans où je l’ai servi, je n’ai pas eu de salaire. Évidemment, je fus grandement attristé par une observation aussi superficielle de sa part. Mon salaire n’a jamais été très élevé, mais au contraire toujours médiocre. Avancer que je convoitais un tel salaire, cela m’apparaissait difficile à concilier avec la réalité.

Venant d’HWA, parler de l’attitude de « prendre » des autres était, et c’est encore, une vraie parodie. Qui a plus l’attitude de « prendre » que lui ? C’est pourtant vrai, n’est-ce pas lui qui a toujours dit : « On est souvent coupable de ce dont on accuse les autres ! » ? Mais je me tus sur ces choses à cet instant-là, comme je ne lui ai pas dit non plus que tous ceux qui ont été proches de lui sont aujourd’hui partis. Il avait perdu l’intimité de tous les membres de sa propre famille immédiate ― à la fois ceux proches par les liens du sang et ceux qui furent proches parmi les ministres tout au long des ans. Pourquoi ?

Le ministère a été jeté dans un « double pétrin », comme l’a exprimé Ron Dart qui a lui-même passé au travers d’une « crise de conscience ». Est-il possible qu’HWA ne puisse comprendre la pression que subit le ministère qui se voit forcé de choisir entre sa compréhension du devoir imposé par Christ et celui exigé par « l’apôtre » ?

Il commença à me signifier que c’était l’heure de conclure. Je lui dis que je savais qu’il était fatigué et qu’il me fallait partir. Il nia être fatigué, mais il me dit avoir un paquet de choses à écrire. (Je ne sais plus combien de livres il a écrit cette année-là.)

Nous nous sommes levés et il m’ouvrit la porte. Il me dit que je n’aurais pas à attendre longtemps sa décision finale. Puis, juste au moment où je passais le pas de la porte, et qu’Henry était à quelque distance, il me confia que la pire chose qu’on ait pu dire, ce fut à propos de Loma. Je ne saisis pas réellement ce qu’il voulut dire. Et ce qui me vint à l’esprit, ce fut la description crue de Ted concernant ce que son père avait dit le soir où sa mère est décédée, avant même que son corps ne soit refroidi. Donc, je répliquai : « Vous voulez sans doute parler de ce que Ted a dit. » Il dit alors qu’il avait cru que Ted avait aimé sa mère. Je ne sais donc pas exactement ce qu’il entendait par là.

Henry sortit dehors pour appeler la voiture et je lui signalai que je voulais lui parler. Je lui dis qu’il n’y avait rien de personnel contre lui dans le salon, ce qui était vrai. Après quelque hésitation, il sembla apprécier. J’ajoutai qu’il n’y avait rien de personnel contre Stan non plus, mais celui-ci faisait des choses que je ne pouvais, en toute bonne conscience, laisser faire sans bouger et rien dire, et je ne pouvais donc indiquer mon approbation vis-à-vis ces choses.

Il me confia avoir entendu Stan déclarer beaucoup de bonnes choses à mon égard, particulièrement après ma visite à Pasadena, en novembre, et qu’il ne l’avait pas entendu dire quoi que ce soit contre moi depuis. C’est ce qu’il me dit, pour ce que ça vaut.

Je poursuivis en disant qu’HWA avait indiqué ne plus se rappeler de ce qui était arrivé aux Pocono en 1976, mais qu’il s’y était pourtant déchargé sur moi de beaucoup de choses ; j’avais raconté cela à Sherwin qui, à son tour, s’en était confié à Robert Kuhn. À l’époque, il sembla dans l’intérêt de Garner Ted et dans l’intérêt de ceux qui espéraient s’élever devant lui que l’information proliférât. Maintenant, HWA déclarait qu’il ne pouvait plus du tout se rappeler de l’incident.

Henry me complimenta sur la façon dont je m’étais comporté durant les conversations et dans des circonstances très difficiles. Je ne sais pas jusqu’à quel point ce compliment a de la valeur, mais je l’appréciai à ce moment-là. Henry se rendit aussi le compliment, se disant un homme intelligent, ce qui est vrai, j’en suis sûr.

Je lui mentionnai que Rod était en train de détruire complètement la cause des conservateurs dans l’église par ses méthodes et que, de plus, il était le pire des conspirateurs de toute l’église.

Henry me suggéra d’écrire une lettre à HWA afin de lui expliquer tout cela. Il pensait que cela ferait des merveilles et résoudrait peut-être mêmes mes présents problèmes. Bien sûr, je ne le fis jamais. J’étais sûr de ne pas vouloir revenir sur mes principes et je savais que je devais vivre par ce qu’on m’avait enseigné. Je ne pouvais nier la vérité, comme je ne pouvais me nier à moi-même le triste état des choses aux échelons les plus élevés.

La voiture était arrivée. Mel était debout, tenant la portière ouverte. Je dis donc à Henry qu’il valait mieux que je parte.

Mel et moi bavardâmes sur le chemin du retour vers l’aéroport. Il commença à deviser sur les anciens jours de cette partie de l’Arizona. Il avait pas mal bouquiné au sujet des expériences vécues par l’homme blanc la première fois qu’il est venu en Arizona. Il me dit que les blancs avaient eu de la difficulté à survivre, car l’eau se faisait rare. Il parla des méthodes de survie indiennes comparées à celles de l’homme blanc. Les Indiens avaient souvent survécu grâce aux fèves de mesquìte pendant de longues périodes de temps, me dit-il. Je me demandai, durant cette discussion, ce qu’il en serait de ma propre survie. Retourner au monde des affaires, à mon âge, cela comportait des problèmes. Cette discussion revêtait donc un intérêt spécial.

Il me laissa à l’aéroport juste avant 17h00. Ma conversation avec M. Armstrong avait duré exactement une heure. En route vers Tulsa, je réfléchis à ma réunion avec HWA. J’imaginais voir HWA assis sur le divan, des pellicules sur l’épaule droite et sur le revers, parlant de sa mort et de sa résurrection. Il disait que les docteurs et les infirmières ne l’appelèrent pas ainsi, mais lui, oui. Il avait été ressuscité.

L’affaire aurait impressionné bien plus de gens si on ne lui avait pas administré la respiration artificielle, si sa « mort » avait été plus longue et si, par exemple, son corps s’était refroidi, ou si quatre jours s’étaient écoulés avant qu’il ne revienne à lui, comme dans le cas de Lazare. Christ attendit que le corps empeste avant de ressusciter Lazare des morts. Là, il y aurait eu de quoi jaser. Ce dont parle HWA, c’est d’une pratique médicale assez largement acceptée. Et rappelez-vous qu’il y a un médecin qui l’assiste en permanence.

J’étais maintenant sous l’injonction d’HWA de ne contacter personne de l’église et je ne pouvais assister aux assemblées jusqu’à ce qu’il « éclaircisse l’affaire ».

Le 14 juillet, un sabbat, HWA se présenta à Tulsa et parla à l’église. Bien que je n’étais pas à l’assemblée, j’en reçus immédiatement un rapport détaillé. Il livra un sermon trébuchant et incohérent. Un grand nombre de gens s’y ennuyèrent. À un certain moment donné, il ne put se rappeler du nom de Satan ou Lucifer pendant un long instant embarrassant ― un étonnant trou de mémoire pour un vétéran prêcheur qui se réclame de tout le pouvoir d’une jeunesse. Mais une chose qu’il a bien dite, c’est : « Lorsque vous écoutez des instructions provenant du bureau chef ― de Pasadena ― vous ne devez poser aucune question. C’est la manière de faire. Marchez-y ! »

Pour ceux qui ont reçu pendant des décennies l’instruction de vérifier toutes choses dans la Bible, c’est une déclaration fracassante. Beaucoup de gens réfléchis destinent leur loyauté à un niveau supérieur et trouvent ainsi difficile d’accorder leur liberté à un homme lorsqu’il y a conflit évident. Mais à Tulsa, il défendit aux gens de le contourner pour aller vers la Bible ! Quand on l’aida à descendre l’estrade, quelqu’un l’entendit faire la remarque qu’il avait donné le pire sermon de toute sa vie. Aucun doute qu’il lui manquait confiance et conviction, car il savait pertinemment qu’il avait violé bon nombre de principes qu’il avait enseignés pendant si longtemps. Il y eu un grave problème de redondance dans ses paroles, ce jour-là.

Ramona, sa sœur Mary Ellen, Joe Tkach, Henry Cornwall et le médecin d’HWA (Patterson) vinrent tous avec lui à Tulsa. Il arriva de l’aéroport dans une limousine Cadillac avec chauffeur et équipée de bouteilles d’oxygène. Croiriez-vous qu’il y avait un petit groupe de femmes présentes qui s’attendaient à ce qu’il les amène à Petra ? Je suis sûr qu’il serait horrifié de considérer sérieusement ce genre de chose.

Mais peut-être perd-on le sens réel de ce qui est arrivé. Nous avons ici le seul défenseur mondial de la philosophie du « prendre et du donner » ― celui qui délivre si efficacement ce message tellement nécessaire aux leaders des grandes nations de ce monde ― venu à Tulsa dans son Grumman Gulfstream II, le nec plus ultra des jets de luxe, arrivé de l’aéroport en limousine Cadillac pour s’adresser à quelques centaines de membres d’une de ses église qui date de vingt ans. Cette église, qui a une valeur nette de moins de un millier de dollars, se réuni dans une SALLE D’ÉCOLE LOUÉE !! Seulement le coût de l’essence du voyage du G-II à Tulsa s’élève à plusieurs fois la valeur nette des biens de la congrégation de Tulsa. Ces gens de l’église donnent, donnent et donnent. M. Armstrong prend, prend et prend ! Stan Rader, Henry Cornwall et les autres qui composent ce petit groupe prennent, prennent et prennent ! Les événements de ce jour-là démontrèrent carrément la philosophie du « donner et prendre » telle que pratiquée par « le seul apôtre du vingtième siècle ». Évidemment, tout est question de savoir qui donne et qui prend.

Il n’est pas du tout surprenant qu’HWA, censément venu en ville pour vérifier jusqu’à quel point j’avais contaminé les hommes en charge de l’église, n’ait parlé à aucun de ces hommes ! On l’aida à monter dans sa limousine, après qu’il eut pris la parole, et on le vit remonter sa fenêtre et verrouiller les portières de la voiture quand quelques membres de l’église s’approchèrent pour lui parler. (Il dut attendre dans l’automobile pendant que les femmes de son groupe étaient dans le bâtiment à visiter les membres.) Comme d’habitude, HWA ne voulait aucun contact avec les membres de l’église ― du moins, aucun contact personnel. C’est un trait de caractère qu’HWA démontre invariablement. Il ne montre aucun intérêt envers les autres. Ses intérêts ne sont portés que vers lui-même. Ted est une extension de son père. En ma présence, il ne s’est jamais informé du bien-être de sa famille, de ses amis ou de quiconque, sauf si la personne le touche directement.

La plupart des gens s’informent de votre santé, de celle des membres de votre famille et veulent savoir comment vous allez. Pas HWA. C’est comme si vous n’existiez pas en tant que personne. Je crois sincèrement que, s’il avait à parler à un condamné la veille de son exécution, le sujet de conversation serait HWA, comme il est magnifique et ce qu’on doit effectuer pour faire avancer sa position. J’ai connu quelques vieilles personnes égocentriques, mais jamais comme le porte-parole du principe de « donner et prendre ». Il ne se soucie tout simplement pas du tout des autres. Dans son esprit, ce sont des propriétés. La valeur de cette propriété est basée sur une échelle mobile de sa valeur courante à le promouvoir.

À ce stade, il n’affiche aucune des caractéristiques dont on s’attend normalement d’un ministre chrétien ― la compassion, la miséricorde, de l’intérêt envers les autres et de l’empathie. Aucun désir de servir ou d’aider. La Pasteur général de l’Église Universelle de Dieu ne s’intéresse pas au pasteur tel que défini dans le Nouveau Testament.

Après ma réunion avec lui à Tucson, HWA ne m’appela plus jamais et ne communiqua plus avec moi. En réponse à un télégramme où je lui demandais des renseignements, il m’envoya un télégramme d’excommunication. Mais il était juste un peu en retard. Rod Meredith avait déjà tiré la première salve. Je dois présumer que celui de M. Armstrong ne fut pas valide parce que, si je comprends bien la chose, après que Rod l’eut fait, il devenait impossible à quiconque de m’excommunier à nouveau ― c’est-à-dire, sans d’abord être réinséré. Si ce dernier cas est arrivé, je n’en ai pas été informé. Oh, fort bien. Trente ans de dur soutien à l’église et voilà que j’étais dans le trouble pour avoir maintenu les principes mêmes qu’on m’avait enseignés pendant si longtemps.

Je crains que la plus grande victime des ennuis actuels de l’église ne soit la vérité elle-même. Il semble qu’elle n’intéresse plus grand monde, encore moins celui qui, si longtemps, a parlé de « la pure vérité ». Qu’il est triste de voir un homme fort aboutir à rien dans sa vieillesse. La détérioration de l’esprit et du caractère dans ce qui doit être les dernières années de sa vie est une chose pénible à voir. Mais combien plus triste encore quand cet homme persiste à exercer un grand pouvoir au détriment de beaucoup de gens.

Salomon, à la fin de sa vie, quitta son Dieu et se tourna vers les dieux païens des nations des alentours. Il suivit ses épouses étrangères qui détournèrent son cœur de Dieu. Il n’était plus confortable en compagnie des gens de son peuple, mais il rechercha les étrangers et leurs religions étranges. Il semble y avoir un parallèle avec notre époque.

HWA en est rendu au point où il tourne les ministres les uns contre les autres, les membres les uns contre les autres et il a démoli sa propre famille. Il semble s’employer à détruire l’organisation qu’il a trimé si dur à mettre sur pied pendant tant d’années. Il a suscité dans l’église un climat de cannibalisme et certaines personnes s’ingénient à détruire totalement les autres ― même des amis de longue date ― si ce procédé est susceptible de contribuer à rallonger leur propre survie. Peu importe ce que cela occasionne aux autres, c’est chacun pour soi. Des ministres sont prêts à expulser d’anciens amis sans un clignement de l’œil. Et l’exemple provient du « sommet ».

Les hommes mêmes qui sont prêts à trancher sur commande la gorge d’anciens amis ― souvent des gens qui ont plus de principes qu’eux ― sont regardés avec mépris par leurs supérieurs. Chez ses proches associés, on cite souvent HWA ayant parlé avec mépris de beaucoup de ces hommes. Mais, pour l’instant, il les utilise.

Ils ont de la difficulté à dormir la nuit. Ils ne peuvent que se demander quand arrivera leur tour. Ils espèrent contre toute attente, mais ils savent que ça s’en vient. Ce n’est qu’une question de temps. Au plus profond d’eux-mêmes, ils savent pertinemment que « L’ON RÉCOLTE CE QUE L’ON SÈME ». C’est une loi que rien ne peut altérer. Ils ont sciemment vendu leur Dieu et se sont engagés dans le moment présent. Et c’est ce qu’ils reçoivent comme récompense ― le moment présent !

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[1] N. du T. : L’Ambassador Report était un périodique conçu par plusieurs anciens étudiants du Collège Ambassadeur qui s’étaient alarmés de ce qui se passait en coulisse au collège et au sein de l’Église Universelle. Paraissant en moyenne quatre fois par année, cette infolettre divulguait de nombreuses malversations des dirigeants de l’Église Universelle après des enquêtes poussées et de longues investigations. Elle a permis à de nombreux membres de s’arracher de cette secte ravageuse qui empoisonnait la vie des membres sans qu’ils s’en rendent compte. L’Ambassador Report a paru de 1973 à 1999.




D.217 – L’INEXTRICABLE TOILE D’HERBERT W. ARMSTRONG – Partie 19

 

Regard interne sur l’Église Universelle de Dieu

Par DAVID ROBINSON

 

Chapitre 18

GERALD WATERHOUSE ― L’INTARISSABLE PROPHÈTE DE PETRA

 

« Quand le prophète parlera au nom de l’Éternel, et que ce qu’il aura dit ne sera point, et n’arrivera point, ce sera une parole que l’Éternel n’a point dite ; le prophète l’a dite par orgueil ; ne le crains point. »

― Deutéronome 18:22

Herbert Armstrong a dit récemment que le poste ou rang de prophète dans l’église est vacant. Herman Hoeh a dit à la congrégation de Pasadena, en 1970, qu’il n’y a qu’un seul prophète dans l’église actuellement ― Jésus-Christ. Herbert Armstrong ne sembla pas très heureux de cette déclaration, à l’époque. Il a lui-même émis de nombreuses prophéties durant les trente dernières années. Mais sa moyenne au bâton pour les prophéties accomplies est basse à un point inacceptable. D’après ceux qui le connaissent depuis plus longtemps encore, il n’a jamais été très fort à prédire l’avenir.

Mais il y a un homme dans l’église qui s’est lui-même placé très haut dans ce département. Quoi qu’il ne se dise pas lui-même prophète, chacun de ses sermons ne laisse aucun doute à l’auditeur en ce qu’il se croit prophète. Il parle toujours de façon dogmatique et autoritaire à propos du futur et dans des secteurs où la Bible ne va pas.

Cet homme, c’est Gerald Waterhouse.

Gerald est un moine dans toute l’acception du mot. À l’automne de 1979, il a dit à une « étude biblique » de Tulsa qu’il n’avait jamais embrassé une femme de sa vie, excepté sa mère. Les membres de l’audience qui savaient qu’il avait été marié une fois en furent choqués. Mais le choc s’atténua un peu, après un moment de réflexion. Beaucoup s’imaginent mal Gerald Waterhouse en compagnie d’une femme. Ils devaient d’abord se demander quel genre de circonstances avaient pu amener Gerald à se marier.

Les membres de la hiérarchie remarquèrent le manque singulier d’enthousiasme de Gerald, en 1974, quand la politique de l’église du divorce et du remariage fut radicalement altérée pour permettre de se remarier à la plupart de ceux à qui c’était interdit. Lorsqu’on demanda à Gerald s’il avait des plans pour fonder un foyer, sa réponse fut des moins enthousiastes. De toute évidence, il préférait le célibat.

Lorsque Gerald Waterhouse parle de la relative insignifiance de la doctrine et de l’importance totale de la « loyauté », les théologiens ecclésiastiques conventionnels s’inquiètent profondément, particulièrement quand les rapports suggèrent des problèmes personnels qui entrent en conflit avec la doctrine établie de l’église.

Il est natif de la ville de San Angelo, à l’ouest du Texas, où quelques membres de sa famille vivent encore. Ceux qui le connaissent mieux et qui jouent au golf avec lui racontent qu’il peut être aimable et plaisant dans tout autre domaine que la religion. Mais quand on entre dans son sujet favori, il devient une personne différente. En tout cas, il est pour le moins étrange. Personne ne lui accorde de note très élevée en ce qui a trait à son niveau d’éducation ou sa logique. Gerald lui-même parle en terme approbateur de son manque d’éducation. Voici un extrait d’un de ses sermons enregistrés, donné à Abilène, au Texas, le 11 novembre 1978 :

« …vous avez été appelés à Christ, à Son œuvre, à Son bureau chef, à son apôtre, à l’évangile de la mission. Il vous dit de vous en tenir solidement à cela […] Donc, si quelqu’un d’autre vient, comme le Dr Martin, ou Ken Westby, ou Raymond Cole, ou Garner Ted Armstrong, et dit : “Libérez-vous de ce que vous avez et suivez-moi, »” Dieu Tout-Puissant vous a déjà commandé de vous en tenir à ce que vous avez ! Ça veut dire que vous ne pouvez plus vous libérer pour suivre quelqu’un d’autre ou alors vous violez le commandement donné à Philadelphie. C’est si simple qu’un enfant de deuxième année le comprendrait (rires). Mais quand vous devenez vraiment intellectuel, comme le sont certains (j’espère qu’aucun de vous n’est intellectuel), vous êtes idiots, assez idiots pour demeurer dans l’église de Dieu et ce, pour votre propre bien. Je le dis dans le bon sens. Ne soyez pas intellectuel, parce que l’intellectualisme questionne le gouvernement de Dieu. J’ai prêché le gouvernement de Dieu sans doute plus que n’importe qui à la surface du globe jusqu’à maintenant. J’ai écrit plus de 120 pages sur ce que j’ai couvert jusqu’en 1967, et dans lequel une bonne partie se rapporte aux Laodicéens. Je l’explique depuis lors et tout est codifié dans ce matériel. Ce que je dis ici, c’est ce qui va amener l’ère de Laodicée. »

Gerald parle de ce qu’il appelle « le gouvernement de Dieu ». Sa conception du gouvernement de Dieu est très différente de celle de bien d’autres gens qui semblent beaucoup mieux éduqués dans la Bible que lui. Par exemple, du même enregistrement :

« Comme je l’ai dit aux membres de Montgomery, en Alabama, au sabbat dernier, M. Armstrong pourrait avoir tort à 95 % et… et… et Ted pourrait avoir raison à 95 % et ce serait encore une question de gouvernement. Dieu soutient toujours M. Armstrong. Je me fous qu’il ait tort à 90 % sur un point donné. »

C’est toute une révélation sur la façon de voir les choses de Gerald. Et le voilà lâché sur les gens de l’église. Quand le précepte des Écritures qui dit : « Soyez mes imitateurs, comme je le suis moi-même de Christ » (1 Corinthiens 11:1) est soulevé, ceux qui se tiennent dans le coin de Waterhouse s’écrient : « Folie ! » Et quand on mentionne la grossière immoralité de « l’apôtre », ils s’exclament : « Contraire à l’éthique ! » Sur cette question, Gerald n’écoutera tout simplement pas les « rumeurs ». Il ne peut permettre que pareille information pénètre son esprit délicat.

Gerald Waterhouse fut « en charge » de l’église en Australie pendant une certaine période de temps. Or, quand Gerald est « en charge », l’expression prend son sens littéral. Il devient un parfait dictateur. Ceux qui ont travaillé pour lui disent qu’il mène ses subordonnés à la baguette. N’ayant pas d’épouse, il trouve difficile de comprendre les besoins d’une famille. Il manquait de considérations normales. Gerald était le point focal de toute chose. La joie de vivre s’estompait.

Gerald servit à différentes époques en Afrique du Sud et en Angleterre au début et au milieu des années soixante. Puis, il fut ramené dans notre pays. Il dit que c’est en 1967 qu’il soumit son article de 120 pages sur le gouvernement de Dieu tel qu’il le percevait. À peu près à cette époque, il partit en tournée. Celle-ci dura quelques années. Pendant tout ce temps, il fit le tour de toutes les églises des Etats-Unis. Ses sermons se démarquaient par leur longueur, s’étendant souvent sur trois à quatre heures. Il semblait fier de ne pas utiliser de notes. Pas étonnant que sa présentation varia si peu. Il emploie très peu la Bible et, lorsqu’il se réfère aux Écritures, il les présente à sa façon. Beaucoup de gens qui l’entendent sont saisis par certaines de ses interprétations des prophéties de la Bible. Il est très libre dans certaines de ses prédictions.

Sa voix fait penser à celle de Lyndon Johnson, même si son débit est bien plus rapide. Il y a un nasillement défini dans sa voix. Peut-être est-ce parce qu’il provient de la même région géographique que Johnson. Sous certains aspects, son apparence ressemble également à celle de Johnson. Il adore prêcher et on a l’impression que c’est sa passion, son amour ― peut-être un substitut d’épouse. Prêcher semble chez lui plus important que la vie chrétienne.

Selon toute apparence, Gerald réalise que son propre pouvoir vient de sa glorification d’Herbert Armstrong. Plus il élève son patron, plus son pouvoir est grand. Et en cela, il ne se relâche jamais. Il glorifie Herbert Armstrong comme si celui-ci était déjà Dieu. Parfois, on a l’impression que Gerald pense qu’Herbert Armstrong est déjà plus fort que Dieu Lui-même. Il y a définitivement un manque de respect envers le Tout-Puissant quand Gerald assigne les postes de chefs de départements de Dieu à tout le monde. Si Dieu est si faible qu’Il a besoin de Gerald pour le faire à Sa place, Il n’est vraiment pas fort. Gerald a nommé Herbert Armstrong en charge de toute l’éducation dans le Royaume de Dieu. La déduction de Gerald est claire. Si vous n’êtes pas prudent et que vous ne faites pas attention à lui, vous pourriez ne pas avoir d’assignation du tout !

La mère de Jacques et Jean demanda à Jésus-Christ de leur assigner chacun une place, l’un à Sa droite, l’autre à Sa gauche, dans Son Royaume. Il répondit que ce pouvoir ne Lui appartenait pas, mais au Père. Cela ne dérange pas du tout Gerald. Il continue à piocher.

Il y a quelques années, il attribua catégoriquement le travail des deux témoins d’Apocalypse 11 à Herbert Armstrong et Garner Ted Armstrong. C’était lorsqu’il prêchait que l’an 1972 allait amener la fin de notre pays et que les deux témoins allaient commencer à œuvrer en janvier de cette année-là. (Herbert Armstrong avait écrit une brochure intitulée 1975 dans la prophétie. Christ devait revenir cette année-là. Il y a cinq ans de ça.)

Bien que Gerald ait été réticent à changer l’identité des deux témoins, Herbert Armstrong a attaqué son fils en des termes si forts et de manière si régulière depuis son expulsion, en 1978, que Gerald est finalement entré dans la clandestinité. Il dit maintenant la même chose, mais utilise des paroles différentes. (Il croit fermement qu’Apocalypse 2 et 3 décrivent sept ères de l’Église. Il a le sentiment qu’il peut identifier les ères sans aucun trouble ― précisément. Il sait qui est Sardes, qui est Philadelphie et qui est Laodicée.) La foi de Gerald en Herbert Armstrong est très forte, mais sa foi en lui-même est encore plus forte. (On serait surpris de voir combien d’hommes se sont proclamés les deux témoins depuis que l’Apocalypse a été rédigée par Jean, il y a près de 2 000 ans !)

Depuis neuf ou dix ans, un des points saillants de la présentation de Gerald est la question de l’allure des femmes dans le Royaume de Dieu. Gerald pense qu’il y aura des femmes dans le Royaume si elles sont très prudentes et qu’elles suivent sa formule, mais il annonce qu’elles auront les cheveux longs et qu’elles seront les assistantes permanentes de leurs maris. Par exemple, il nomma Loma Armstrong au poste d’assistante perpétuelle d’Herbert Armstrong. Pour toujours. À ce moment-ci, je ne suis pas sûr d’une couple de choses : 1) qu’Herbert Armstrong y sera. C’est la prérogative de Dieu. Tout nous indique qu’Herbert Armstrong a un gros repentir à faire et 2) je ne suis pas sûr que Loma Armstrong accueillerait bien cette nomination, compliments de Gerald Waterhouse.

Mais Gerald peut se montrer très dogmatique. Il insiste pour dire qu’il s’y connaît et qu’il n’est pas timide en la matière. Il attache au dogmatisme une importance supérieure à la vérité. Ou, autrement dit, Gerald a le plus grand respect pour ce qu’il s’entend dire.

Il y a maintenant presque dix ans, plusieurs pasteurs de l’église, dont beaucoup sont encore dans l’Église Universelle, acquirent l’habitude de se porter malades quand Gerald venait à leur église, lors de sa tournée. Un de ceux que je connais bien a promis que, quand Gerald viendrait dans sa région, il allait se lever et partir devant tout le monde lorsque le temps normalement alloué à une réunion serait écoulé (deux heures).

Au printemps de 1970, Gerald fut à Pasadena pendant un certain temps, travaillant sa présentation avant de repartir en tournée. Rod Meredith nous invita à souper, un soir, et Gerald Waterhouse y était. Je pus sentir immédiatement de la tension dans l’air. Je n’avais aucun moyen de savoir où était le problème, mais il y en avait assurément un. Nous soupâmes et, suite à cela, les hommes se retirèrent dans l’âtre d’une des maisons les plus dispendieuses attribuées à la faculté Ambassadeur. Nous jouâmes aux cœurs. (C’est ce jeu qu’Herbert Armstrong adorait jouer et, bien sûr, Rod Meredith en faisait autant.) Durant toute la partie, il y eut cette tension, mais elle finit par diminuer un peu. Des années plus tard, Rod me confia qu’il n’avait jamais été capable de contrôler Gerald Waterhouse durant tout le temps qu’il fut Directeur de l’Administration. Gerald était, pour ainsi dire, ingérable.

En d’autres mots, Gerald, qui enseignait le gouvernement de l’église ou le gouvernement de Dieu plus que les autres, de sa propre admission, était lui-même ingouvernable ! Tous ceux qui ont occupé le poste de Directeur de l’Administration ont constaté le même phénomène. Ils ne pouvaient pas contrôler Gerald Waterhouse. En 1972, Herbert Armstrong se posa même des questions sur la valeur réelle de Gerald pour l’église, car il était devenu une véritable source d’embarras. Il enseignait des choses que les autres gens de la hiérarchie trouvaient difficile, voire même impossible à soutenir.

Suivant la débâcle de 1972, tous les ministres, sauf Gerald, se tinrent silencieux sur ce sujet et celui de Petra. Mais cette partie avait une importance à ce point vitale dans la liturgie de Gerald qu’il ne pouvait la laisser tomber, car cela aurait exigé une révision majeure de sa présentation. Gerald n’était probablement pas capable de faire l’ajustement. Abandonner l’idée de Petra le bouleversait trop ― cela aurait même pu détruire sa foi ! Il ne pouvait le faire. Comme l’a dit quelqu’un : « Son esprit est Petra-fié ! »

Après la grosse conférence de mai 1974, Gerald fut mis sur la touche. Il constituait un encombrement pour toute la hiérarchie. Pendant un bout de temps, il erra comme un perdu à Pasadena. La direction tenta de le faire enseigner au collège, mais il ne voulait pas. Il avait la conviction que Dieu l’appelait à faire des tournées. Il persista à exécuter de très longs sermons ; quoique ses supérieurs eussent essayé de lui faire raccourcir son temps, il résista. Gerald raconta lui-même à son auditoire de Big Sandy que Ted Armstrong lui avait finalement intimé que s’il continuait à dépasser son temps, il serait congédié. En rapportant cela, Gerald prenait un ton de désaccord. Il était comme un petit garçon à qui l’on disait qu’il ne pouvait avoir qu’un gros bol de crème glacée. Il en voulait plus. Et pour Gerald, prêcher, c’était de la crème glacée.

À la fin de l’année 1978, j’appelai Rod Meredith au téléphone. C’était avant qu’il ne participe à la « révolution de palais », ou au coup d’état de janvier 1979. Je demandai donc à Rod ce qui se passait avec Gerald et sur quoi il prêchait. Je le questionnai à savoir s’il croyait que nous allions nous rendre à Petra comme « lieu d’entraînement final ». Il me répondit qu’il n’y croyait pas. Je lui dis que Gerald causait d’énormes dégâts dans l’église par sa prédication. Il perturbait les pauvres en esprit. Rod acquiesça et suggéra que lui et Wayne Cole appellent Gerald pour corriger cette hérésie. Wayne était Directeur de l’Administration Pastorale, à l’époque. Je dis à Rod que quelqu’un devait le faire, mais je ne connaissais pas ses relations avec Wayne et ne pouvais recommander quoi que ce soit. Mais s’il était capable de faire quelque chose, je l’apprécierais. J’avais le sentiment que nous devions prêcher la vérité et nous mettre en garde contre les erreurs. Et Gerald faisait rage dans l’erreur ― même d’énormes erreurs pour lesquelles l’église aurait à rendre des comptes. Rod approuva. Il me dit qu’il n’avait jamais été en mesure de contrôler le caractère récalcitrant de Gerald quand il avait été auparavant en charge du ministère. Je lui demandai si l’esprit rebelle de Gerald ne semblait pas une anomalie, vu son enseignement sur le gouvernement de l’église. Il ricana, disant que Gerald, c’était… Gerald.

Gerald parlait lui-même ouvertement de son manque de respect envers son supérieur, Ron Dart, quand celui-ci était Directeur de l’Administration pastorale. Aucun des supérieurs de Gerald à qui j’ai parlé ne lui donnaient de bonnes notes pour ce qui est de suivre les directives. (Christ a beaucoup parlé de ceux qui disent, mais ne font pas.) Les anciens supérieurs de Gerald le créditent d’un ego colossal ― de ceux qui doivent continuellement être nourris. Et il se nourrit d’une illusion ― une idole. Ni plus ni moins.

Il y eut un temps où HWA trouvait les services de Gerald utiles. C’était dans les quelques années qui suivirent le décès de son épouse, Loma. Gerald enseignait ce que serait exactement l’état des choses à partir de 1972 ― avec de considérables détails. Et il déifiait HWA avec force dans l’esprit des membres de l’église. L’emballage semblait très plausible aux membres. Toutefois, lorsque passa 1972 sans que n’arrivent les événements que Gerald et Herbert Armstrong avaient prophétisés, Gerald fut mis en touche.

Peu après, au temps où HWA voulut se débarrasser de son image religieuse à l’étranger, Gerald Waterhouse devint un lourd fardeau à porter. C’est à ce moment-là qu’on l’expédia dans l’ouest du Texas où le total des membres sous son contrôle atteignait à peine une centaine de personnes. Il avait été shanghaïé, ainsi que Rod Meredith, Raymond McNair et quelques autres. (Et évidemment, « l’apôtre » ne l’avait jamais su ?) C’est lors de son séjour à San Angelo que Gerald fut nommé pasteur senior. Cette désignation, cependant, ne lui donna pas plus d’autorité.

Pendant que Gerald occupait son poste dans l’ouest du Texas, Sherwin McMichael était le coordonnateur régional du secteur de Big Sandy. En tant que tel, il était le supérieur de Gerald. Le pasteur de l’église de Midland, Chuck Dickerson, était proche voisin de Gerald. Ce dernier et Chuck étaient de types opposés. Je pense que vous comprendrez maintenant que ce n’était pas nécessairement une mauvaise chose ― sauf pour Gerald.

Or, Sherwin McMichael n’était pas le genre de coordonnateur régional aimant visiter ses subordonnés. Il pensait que la plupart d’entre eux n’étaient que des « dindons » et il ne consacrait pas de temps à cette tâche désagréable. Ce qui l’intéressait beaucoup plus, c’est de voyager à Pasadena, où il y avait bien plus d’opportunités pour lécher les bottes, et n’importe où ailleurs, là où l’amenait le travail au département de la Fête. Il voyait indubitablement son travail ministériel comme secondaire et relativement sans importance. Lorsque des frictions commencèrent à sourdre entre Gerald, pasteur senior, et Chuck, qui possédait une église plus grande, Sherwin prit instinctivement la part de Gerald. Il voulait ôter complètement Chuck du ministère. Donc, il me demanda de me rendre à Midland, d’y rencontrer Gerald et de faire à Chuck « ce pour quoi il faut deux ministres ».

J’avais fait un certain nombre de missions pour Sherwin durant son séjour à Big Sandy et je ne m’en faisais pas. Je ne savais pas ce que j’allais trouver dans celle-ci. Midland est à environ six ou sept heures en voiture. Pendant ce voyage, je conduisais la voiture exécutive du collège, une Buick Electra 225 1975. Je rencontrai Gerald dans ce qui était alors le Roadway Inn (devenu plus tard le Best Western Motel). Nous nous rendîmes chez Chuck dans ma voiture pendant que Gerald me confia tout ce qui n’allait pas chez Chuck. Il n’eut rien de bon à dire de lui. Or, je connaissais Chuck et le savais objectif, alors que je savais Gerald extrêmement subjectif. Ce n’est pas une critique, mais une déclaration de fait. Gerald n’a pas l’ampleur ni la perception pour juger. Et les juges ont besoin de ces deux qualités.

Sherwin m’avait donné copie des lettres que Gerald lui avait écrites à propos de Chuck et j’en fus troublé, car elles étaient totalement négatives. Gerald ne put dire en chemin une seule bonne chose concernant Chuck.

Lorsque nous arrivâmes, Chuck nous rencontra dans la cour. Il voulait savoir pourquoi j’étais là. Je lui répondis que Sherwin m’avait demandé de venir. Nous nous assîmes à la table à dîner pendant que Chuck et Gerald se prenaient la tête. L’épouse de Chuck, Terri, allait et venait durant l’entretien. À regarder Chuck et Gerald, on aurait dit deux taureaux qui s’encornaient. Ils s’accusaient des mêmes choses l’un l’autre qu’ils s’étaient déjà dites auparavant.

Chuck voulut savoir lesquelles des extravagantes rumeurs en provenance de Pasadena étaient vraies. Gerald nia avoir connaissance de quelque rumeur que ce soit. Il dit ne jamais écouter ces histoires-là. Et il ne les croyait pas. Chuck lui demanda comment il pouvait ne pas y croire s’il ne les écoutait pas. Il voulut savoir quel genre d’homme il servait, pensant que c’était ce que Dieu voulait de lui.

J’avais le sentiment que Gerald, en tant que porte-parole de la direction, aurait dû se montrer beaucoup plus objectif et rassurer cet homme dans les domaines où il était perturbé. Dans mon livre à moi, les menaces et les dénis catégoriques n’offrent pas de réponses.

J’intervins finalement dans le dessein de contrebalancer les choses. Nous quittâmes et nous sommes dirigés vers le motel où se trouvait la voiture de Gerald. Il était profondément frustré. Il aurait voulu du sang.

Je le pressai de questions au sujet des rumeurs et il me répondit qu’il ne pouvait se permettre d’en écouter une seule. Si l’on disait quoi que ce soit de négatif concernant, soit Herbert Armstrong, soit Ted Armstrong, il nierait tout. Il me confia qu’il avait écouté une rumeur, une fois, et qu’il avait promis de ne plus jamais en écouter. S’il venait à penser qu’Herbert Armstrong ou Ted Armstrong aient fait quelque chose de mauvais, cela détruirait sa foi. Il ne pouvait même pas s’offrir de penser à pareille chose. Je lui répondis que j’espérais que ma foi soit fondée de manière plus forte que ça. La Bible dit que nous devons regarder à Dieu et non aux hommes. Il désapprouva et partit.

Je pense que cela donne une idée de la composition de Gerald et que ça l’explique mieux que n’importe quoi d’autre. Depuis ce temps, plus les preuves apparaissent et remettent HWA en question, plus Gerald nie tout en bloc. Comme si son idole était en danger et qu’instinctivement, il doive protéger cette idole.

Même si j’avais déjà entendu parler des faiblesses administratives de Gerald par ceux qui travaillaient pour lui à l’étranger, je savais désormais de première main qu’il était inefficace eu égard au gouvernement et à l’administration. Il n’avait tout simplement pas de talent pour ce genre de tâche. Il devait donc se fabriquer un monde de rêve et se rendre utile à son idole. C’était sa réaction en fâcheuse situation. Gerald avait participé de mauvaise grâce à cette courte conversation. Mais ce bref épisode révèle le vrai Gerald Waterhouse.

Il demeura dans l’ouest du Texas encore un peu de temps et fut ensuite transféré en Floride. Peu après cela, Ted Armstrong fut expulsé et excommunié, et Gerald fut à nouveau lâché sur les églises. Sa période d’éclipse était temporairement suspendue.

Lorsque les détenteurs de pouvoir de Pasadena découvrirent, presque par accident, qu’il y avait encore un large résidu de gens dans l’église qui croyaient toujours aller à Petra en tant que lieu de refuge, et qui attendaient ce jour, ils commencèrent à réaliser qu’ils devaient capitaliser sur ce marché. Les leaders eurent hâte de creuser ce filon inexploité. Et quel meilleur homme pour miner cette veine que Waterhouse ? Sa disgrâce antérieure fut donc oubliée pour le moment.

À nouveau, un grand nombre de pasteurs d’églises eurent un mouvement de recul. Quand les rapports commencèrent à arriver d’un peu partout au pays, les gens bien renseignés surent exactement ce qui se passait. L’évangile d’Herbert Armstrong était prêché. HWA était l’Élie, le Zorobabel et le Moïse des temps modernes, la sentinelle d’Ézéchiel et le témoin principal d’Apocalypse 11 ― tous contenus en un seul homme.

Petra ― lieu de refuge ?

Je ne me rappelle plus de la première fois que j’ai entendu parler d’un lieu de refuge pour le corps des fidèles croyants, juste avant la grande tribulation. Ce devait être au milieu des années 1950. De ce que je me souviens, Myra Cole, épouse de Raymond Cole, nous en avait parlé. Je n’ai pas souvenir qu’Herbert Armstrong ait prêché la doctrine tellement souvent à cette époque. Il l’avait prêchée, mais je ne pense pas que nous en ayons entendu parler. Myra nous expliqua que le lieu où nous devions nous rendre était Petra, une vieille cité abandonnée sculptée à même les falaises dans une vallée aride et stérile au sud-est de Jérusalem, dans la Jordanie actuelle. Puis, à mesure que se développèrent les nouveaux délais prophétiques centrés sur 1972, s’élabora le sous-produit doctrinal de la fuite à Petra prêché avec force, particulièrement durant les Fêtes d’automne annuelles. Gerald Waterhouse inventa probablement l’expression « lieu d’entraînement final ». Gerald a toujours cru fermement à la discipline et à l’entraînement. Lorsqu’il termine de décrire sa propre vision de ces années à venir, on a le portrait vivant d’un camp allemand aux proportions hitlériennes. On peut facilement s’illustrer les cadres de marche entre les terrains de manœuvre.

Tous les ministres aux échelons les plus élevés enseignaient Petra. Comprenant comment fonctionnent les nations, plusieurs firent en sorte qu’HWA et le roi Hussein deviennent de bons amis bien avant 1972. HWA lui-même écrivit que ça débuta dès 1967, peu avant la guerre israélo-arabe de cette année-là. Beaucoup pensèrent que les arrangements étaient déjà fort avancés. Les articles du Bureau des Nouvelles du Collège Ambassadeur stipulaient également que les Juifs étaient dans un stade avancé de préparation et de planification pour la reconstruction du temple à Jérusalem. Le fait que ces rumeurs se soient révélées fausses aurait dû nous alerter quant aux problèmes des prophéties d’HWA sur les années 1972 à 1975.

Je me rappelle avoir demandé à Raymond Cole : « Pourquoi Petra ? Où est la preuve biblique démontrant que l’église doit s’envoler à Petra ? » La réponse, c’est que beaucoup de passages des Psaumes contenaient le mot Sélah, qui veut dire « roc ». Et Petra veut aussi dire « roc ». Ce doit donc être le lieu. Vous comprenez ? En tout cas, M. Armstrong a dit que ce l’était.

Gerald Waterhouse a récemment réagi à cette question et il répliqua : « Je pense que c’est Petra. Vous demanderez peut-être pourquoi ? Parce que…euh… euh… la Bible indique Petra. Il n’y a aucune indication d’un autre endroit. Mais ça… euh… je… euh… je dirais, suite à cela, la raison pour laquelle je sens que Dieu la choisira et qu’Il l’a choisie, c’est parce que c’est le pire endroit sur la surface de la terre. C’est un bon début. » (Dans le même sermon, Gerald condamne fortement le « raisonnement ».)

Ted Armstrong racontait souvent l’histoire de sa mère lisant le magazine National Geographic, il y a plusieurs années. Dans ce numéro-là en particulier, se trouvait un article sur Petra, la cité rouge comme une rose. Elle insinua à son mari qu’il s’agissait probablement du lieu de sécurité. Et ainsi, c’est devenu une doctrine de l’église.

On fouilla la Bible à fond pour trouver des preuves. On utilisa Ésaïe 16:1-5. Une fois la localité établie, cette Écriture semblerait alors plausible. Mais on devait d’abord établir la localité.

On employa Apocalypse 12:14-17 pour prouver qu’il y a un « lieu de sécurité pour l’église » durant la terrible période qui s’en vient. Apocalypse 3:10 devint une preuve de soutien, très importante, celle-là. Mais avant tout, on devait constituer la doctrine des ères de l’église.

Ensuite, on devait établir que notre époque de l’église était l’ère de Philadelphie. Cela souleva plusieurs questions majeures. Questions demeurées jusqu’ici sans réponses.

J’ai servi en tant que coordonnateur festivalier pendant sept ans en ligne. De par mon expérience personnelle, je puis dire qu’il est devenu assez difficile de maintenir la loi et l’ordre dans nos assemblées, lors des dernières années. J’entends ici, dans notre pays où il n’y a pas de barrière linguistique et où les différences culturelles ne sont que minimes. Si vous ajoutez le facteur Nations Unies au sein d’une situation telle que celle qui surviendrait à Petra, le gouvernement de la Jordanie aurait beau se montrer coopératif, il y aurait quand même beaucoup de difficultés à surmonter à l’interne. Et parce que ceux qui sont obéissants au « gouvernement de Dieu » ont reçu la promesse que leurs enfants les accompagneraient au « lieu de refuge », cela soulèverait des problèmes aux énormes proportions, comme nos collèges l’ont expérimenté ces dernières années. Évidemment, si Dieu surveille Lui-même quotidiennement à partir d’une nuée le jour, et une colonne de feu la nuit, Il peut régler les choses. Il a assurément eu de nombreux problèmes avec les enfants d’Israël lorsqu’Il les a conduit au travers du désert. Et ils parlaient tous la même langue. Mais tout est possible à Dieu.

Gerald Waterhouse compte sur Herbert Armstrong pour accomplir tout ça, avec Dieu en fond de terrain. Mais tout compte fait, le concept de Petra en son entier, en tant que lieu de refuge pour l’église, durant les tribulations, ne repose que sur l’autorité d’Herbert Armstrong. Il repose sur son « apostolat » et sur ses « relations » avec Christ. S’ils sont authentiques, alors Gerald Waterhous pourrait avoir raison. Mais avec ses mauvais résultats en prophétie, l’on serait fou de mettre ses espoirs de protection en un tel homme.

Malheureusement, on a tellement prêché ce sujet en détail et durant des années, particulièrement de la part de Gerald Waterhouse, que nombre de gens à l’éducation restreinte s’accrochent au concept dans son ensemble. Ils pensent maintenant qu’ils n’ont qu’à s’en tenir à un seul homme, Herbert Armstrong, et leurs problèmes seront résolus. Ils consultent les journaux du matin tout confiants qu’ils n’auront pas à affronter les conditions nationales et mondiales. Ils seront tous à Petra avec Gerald Waterhouse et Herbert Armstrong.

Apparemment, personne n’a posé la question à savoir si les Israéliens ont été consultés à ce propos. Gerald sous-entend qu’Herbert Armstrong est dans les meilleurs termes avec eux, car il a trouvé faveur à leurs yeux. Reste toutefois à expliquer si c’est Dieu qui les subjuguera ou si c’est HWA qui les charmera.

Beaucoup de ministres de l’Église Universelle ont de sérieuses réserves à ce propos, mais, au centre de l’affliction qui frappe actuellement, ils ne sont pas en position de se montrer au grand jour et de se plaindre. Ces dernières années, Herbert Armstrong a atténué ses déclarations sur le sujet. À vrai dire, pendant une décennie, il a tout simplement balayé la question sous le tapis, jusqu’à ce que surgisse l’actuel besoin de donner aux gens quelque chose à quoi s’accrocher.

Gerald a presque à lui tout seul ramené cet enseignement en évidence. En proclamant Herbert Armstrong avec autant de force, il a fait en sorte que des milliers de gens se préparent encore pour aller à Petra, même si peu de temps après la tragédie de Jonestown.

Il semble que les gens aient un vif désir de fuir les problèmes du monde. La fuite, c’est la clé de l’enseignement de Petra. Les membres ont une profonde appréhension des tribulations telles qu’elles ont été enseignées et ils ont peur du martyre. Peu importe que le Christ et Ses apôtres aient été martyrisés, ou que des milliers et des milliers de chrétiens, tout au long des siècles, aient été tués pour leur foi. Donc, à notre époque, nombreux sont-ils à compter sur HWA pour les délivrer de ce sort. Mais peut-il les délivrer ? Gerald en a convaincu plusieurs qu’il le peut et qu’il va le faire.

En effet, Gerald semble maintenant avoir résolu tous les détails. Les gens devraient vendre leurs maisons et contribuer monétairement au « Fonds Petra » pour que Stan Rader puisse faire les achats nécessaires d’avions et d’équipements d’appoint. L’opération sera très coûteuse à financer. Les membres doivent exercer leur foi en Herbert Armstrong et son agent aux achats, Stan Rader, qui sera bientôt le gérant d’affaires pour le monde entier dans le Millénium. Ceux qui refuseront de contribuer au « Fonds Petra » iront dans le groupe de l’église de Laodicée et seront emprisonnés dans la grande tribulation.

Gerald Waterhouse a dit que Stan Rader allait acheter de nombreux avions DC-10 avec des fissures de 10 pouces [25 cm] que Dieu va couvrir d’anges de 11 pouces [27 cm] (je ne sais pas si Dieu est déjà au courant de ça, mais Gerald l’est assurément). Ces DC-10 sont supposés transporter les membres de l’église à partir de tous les coins du monde jusqu’à Jérusalem. On les prendra à Tekoa, une banlieue de Jérusalem que Gerald a choisie parce que le nom du village signifie « l’érection des tentes ». Ensuite, ils bâtiront une autoroute en direction de Petra. Le lieu est Petra parce que c’est le pire des endroits.

Selon Gerald, les pays européens penseront qu’HWA est venu avec une armée pour s’emparer des champs pétrolifères du Moyen-Orient et qu’il enverra des troupes pour les capturer. (Le nombre de membres, à ce moment-là, sera d’environ 300 000.) Dieu va détruire les armées européennes. La terre les avalera et l’église retournera triomphalement dans son nid à Petra. HWA et son assistant poursuivront leur travail en tant que les deux Témoins. L’assistant n’aura pratiquement aucun pouvoir, mais il accompagnera HWA. Gerald ne dit pas si l’autre témoin sera Stan. Mais on se demande qui pourrait conseiller HWA pendant tout ce temps !

HWA aura sa base à Jérusalem. Il amènera sa Rolls Royce d’Angleterre et l’utilisera pour ses allées et venues de Jérusalem à Petra. (Antérieurement, les trajets devaient se faire en hélicoptères.) HWA fera la navette, car il a une double responsabilité. Il doit gouverner l’église à Petra, tel qu’autorisé par Gerald, et témoigner au monde entier (par télé satellite) à partir de Jérusalem et avec une grande puissance. Le retour de Christ ne sera pas loin. Ainsi le déclare Gerald Waterhouse.

Lorsque Gerald passa par Tulsa, au printemps de 1979, il me fit à nouveau penser à un nazi de l’Allemagne d’Hitler. Quand il hurlait que « la loyauté est plus importante que la doctrine », je reculais. Comment pouvait-on séparer les deux ? Je ne suis pas sûr que Gerald croie à la loi de Dieu. S’il y croyait, il formulerait ses observations de manière plus attentive. Il est coupable de diluer un grand nombre de choses que l’église tient pour sacrées dans le domaine doctrinal. Et il le fait au nom du gouvernement. Eut-il été dans l’Allemagne des années trente, il aurait sûrement soutenu le Führer avec énergie. Ni rime ni raison n’étaient alors nécessaires, juste la loyauté aveugle ― la loyauté envers une idole.

Il n’y a pas de doute que, lorsque Lucifer commença à comploter sa rébellion, voilà très longtemps, il planifia comment garder ses anges dans son camp. Il enseigna la loyauté ― loyauté envers lui ― pas la loyauté envers Dieu ou envers Sa loi, mais envers Lucifer. C’est là qu’il devint le Diable, l’Adversaire.

Et, selon toute apparence, ses anges le suivirent, devenant ainsi des démons.

Il y en a plusieurs qui soupçonnent Gerald Waterhouse d’avoir l’intention d’être le « Capitaine du Camp » à Petra pour la « période d’entraînement final ». Après tout, s’il peut déterminer les chefs de départements de Dieu pour Lui, pourquoi ne serait-il pas « en charge » de Petra ? Qui serait mieux formé pour ce poste ? Eh bien quoi, il a pris la parole devant toutes les églises dans le monde entier ― c’est-à-dire, toutes les congrégations de l’Église Universelle de Dieu ! Qui a enseigné le gouvernement comme Gerald Waterhouse ? Il déclare qu’il l’a fait plus que tout autre homme sur la surface de la terre.

Qui connaît mieux le gouvernement que Gerald ? S’il a nommé les autres au gouvernement de Dieu durant le Millénium, pourquoi ne pourrait-il pas se nommer lui-même pour cette courte période de temps ? Qui serait donc un meilleur choix ?

Quand les ministres renseignés contemplent une pareille possibilité, ils ont un mouvement de recul. Gerald démantèlera-t-il complètement le mariage durant cette période ? Décrétera-t-il le célibat total ? Tout le monde devra-t-il marcher en escadron pour déjeuner chaque matin ? Organisera-t-il des pelotons d’exécution ? Proscrira-t-il toute éducation au-dessus de la sixième année ? Exigera-t-il des tests d’ignorance aux enseignants éventuels ?

Mais voici une plus grande question : Y aura-t-il assez de place à Petra pour Herbert Armstrong et Gerald Waterhouse ?




D.216 – L’INEXTRICABLE TOILE D’HERBERT W. ARMSTRONG – Partie 18

 

Regard interne sur l’Église Universelle de Dieu

Par DAVID ROBINSON

Chapitre 17

RAYMOND McNAIR ―

LE « BOUFFON » LOYAL

 

La première fois que j’ai vu Raymond McNair, c’était à Belknap Springs, en Oregon, en 1950. Raymond était un enthousiaste jeune étudiant du collège, depuis peu sorti de l’Arkansas rural et profondément religieux. Il s’était immergé dans les études religieuses dans le nouveau et très petit Collège Ambassadeur de Pasadena. Herbert Armstrong y était le directeur, le prédicateur, la figure paternelle et, en plus, en tant que diffuseur, la source de revenus pour soutenir l’école. Raymond n’était pas un garçon très instruit et le Collège Ambassadeur lui servit donc de fondation, ce qui devait en faire un produit d’Herbert Armstrong.

HWA fut le fondement de son succès et Raymond, avec ses limites, réalisa intuitivement sa dépendance envers son « père ». Depuis lors, il n’a jamais quitté le foyer.

Raymond est un comique naturel, probablement sans en avoir l’intention. Quand il lutte avec les mots, des choses amusantes en ressortent. Quelquefois, ses auditeurs rient avec lui et, d’autres fois, ils rient de lui. Je ne suis pas sûr que Raymond sache faire la différence.

Aux Fêtes annuelles de Big Sandy, dans le milieu des années 1950, Herbert Armstrong poussa souvent ses jeunes hommes à prendre la parole. Il se développa parmi eux une rivalité à savoir qui parlerait le plus longtemps. D’où nous étions assis, il semblait que la compétition était féroce. Deux heures se transformaient en trois, puis trois devenaient trois heures et demie, et, éventuellement, certains atteignirent les quatre heures.

D’après mes souvenirs, Raymond McNair gagna le concours grâce à un sermon ayant duré plus de quatre heures. Je me rappelle que Rod Meredith avait fini deuxième. Le style oratoire de Raymond faisait qu’il donnait continuellement de faux espoirs à son auditoire, allant d’une finale à l’autre. Il était de toute évidence sur le point de conclure pour aussitôt repartir de plus belle, souvent avec le même matériel. Il n’y avait rien de plus exaspérant.

Une fois, à Big Sandy, dans les années cinquante, après qu’il eût redémarré alors que tous ses auditeurs étaient épuisés, on entendit une dame dire à voix haute : « Oh ! Étouffez-le, quelqu’un ! » Bien que bon nombre eurent été saisis par sa franche façon de s’exprimer dans l’église, ils acquiescèrent tous en un silence entendu. Mais cela ne ralentit pas Raymond pour autant. C’était un bûcheur, même dans sa façon de parler.

C’est plus tard, lorsque le ministère eût vieilli que Raymond acquit un surnom populaire parmi ses pairs, celui de « Buffie », provenant de bouffon ! D’après plusieurs récits, la responsabilité du surnom reviendrait à Herbert Armstrong, loin d’être impressionné, ni par l’intelligence, ni par l’éducation de Raymond. Apparemment, il aurait apparenté Raymond à un bouffon ! Le mot se répandit. Le ministère de l’Église Universelle de Dieu employa largement le surnom.

Durant les deux dernières années, Raymond n’a rien fait pour dissiper cette impression. Depuis sa graduation à Pasadena, Raymond a desservi quelques églises régionales aux Etats-Unis et, plus tard, en Angleterre. Dans une de ses églises aux Etats-Unis, il baptisa et épousa une jeune dame de sa propre congrégation. Après quelques années et plusieurs enfants, ce mariage se termina par un divorce acrimonieux. Raymond se remaria peu après en pleine controverse théologique, ce dont il fut largement discuté. Il ne pratiqua pas ce qu’il avait si longtemps prêché et exigé des autres.

Ceux qui connaissent bien Raymond sont encore sous le choc en se rappelant qu’il a été à la tête du Collège Ambassadeur d’Angleterre. Quand on demanda à ceux qui avaient côtoyé la situation les raisons qui poussèrent Herbert Armstrong à nommer Raymond, ils ne peuvent avancer comme seul qualificatif qu’il prêchait Herbert Armstrong 365 jours par année. Cette seule qualité était d’une importance capitale pour HWA.

Une autre caractéristique de Raymond McNair, c’est son très grand désir de grandeur. Il se croit un grand homme, d’après bon nombre de ceux qui lui sont proches. Raymond peut rapidement débiter tous les McNair qui ont atteint un certain degré de notoriété. Il s’identifie à la célébrité et au succès mondain. Il rend aussi gloire à tous les Armstrong qui ont atteint le succès, sauf Garner Ted. Et il est prompt à établir des relations historiques entre les Armstrong et les McNair. Il est difficile, à notre époque, de trouver homme plus assoiffé de grandeur que Raymond McNair.

Un jour, en 1968, lorsque mon épouse et moi allâmes au Collège en Angleterre durant un voyage en Europe, Raymond nous accueillit pour prendre le thé et le sujet principal fut la grandeur de son nom de famille. Il se rua vers sa bibliothèque et en retira quelques livres pour démontrer ce qu’il avançait. Tous les livres s’ouvrirent automatiquement à des endroits spécifiques. On aurait dit que c’étaient les seuls endroits où ils avaient été ouverts. Ils s’y étaient ouverts si souvent que les lois de la physique s’y appliquaient.

Plutôt humoristiques, les récits se succédaient à mesure que Raymond retournait en arrière. Mais tous ceux qui connaissent bien Raymond s’entendent pour dire qu’il n’est pas malicieux ― c’est-à-dire, seul à seul. Ce n’est que lorsqu’il monte sur l’estrade que les choses se gâtent. Les opinions divergent quant à savoir qui est le vrai Raymond.

Quand le Collège d’Angleterre fut fermé par Herbert Armstrong, au milieu des années soixante-dix, Raymond fut ramené à Pasadena ― « shanghaïé », comme il le dit plus tard. À Pasadena, il était sans emploi. Durant un sermon à Big Sandy, en 1978, il rapporta avoir été sans responsabilité pendant 4 ½ ans ! Il servit dans le Comité doctrinal, écrivit quelques articles et fit peu de choses d’autres. C’est dans cette période que son mariage se brisa.

En 1976, Ray Wooten, ayant servi comme pasteur de l’église de Little Rock pendant quelques temps et sous les ordres du frère de Raymond, Carl, à Atlanta, obtint un transfert à Dallas, ce qui était pour lui une promotion. Dennis Pyle, alors coordonnateur régional dans ce secteur, appela Ray pour lui demander si Raymond McNair serait un bon pasteur pour Little Rock. Ray Wooten protesta si vigoureusement que Dennis  laissa tomber l’affaire et s’arrangea pour que Raymond obtienne l’église d’Ozarks. On cherchait quelque chose tout près de l’Arkansas et ce fut le mieux qu’on puisse faire à ce moment-là. Dennis a toujours été sensible pour ce genre de chose. Il fit ce qu’il put pour Raymond.

C’est Ray Wooten qui me conta l’histoire, à l’époque. Il me dit qu’il n’était pas question de permettre que les gens de Little Rock souffrent à cause de « Buffie ».

Lors de sa tirade à Big Sandy, en 1978, Raymond se plaignit amèrement d’avoir été expédié dans une église si petite. Ce n’était pas digne de lui.

On n’entendit pas beaucoup parler de Raymond durant son stage au Lac des Ozarks. Mais une couple d’incidents valent la peine d’être mentionnés. L’un fut rapporté par Raymond lui-même et c’est d’importance.

Le soir de clôture de la Fête à Big Sandy, en 1978, alors que mon épouse le pressait de questions à propos de son divorce et de son remariage, il nous dit, à elle et à moi, qu’Herbert Armstrong l’avait vu à la Fête, en 1976, et l’avait encouragé à se remarier ! Raymond était au site d’Ozarks, là où était son église, et Herbert Armstrong avait cherché à voir Raymond pour l’encourager à se remarier, en 1976 ! Comme dirait Gerald Waterhouse, « l’avez-vous saisi ? » Afin de renforcer son cas, Raymond continua : « M. Armstrong ne m’avait pas vu depuis plusieurs années. C’était la première fois depuis des années et il voulait que je me remarie ! » Or, HWA planifiait également d’épouser une divorcée. Voilà ma conclusion !

Un autre incident fut rapporté par ceux qui assistèrent à son église immédiatement après la conférence de 1978. Raymond revint de la conférence tout exubérant. Il monta en chaire en brandissant triomphalement le nouveau Projet de Théologie Systématique. Il rappela à son auditoire tout son temps passé dans le Comité Doctrinal et que maintenant ça commençait à rapporter. Il avait généreusement contribué à ce nouveau projet. Maintenant, les croyances de l’église seraient codifiées et il en avait été un des contributeurs majeurs !

On ne peut que rougir pour Raymond. Il veut tellement être grand, ou, à tout le moins, passer pour grand aux yeux des autres. Mais quel prix est-il prêt à payer ? Les événements des deux dernières années révèlent qu’il est prêt à payer le très gros prix. Il est prêt à abandonner son intégrité et son honneur de chrétien en échange d’une gloire éphémère. Bien qu’il désire gloire et pouvoir, il est juste assez perspicace pour comprendre que sa gloire doit se refléter et se rattacher à Herbert Armstrong comme seul espoir d’avoir sa place au soleil durant sa vie. L’on ne peut que se demander ce qu’il pense réellement de la vie après la vie.

Raymond a montré bon cœur envers beaucoup de gens toute sa vie dans l’église. Il n’a pas démontré la froideur et la malice des autres dans la hiérarchie, en tout cas, pas en face. Mais l’opportunisme a ruiné beaucoup d’hommes par ailleurs aimables. Dans son désir de grandeur, Raymond s’est montré opportuniste. En servant Herbert Armstrong, bien après qu’HWA soit sorti des rails de la vraie religion, Raymond se sert en réalité lui-même au détriment de son Dieu et de ses camarades. La soif de pouvoir et l’autoglorification sont des vins capiteux. Ils intoxiquent.

Raymond rapporte qu’il fut appelé à Tucson, lors de l’expulsion de Garner Ted par Herbert Armstrong, pour aider celui-ci à « remettre les choses sur les rails ». Il n’y a certainement personne qui remettra en doute qu’on avait besoin d’une opération nettoyage dans l’église de l’époque, mais les opinions différaient quant à savoir ce qui avait besoin d’être nettoyé.

Le membre moyen de l’église n’a que très peu de contact avec Herbert Armstrong, mis à part la lecture de ses articles répétitifs ou l’écoute de sa voix enregistrée, tout cela n’ayant qu’un thème central ― sa grandeur. Le membre ne le voit qu’à distance à chaque année, lors de la Fête d’automne. Il croit que Dieu ne pourrait employer d’autre homme qu’Herbert Armstrong. Ce dernier a si souvent raconté les débuts de sa vie et de son expérience religieuse. Ce n’est que dans les dernières années, quand les doutes ont commencé à surgir concernant son honnêteté et sa véracité, que quelques vérifications ont prouvé qu’il avait falsifié et tordu l’histoire de cette période. Et certains hommes sont encore vivants pouvant témoigner que ça s’est passé d’une autre façon. En outre, leur témoignage est appuyé sur des registres officiels impossibles à renier. Les registres et les rapports commencèrent à provenir d’un peu partout ― des rapports de gens honnêtes et humbles demeurés silencieux pendant des décennies.

Comme l’a écrit Winston Churchill : « Le moulin de la justice moût lentement, mais extrêmement fin ! » La vérité va sortir. Il n’y a pas de suppression permanente de la vérité.

L’histoire d’HWA et celle de Raymond McNair sont inextricablement liées. Quand l’on soutient et que l’on défend une personne frauduleuse, le processus nous contamine. Lorsque l’on ment pour couvrir un menteur, on assume alors la culpabilité de celui que l’on défend. Quand celui que l’on défend est un enseignant religieux, sa religion doit être remise en question !

C’est le chemin qu’a choisi Raymond. Il ne nuit pas de croire, comme je le fais, que Raymond n’aurait pas emprunté cette voie par lui-même ; mais y croire ne l’exonère pas de sa triste position présente. Cela ne fait que légèrement modifier sa culpabilité. Mais plus longtemps choisit-il cette voie, plus se fixe la culpabilité.

Le fait que Raymond ait soutenu les dénégations directes, violentes et répétées d’HWA niant avoir eu connaissance du Projet de Théologie Systématique, cela fut un signal fort aux yeux de ses pairs que Raymond allait toujours tout déformer sur simple commande d’HWA. Raymond possédait trop de rapports démontrant le contraire.

La philosophie de Stan Rader voulant que le mensonge s’avère parfois un devoir supérieur s’étend maintenant aux plus hauts échelons de la hiérarchie. Les membres des comités de l’église se font traiter « d’idiots » par Herbert Armstrong ; or, qu’il existe un comité « d’idiots » signifie bien qu’il est relégué à une position fausse. Ils mentent à propos de leurs fonctions et le font de manière officielle face à l’État de la Californie. Leur véracité est compromise, et tout ça au nom de la religion.

Est-ce que la fin justifie les moyens ? Pouvons-nous faire n’importe quoi afin que nos plans s’exécutent ? Combien de despotes dans l’histoire y ont cru ? C’est essentiellement ce qu’Herbert Armstrong enseigne par son exemple. Le pauvre Raymond, ambitieux et crédule, s’emmêle dans cette toile d’araignée.

Il quitta son église régionale du Lac des Ozarks sans avoir la courtoisie d’appeler son supérieur, Dennis Pyle. Et souvenez-vous que Dennis avait fait tout en son pouvoir pour que Raymond soit placé au meilleur endroit possible.

Ron Dart, alors directeur de l’Administration Pastorale au moment où Raymond fut envoyé aux Ozarks, rapporte que ce dernier était rempli d’une gratitude larmoyante pour ce pastorat, à l’époque. Dennis rappelle que Raymond était humble et réceptif au moment où il était son patron.

Il semble n’y avoir eu aucune communication entre Herbert Armstrong et Raymond pendant la durée où celui-ci fut « shanghaïé », ou même plus longtemps encore, sauf à ce moment bien précis de 1976 où HWA le chercha à la Fête du site des Ozarks pour l’encourager à se remarier. De ce que j’ai compris, après cela, la communication suivante ne survint que lors de l’appel d’HWA à se rendre à Tucson au printemps ou au début de l’été 1978.

Avant cela, à l’image de Gerald Waterhouse, Raymond était devenu une source de profond embarras pour Herbert Armstrong et, avec Gerald, il avait été envoyé en « Sibérie ». Mais au milieu de 1978, HWA voulut l’utiliser à nouveau. Cet automne-là, il lui confia de prééminentes positions d’orateur à Dells, Wisconsin, aux Ozarks et à Big Sandy, Texas. Il fut plus que jamais convaincu de sa propre grandeur.

J’entendis parler de sa performance, d’abord à Dells, puis avec détails aux Ozarks, ensuite je le vis moi-même au Texas. Au moment d’arriver au Texas, son sermon était devenu parfait. C’était à faire pleurer dans les chaumières. Il déclina la liste de tous les torts qu’on lui avait causés, ainsi qu’à HWA. La liste était fort longue. L’archi-vilain, Ted Armstrong, les leur avait causés à tous les deux. Ted avait « shanghaïé » tous les bons hommes et les avait expédiés dans de petites églises, ce qui était une disgrâce en regard de leur dignité. Il avait lui-même été envoyé dans une insignifiante petite église dans les Ozarks. Rod Meredith avait été humilié. Oh, la liste était longue, mais dans la harangue de Raymond, ce jour-là, il n’y en avait que pour Raymond F. McNair. Comme l’a dit quelqu’un : « Il prêche Raymond F. McNair, et Raymond F. McNair crucifié ! » Il glorifia le vieux Collège Ambassadeur de Brickett, en Angleterre, en rabaissant les Collèges de Pasadena et de Big Sandy. (Il avait été vice-chancelier de celui d’Angleterre.) Quand il eut terminé, on aurait pu penser, si on n’en avait pas su plus, que son Collège en Angleterre était de Dieu et tous les autres étaient du Diable.

Lorsque Raymond entreprit sa description du campus de Pasadena, on aurait pu croire impossible de marcher à travers le campus sans passer continuellement au-dessus de condoms usagés. Le danger de glisser et tomber à cause de ce péril était très grand. Et il était presque impossible à une jeune fille de traverser sans être violée. Pour une jeune dame, faire ses classes en conservant sa virginité intacte était hors de question. Il dépeignait un portrait vraiment sombre et lugubre. Or, lui, Raymond, allait corriger tout ce mal. Le Collège Ambassadeur était maintenant le collège de Dieu. Lui et Herbert Armstrong avaient « remis Dieu sur Son trône ». Dieu avait été mis hors du trône pendant une période de dix ans. Dieu n’y était pas revenu plus tôt parce que Garner Ted et Ron Dart L’avaient chassé et, évidemment, Il ne pouvait revenir sur Son trône tant que Raymond et Herbert Armstrong ne seraient pas à l’œuvre et ne Le remettraient pas dessus !

Le terme « shanghaïé » est devenu obsolète dans le langage [anglais, « shanghaied » dans le texte]. Il fut inventé par les marins anglais du siècle dernier [19e siècle]. Il signifiait que, quand un marin se trouvait en état d’ivresse, le long du quai d’un quelconque port animé du monde, un « ami » pouvait le « secourir » en lui évitant le saloon, et l’infortuné se retrouvait le lendemain matin à dessoûler à bord d’un bateau de marchandises, embauché comme membre de l’équipage, avec rien d’autre à faire que de travailler pour le reste du voyage. Il avait été « shanghaïé ». Ce devait être une pratique courante dans le cloaque oriental de Shanghai, en Chine.

Ce terme appartient à une autre génération, une génération antérieure à celle de Raymond. Il appartient à la génération d’Herbert Armstrong. Il avait réactivé l’usage de ce mot. Et se mot s’avérait profondément ironique lorsque appliqué à Raymond McNair, Rod Meredith, Dennis Luker, Herman Hoeh, Gerald Waterhouse, etc. Le véritable « shanghaïage » venait tout juste de se produire. Ils avaient été « secourus » par un « ami » et embauchés pour le voyage. Mais il était peu probable qu’ils demeurent membres de l’équipage permanent. Raymond avait une nouvelle femme et ses enfants avec lui. La plupart des gens présents croyaient qu’il s’agissait de la femme de sa jeunesse, mais, hélas ! ce n’était pas le cas.

À la clôture de la Fête, mon épouse Margaret demanda à Raymond de lui expliquer comment il pouvait être libre de se remarier. Nous avions entendu Raymond parler contre le divorce et le remariage avec tant de force pendant tant d’années qu’il était difficile de le voir ici avec une autre femme que la sienne (c’est-à-dire, elle n’était pas sa femme, selon son ancien enseignement des derniers vingt-cinq ans). Pourquoi prêchait-il une chose et en faisait-il une autre ? Margaret voulait savoir.

Raymond commença par tourner autour du pot. Il parla d’Herbert Armstrong venu le voir en 1976 pour l’encourager à se remarier. Puis, Raymond lança que Garner Ted lui avait dit que tout était correct. Il mentionna aussi que Wayne Cole et Ron Dart approuvaient. Ce qui lui apportait l’approbation complète pour se remarier. Fait intéressant, Raymond ne respirait pas lui-même la confiance que tout était bien ainsi.

Je n’ai pas fait moi-même une question majeure de cette affaire, mais bien d’autres l’ont fait. Je trouve marquant que, lorsque des milliers de brebis souffrirent de cette question, Herbert Armstrong et Raymond McNair se montrèrent insensibles. Mais quand vint leur tour de se remarier, cas flagrants de divorces et de remariages, tout devenait « différent ». C’est significatif.

Je pressai Raymond de questions au sujet de son « shaghaïage » antérieur. Il insista pour affirmer que cela lui était bien arrivé. Je lui fis savoir que j’aimerais continuer la conversation le lendemain matin, et il accepta. Nous fûmes d’accord pour dire que mon bureau était le meilleur endroit pour nous rencontrer.

Je lui fis savoir que j’étais au courant de ce qui était arrivé relativement à son transfert à Pasadena et à celui de Rod Meredith en Angleterre. Il y avait un concert de Fred Waring à Big Sandy, à ce moment-là, et Herbert Armstrong était venu en G-II de Californie pour y assister. Rod vint aussi. C’est là que les transferts se sont effectués. Et non seulement HWA savait-il, mais il a approuvé. Il s’était absolument impliqué. Et je savais que lui, Raymond, le savait. Raymond fit environ trois tours sur lui-même, se stationna debout et, enfin, reconnut qu’il savait qu’HWA avait su et approuvé !

« Alors, pourquoi as-tu raconté ce que tu as dit aux gens hier, Raymond ? » demandai-je.

« Eh bien, nous sommes en guerre contre les libéraux, et nous devons nous montrer forts dans cette guerre, » répondit-il.

« Mais, Raymond, Dieu exige que nous disions la vérité, » répliquai-je.

Raymond partit peu après, sans offrir d’autre explication. Il n’y en avait pas, d’ailleurs.

Des hommes conspirèrent contre d’autres à Pasadena pendant un certain temps. Plusieurs tentatives furent essayées pour prendre le pouvoir ; elles avortèrent. Mais dans chaque cas, Herbert Armstrong se retira à la dernière minute, sentant que le moment n’était pas favorable.

En 1976, il pensait que l’église finirait par être gouvernée par un comité. C’est ce qu’il me dit aux Pocono, cette année-là. C’était une des raisons commandant les très gros contrats d’HWA et de Stan Rader. HWA avait dit qu’il ne voulait pas que son « mode de vie soit réduit ». Il vivait fort bien et, lorsqu’il se maria, il voulait apporter le grand luxe. Mais une fois les contrats signés, il fut prêt pour une révolution. Il tenta d’établir le travail de préparation, cette année-là, dans la tournée festivalière, mais il échoua lamentablement. Il se prépara pour son mariage dans la première moitié de 1977, puis arriva sa maladie.

Mais, à la conférence de 1978, à Pasadena, il fut assez rétabli pour tenter de prendre le contrôle direct, c’est-à-dire, le contrôle avec Stan. Or, cela avorta. Il fit son apparition sur l’estrade, devant tous les ministres, pour confirmer son support total envers son fils Garner Ted. Il y eut la traditionnelle accolade et la répétition des mêmes paroles sous les applaudissements retentissants des ministres ! Ainsi va la politique, en religion comme dans les organisations du monde.

Stan et HWA tentèrent le coup au printemps suivant et les événements se détériorèrent à partir de là dans la hiérarchie de l’église.

Lorsque l’État de la Californie décida de jeter un coup d’œil sur les irrégularités dans les finances de l’église, HWA signa et approuva un plan d’actions recommandé par Wayne Cole, Herman Hoeh, Dave Antion et Ray Wright, anciennement du bureau des finances. Ray était dans l’ombre depuis quelques temps et il avait été écarté à cause de sérieuses allégations d’irrégularité, mais il était familiarisé avec les affaires du bureau des finances et il pouvait raconter à HWA ce que l’État trouverait quand il examinerait les registres. HWA fut convaincu du plan recommandé ― plan qu’aurait choisi toute organisation honnête. C’était le chemin de la vérité et de l’ouverture. Les affaires ecclésiastiques n’étaient pas en cause.

Le problème, c’était le mauvais usage de très grandes sommes d’argent. Herbert Armstrong semble ne jamais avoir compris l’argent. Les larges sommes n’ont pas l’air de lui être entré dans la tête. Il ne voulait que ce qu’il désirait et ne sembla porter aucun intérêt à l’argent comme tel.

Mais quand Stan entendit parler de ce qui se tramait, il sauta dans l’action. Il savait ce qui était en jeu. De son point de vue, tout était en jeu, y compris, très probablement, sa propre liberté. Il allait faire n’importe quoi pour échapper aux conséquences de ses pratiques financières et juridiques des deux dernières décennies.

Cela se traduisait par le plus grand contrôle possible de la mécanique de l’église. Par conséquent, la conspiration numéro deux prit rapidement forme. Il s’agissait d’une conspiration fomentée contre le ministère même, contre la vérité et tout ce qui la supporterait. Définitivement la pire de toutes les conspirations. Elle impliqua Raymond McNair. Il portera toujours à sa honte de s’être prêté à ce complot diabolique visant à renverser le ministère. Celui-ci était le seul espoir de sauvegarder pour l’organisation ce que l’église enseignait de manière traditionnelle. Il y avait une révolution en progression qui amenait l’église très loin de son chemin, même si la littérature disait à ses membres qu’HWA remettait les choses sur les rails. Satan apparaît en ange de lumière !

Herbert Armstrong vira capot très rapidement, car son patron réel le lui exigeait. La « Révolution de novembre », pour emprunter l’expression russe de la deuxième Révolution de 1917, éclata dans l’Église Universelle de Dieu en janvier 1979. Les parallèles y sont nombreux.

Ce qui fut dit, et par qui, à Raymond McNair, les soirs du 4 et du 5 janvier, ne m’est pas connu. Mais à en juger sa conduite pendant cette période, on doit leur avoir promis la lune, à lui et à Rod Meredith ! On fit assurément de grosses promesses.

Prendre position en ce vendredi matin-là, exclure son propre frère Burke de la réunion de l’auditorium, tenter de garder tous les ministres à l’extérieur, incluant tous les coordonnateurs régionaux qui étaient en ville, tout cela est remarquable de la part de Raymond McNair. Le travail de cette journée-là requerra un registre pour les années futures. Les ondes de choc de cet événement ne sont pas près de se calmer. Plusieurs témoins oculaires rapportent que Raymond apparut en agissant comme un insensé. Il était prêt à pourfendre, à détruire, à mentir, à blesser et à violer l’engagement pris lors de son baptême ― il était prêt à tout ! Herbert Armstrong tonna : « C’est la GUERRE ! » Et Raymond fit écho : « C’est la GUERRE ! » Et, au nom de la guerre, il était plus que prêt, même anxieux, de détruire son propre frère ― même son frère de sang ― et il en était fier. Il le faisait au nom de Dieu !

Raymond défendait son idole. Il ne voulait pas qu’on le fracasse. Peut-être, dans son esprit, se faisait-il le champion du conservatisme. Il clama qu’il oeuvrait à préserver la vraie foi. Mais elle avait tellement été diluée qu’on ne peut concevoir que Raymond puisse encore croire la défendre.

Manifester, marcher avec des pancartes, chanter à l’unisson en face des palais de justice, travailler en tandem avec les Moonies et faire cause commune avec toutes les dénominations religieuses, tout cela allait contre les propres enseignements de Raymond. Dans le passé, il avait très souvent dénoncé la « Grande Prostituée » et ses filles, les églises protestantes sorties de l’Église catholique en « protestant ». Il enseigna contre la protestation pendant de nombreuses années. Et maintenant, avoir supporté tout cela au nom d’Herbert Armstrong a dû lui causer des nuits blanches.

Peu après la révolution de janvier, je causai quelques fois avec Raymond au téléphone. Il était crispé et loin d’être ferme dans sa conversation. Je sentis qu’il était sur la défensive, manquant totalement de conviction. Il devait certainement souffrir de conflits intérieurs.

À la conférence de Tucson, plus tard dans le mois, Raymond joua sa partie ― une partie hilarante. Pendant son spectacle, toute l’assemblée ria de lui, pas avec lui. Ses déclarations étaient ridicules, alors qu’il jouait de sa batterie pour Herbert Armstrong, assis juste sur l’estrade. Même Herbert Armstrong avait honte pour lui avant qu’il n’ait terminé et qu’HWA finisse par le couper. Si jamais on se posait la question à savoir si Raymond était un bouffon, les doutes se levèrent à coup sûr ce jour-là. Par après, un certain nombre de personnes firent la remarque que Raymond s’était autodétruit pour toujours devant le ministère. Cependant, ils ne pensaient pas que Raymond demeurerait au pouvoir dans l’environnement présent. Ils ne prirent pas non plus en considération que la hiérarchie avait besoin de quelques hommes comme lui. Le dévouement de Raymond s’accrût avec la peur de son renvoi. Personne ne pouvait parler de soutenir « l’apôtre » avec autant de dévouement que Raymond McNair, sauf peut-être Gerald Waterhouse.

Dans le cas de Rod Meredith, Dennis Luker et des autres, les héros de janvier devinrent les vilains de septembre, mais Raymond resta. Il pouvait se montrer « loyal envers une faute ». Il était devenu fautif de sa propre admission.

On rapporte que Raymond est gentil et attentionné envers ceux qui lui parlent seul à seul. À une époque où il n’y avait qu’une poignée de personnes précieuses de la hiérarchie qui voulaient, ou même pouvaient, démontrer de la gentillesse, Raymond donna cette impression en privé. Je ne sais pas ce qu’il fit ensuite, quand il parla avec son patron.

Au téléphone, je m’étais arrangé pour parler à Rod Meredith au Jour du Souvenir, mais, à mon arrivée, je vis qu’il avait oublié. Je n’étais plus important à ses yeux. Lorsque je l’appelai à la maison, le matin même, il me suggéra de parler à Raymond McNair. Quand j’appelai Raymond, suggérant de lui parler pendant le déjeuner, il accepta immédiatement. Il vint me chercher et nous allâmes au Hilton de Pasadena pour déjeuner. Nous passâmes quatre heures ensemble et ce fut très intéressant.

Pendant que nous déjeunions, s’approcha Ralph Helge, avocat de l’église. Il s’adressa à Raymond et celui-ci lui demanda s’il me connaissait. Mon nom lui dit clairement quelque chose, mais il répondit rapidement qu’il ne m’avait jamais rencontré.

« Ralph, je vous ai parlé quatre ou cinq fois au fil des ans, » lui rappelai-je.

« Je ne vous ai jamais rencontré auparavant, » répliqua-t-il.

« Pourtant, oui, vous l’avez fait, » insistai-je.

Après que soit parti Ralph qui prend vite de l’âge, je racontai à Raymond que la première fois où j’ai parlé à Ralph, c’était à l’église de Glendale, au printemps de 1970, et la dernière fois, c’était lors de la conférence de 1978. Je suppose que Ralph ne se rappelle pas m’avoir parlé et je ne lui en impute pas la faute, dis-je. Mais son dogmatisme en la matière ― où je sais qu’il avait tort ― m’en révèle beaucoup sur Ralph Helge. Évidemment pas que j’en sois surpris ou désappointé. Je connaissais déjà sa réputation parmi les ministres avec qui je me mêlais. Un bon avocat doit adorer avoir un camarade comme Ralph à la barre des témoins en contre-interrogatoire.

Raymond me confia que Rod était en grand danger de perdre son poste de directeur de l’Administration Pastorale. Je lui répondis que j’avais parlé à un homme qui revenait tout juste de Tucson et qu’HWA n’avait rien à dire de bon de Rod, mais plutôt beaucoup de mal. Raymond me partagea sa pensée que Rod avait congédié beaucoup de pasteurs d’église qu’il n’avait pas besoin de licencier et qu’il croyait que j’étais l’un d’eux. Il parla de Dennis Pyle avec bienveillance. Je fus content qu’il parle de cette manière, sachant ce que Dennis avait fait pour lui. Encore une fois, je ne sais pas ce qu’il peut avoir fait en arrière-scène. Je ne sais tout simplement pas si Raymond s’est rendu coupable de duplicité dans ces affaires. En d’autres termes, tout a pu arriver.

Je lui dis qu’il était inévitable que Rod Meredith soit à la fois congédié et excommunié.

« Il n’est pas inévitable qu’il soit excommunié, » répliqua-t-il.

« Eh bien, peut-être pas inévitable, mais il le sera presque assurément pour une couple de raisons. Pour une, la loi qui fait que l’on récolte ce que l’on sème, ce qui est une bonne raison et, pour deux, Tucson voudra s’en débarrasser à coup sûr. » C’était la fin d’août, soit seulement cinq mois après sa « nomination ».

Raymond voulut savoir si je pensais qu’il existait des photos d’Herbert Armstrong nu en pleine action sexuelle. Je lui dis que j’avais entendu parler de cette histoire. En fait, je venais de l’entendre la veille, juste ici, en ville. Je ne savais pas quelle crédibilité y accorder. Bien des gens encore dans le ministère étaient sûrs qu’elles existaient. Je ne les ai pas vues moi-même. Mais je savais une chose : il serait facile de prendre HWA dans ce genre de photos. Je dis à Raymond que, si je l’avais voulu, j’aurais facilement pu montrer ce type de photos en Pennsylvanie, en 1976. Quand un homme ouvre sa porte d’hôtel complètement nu, on peut facilement avoir préparé une ou deux filles, attendant juste là, avec seulement une robe sur le dos. Elles se précipitent ensuite en enlevant leur robe. Tout ce qui vous reste à faire, c’est laisser aller votre caméra.

Ou, quand Herbert Armstrong est sous l’influence du vin, vous pouvez le travailler. Ce genre de chose se fait tous les jours. Donc, qu’il ait été d’accord ou pas, Herbert Armstrong peut facilement avoir été photographié dans une situation très compromettante et, considérant certains personnages qu’il fréquente, il a probablement déjà été photographié. Mais je n’en avais pas de confirmation positive.

Je rappelai à Raymond les enregistrements de Lochner. Il ne me dit que peu de chose à ce sujet, mais admit qu’il y avait un problème.

Nous sortîmes et prîmes sa voiture qui était stationnée du côté nord de l’Hôtel Hilton. Nous continuâmes à parler dans sa voiture immobilisée. Alors que nous discutions intensément, du moins, à mon point de vue, Raymond m’interrompit pour me demander ce que faisait « l’homme noir » derrière nous. Il était passé midi, un jour de congé à Pasadena. Il n’y avait que peu de trafic, ce matin-là. Juste derrière nous, il y avait un homme noir, peut-être dans la mi-trentaine, examinant soigneusement une voiture sport anglaise stationnée sur la rue. Raymond l’avait observé tout ce temps dans son rétroviseur. Il me demanda de regarder et de lui dire ce que j’en pensais. Je lui dis que j’allais sortir et me rendre derrière pour lui demander ce qui se passait. Raymond se raidit et me lança que nous ne devrions pas faire une chose pareille. Il me dit que je ne comprenais probablement pas ce qu’étaient les noirs en Californie. Je lui répondis que je ne m’en souciais pas. N’importe où aux Etats-Unis un citoyen devrait se sentir libre de demander à quiconque ce qu’il est en train de faire dans cette sorte de situation. Apparemment, Raymond me croyait hors de mes pompes. Je lui expliquai que mon père nous avait appris à ne jamais avoir peur de notre ombre. Nous ne devrions jamais craindre les maux imaginaires. Et il citait des personnages qui avaient toujours peur de faire à peu près n’importe quoi. C’est ce que je dis à Raymond et, encore là, il ne voulait pas que j’aille voir cet homme pour vérifier ce qu’il cherchait ou ce qu’il voulait à cette voiture.

« Il pourrait avoir un revolver et te tirer, » réagit Raymond.

« Tout peut arriver, » dis-je. « Nous ne devons rien craindre. Nous devons montrer du courage. Si tu ne t’y objectes pas, je vais simplement sortir, me rendre en arrière et voir ce qui se passe. C’est peut-être fort légitime. Qui sait ? » Raymond n’était pas d’accord. Je dis finalement : « Pourquoi ne ferais-tu pas le tour du bloc pour venir ensuite t’arrêter juste derrière lui ? Je vais ensuite me pencher et lui demander ce qu’il fait. S’il commence à tirer, je vais me jeter au sol et tu pourras débarquer. S’il t’atteint, je serai sauf. Comme ça, tu n’auras pas à t’en faire pour ton invité ! » Il ne sembla pas apprécier ma plaisanterie et il stoppa à bonne distance de l’homme et de la voiture sport. À cette distance sûre, Raymond mena sa surveillance. Et bientôt, son sujet quitta le secteur. Il se demanda quoi faire. Je lui dis que s’il se rendait au poste de police, je rapporterais l’incident. Il ne savait pas où se situait le poste, mais, au bout du compte, nous le trouvâmes au centre-ville, y entrâmes et rapportâmes ce que nous avions vu. La réceptionniste nous assura que la police allait vérifier, et je donnai nos noms et signalai que je n’étais pas du coin. Je n’ai aucune idée de ce qui est arrivé par la suite.

Je pense encore qu’il aurait été bien plus simple d’aller voir cet homme et de lui demander ce qu’il voulait à la voiture. Ç’aurait été moins compliqué.

Il est intéressant de constater qu’il y a des gens qui se pensent sans préjugés, mais qui croient vraiment que les autres races soient dangereuses. Ils affichent une peur malsaine envers les gens qu’ils ne comprennent pas.

Le lendemain matin, Raymond était dans le bureau de Rod quand j’y entrai et, depuis ce jour, je ne l’ai pas revu. Je continuai à entendre parler de son implication dans les affaires de Pasadena, dans la même foulée que par le passé. Il est encore une sorte d’énigme, tentant de nager dans des eaux dont les contre-courants sont forts. Et ceux qui ont cru qu’il était courageux physiquement et fort doctrinalement ont été désappointés aux deux chefs.




D.215 – L’INEXTRICABLE TOILE D’HERBERT W. ARMSTRONG – Partie 17

 

Regard interne sur l’Église Universelle de Dieu

Par DAVID ROBINSON

Chapitre 16

RODERICK MEREDITH ― PAS FIABLE

 

Rod Meredith et Raymond McNair me parlèrent pour la dernière fois le 29 mai de la fatidique année 1979. Rod avait insisté pour que j’aille au collège à Pasadena un an ou peut-être deux. Lui et Raymond m’avaient promis, en janvier, d’être mes amis et que l’on ne me traiterait pas mal à Pasadena. Toutefois, lorsque l’année scolaire eut pris fin, ou juste après cela, il n’était plus en fonction. C’est exactement ce dont je l’avais averti.

Rod avait parti l’histoire que j’étais relevé de mon pastorat à Tulsa pour question de santé. Il avait son homme en place à Tulsa pour répandre cette rumeur alors que nous savions tous que c’était faux. Je fus relevé parce que je ne supportais pas la corruption au sein de l’église et les mensonges d’Herbert Armstrong. Et je ne soutenais certainement pas les manifestations qu’organisait l’église sous la direction de Stan Rader. Je n’aurais pu supporter tant d’hypocrisie. Mais Rod croyait que ce genre de conduite allait bientôt prendre fin et que les choses allaient s’améliorer. Je l’espérais grandement et j’éprouvais encore bien des sentiments pour l’église que j’avais soutenue si longtemps. Je ne voulais pas la quitter ou en être chassé. J’y avais beaucoup d’amis et de relations. Je ne savais pas encore toute la profondeur de l’apostasie d’Herbert Armstrong. Il me restait à la trouver. Par conséquent, je suggérai à Rod de m’envoyer à une église relativement petite, au Texas, et je pensai qu’il était d’accord. Il me dit qu’il en parlerait à Herbert Armstrong et qu’il m’en donnerait des nouvelles bientôt.

Je lui montrai la liste des huit pasteurs que l’église de Tulsa avait eus en presque vingt ans de son histoire. Des huit, tous sauf deux furent enlevés de leur ministère. Des deux, un était presque parti et avait quitté depuis. Et Rod y a toujours là son « outil » local prêt à saccager les gens de l’église. Comment peut-il expliquer ce genre de conduite ? En tout cas, à cet instant-là, il fut touché. Il promit de faire quelque chose, peut-être ce que je lui avais demandé.

Plus tard, au moment où il aurait dû appeler (mais il ne le fit pas), je lui téléphonai pour m’apercevoir qu’il n’avait rien fait de ce qu’il m’avait promis. Quelques jours plus tard, je découvris qu’il avait planifié de me placer à Denver en tant qu’associé. Je refusai carrément. Le temps passa et je décidai d’aller à Tucson pour parler à Herbert Armstrong. Je ne regretterai jamais de l’avoir fait, car le véritable état des choses s’y trouvait dans toute son évidence. Je pus dès lors partir la conscience entièrement nette.

Ceux qui maniaient le couperet ont depuis été licenciés. En tout cas, la plupart. Les autres ne perdent rien pour attendre. Leur temps viendra. C’est dans la nature de ce jeu-là.

Lorsque j’entendis parler de l’excommunication de Rod, peu après la Fête de 1979, je n’en fus nullement surpris. Herbert Armstrong prétendit qu’il s’agissait de « vacances ». Rod devait aller à Hawaï pendant six mois, car il avait travaillé trop fort pendant tellement longtemps qu’il avait besoin de recharger ses batteries, physiquement et spirituellement. Mais il ne devait pas contacter ou communiquer d’aucune façon avec quelque membre de l’église que ce soit ou assister aux assemblées pendant six mois. Il avait été excommunié, c’est-à-dire qu’il lui était interdit de communiquer. Il ne pouvait fraterniser non plus. C’est la même chose. Il avait été excommunié, mais pas encore marqué ! On avait érigé un écran de fumée pour cacher quelque chose ― écran érigé par Herbert Armstrong lui-même. Il devait maintenant mentir plus fréquemment pour couvrir ses opérations clandestines. Ça devenait à chaque fois plus facile. La première chose que l’on sût ensuite, c’est que Dennis Luker, fait évangéliste en janvier, fut envoyé paître une petite église en quelque part. Burk McNair, lui aussi fait évangéliste en janvier, connut le même sort. Les héros de janvier étaient devenus les vilains de l’automne ! Ils avaient licencié les autres ; maintenant, c’était leur tour. Une si courte période de gloire ! On récolte ce que l’on sème ! Ceux qui les utilisent comme des pantins doivent pouffer de rire quand ils examinent avec quelle facilité ces gens-là ont été manipulés.

Je clos ce chapitre sur Rod par la dernière lettre que je lui ai écrite, datée du 19 septembre 1979 :

Le 19 septembre 1979

« Roderick C. Meredith

Collège Ambassadeur

300 O., Green Street

Pasadena, Californie  91123

« Cher Rod,

« Plusieurs semaines se sont passées depuis votre dernière lettre. Je crois que ça a été une de vos dernières actions officielles en tant que Directeur de l’Administration Pastorale avant d’avoir été “shanghaïé” une autre fois ! Je pense que vous et Wayne Cole êtes les deux seuls qui, à ce poste, avez été “shanghaïés” deux fois.

« Rod, pour que tous le constatent, je voulais revoir ce qui est arrivé ces derniers mois, particulièrement les événements vus selon ma perspective stratégique. Il y a eu beaucoup de tourments parmi les ministres de l’église, partout au pays et, j’en suis sûr, partout dans le monde, alors que ça bouillait. Évidemment, ils sont encore tourmentés et le seront tant que le péché ne sera pas lavé au sommet.

« Durant les dix ans que j’ai été à l’emploi de l’Église Universelle, la plupart des ministres et des employés que j’ai connus ont parlé en mal de vous. Je me rappelle avec netteté la jubilation absolue et sans borne exprimée en toute liberté par bon nombre d’hommes respectés dans l’église lorsque vous avez été “shanghaïé” pour la première fois. Je pourrais commencer à donner des noms, ce qui vous choquerait, j’en suis certain. Je fus un des seuls à prendre pour vous dans la mesure du possible. Votre poste en tant que surintendant des ministres, comme on appelait ça alors, je crois, était considéré comme un cauchemar. Pendant que vous officiiez durant les années de croissance, la majorité des gens que je connais ne vous en donnaient que peu de crédit. Presque tout le monde de ma connaissance, que ce soit de vos anciens amis, ou encore des adversaires actuels, se souvient des choses indélicates et terribles que vous avez faites. Sans exception, du moins chez ceux que je connais, tous vous supposent une soif sans borne de pouvoir et vous mettent sur la liste de ceux qui sont prêts à payer n’importe quel prix pour gagner ce pouvoir. Pendant bon nombre des dernières années, j’ai cru que vous possédiez des principes que vous ne vouliez pas violer. Beaucoup d’hommes d’expérience dans l’église m’ont convaincu de mon erreur. Les événements ont démontré que j’avais tort et qu’ils avaient raison.

« On a beaucoup cité M. Armstrong ayant dit de vous que vous étiez “si juste que vous en deveniez injuste”. On vous a également cité pour avoir dit de vous-même que vous vouliez faire le travail d’un “Phinées” dans l’église. Vous vouliez être celui qui transperce d’une lance le ventre du chef des fornicateurs de l’église et de sa petite amie. Vous aviez envie d’être le bras vengeur de l’église et le faire avec grand zèle.

« Eh bien, Rod, il semble que votre tâche ― assignée par vous-même ― soit loin d’être complétée. Vous ne devriez pas laisser les obstacles vous ralentir. Il reste trop à faire.

« L’ange de la mort ne doit pas se reposer. Ce n’est pas le temps de prendre des vacances. Vous devez rapidement saisir l’épée et foncer. Il reste si peu de temps.

« Pendant l’infinie agonie des événements de la dernière année, quand régnait tant de confusion, Rod, je m’agitais et je me retournais dans mon lit, une nuit après l’autre, comme beaucoup qui, face à Dieu, portent la responsabilité de nombreuses gens, et je croyais que la seule solution que je voyais à l’horizon de notre institution, c’était l’exercice de votre grand pouvoir. J’ai dit à bien des gens que c’était la seule solution que je pouvais voir à l’époque. Il y avait bien des raisons d’y croire lors de ces terribles mois. Une de ces raisons, et pas la moindre, c’était le grand espoir que le message à livrer à l’Israël de notre époque serait prêché avec puissance, si vous aviez votre mot à dire, parce que je pensais que vous croyiez réellement à ce message, et j’espérais que vous y croiriez davantage que vous aviez soif de pouvoir personnel. Je pensais aussi que vous vous soucieriez profondément de la Mission d’Élie de ramener le cœur des pères vers leurs enfants et le cœur des enfants vers leurs pères. M. Armstrong et Stan Rader ne le faisaient absolument pas et ne semblaient pas enclins à l’accomplir.

« Je pensais que ces choses étaient une priorité dans votre esprit. Peu m’importait que les autres me disent que la priorité de votre esprit, c’était de retrouver le pouvoir personnel pour l’appliquer à vos propres fins.

« Voilà où j’en étais quand, en novembre de 1978, je pris le temps de me rendre à votre bureau, quoique seulement brièvement. Vous m’aviez déjà dit au téléphone que vous n’étiez pas pour ce non-sens qu’est la doctrine pétrine. Je sais que l’instructeur de longue date des épîtres de Paul, l’honnête étudiant de la Bible que vous êtes, instruit de la vérité pendant tant d’années, ne pouvait qu’être offensé par la mouvance de la doctrine pétrine en provenance de Tucson.

« Je vous ai dit que vous auriez dû faire les efforts nécessaires pour mieux connaître Stan Rader, car la vie est ainsi faite qu’il sera présent tant que vivra M. Armstrong.

« Puis, quand les événements prirent une tournure inattendue, et très dangereuse, vous avez plongé d’un air décidé et à un moment très critique. Lorsque je vous ai parlé ensuite au téléphone, vous avez semblé déconcerté que je ne jubile pas. Mais je savais, en autant que faire se peut, que vous aviez fait le saut au détriment de l’église. On vous utilisait, et de manière fort temporaire. Comme vous le savez, je vous en ai toujours averti.

« Pendant la crise de 1979, il n’était pas question “des conservateurs vs les libéraux”. Durant plusieurs mois, cette question n’était que de la poudre aux yeux. Les gens bien informés en étaient fort au courant. Bien des gens pensaient que vous en saviez plus aussi, et vous auriez dû, sauf que votre soif de pouvoir vous aveuglait. Qu’il aurait donc été préférable de laisser les événements suivre leur cours normal pour être ensuite en position de faire vraiment du bien. Maintenant, le frère est tourné contre le frère et le ministre contre le ministre, et pour quel résultat ? Vous êtes en train de devenir un homme sans honneur et sans respect, alors qu’il aurait pu en être tout autrement. Et parce que vous avez été sans miséricorde, la promesse du véritable Chef de l’Église, c’est que vous n’en bénéficierez pas vous-même. Ceux qui vivent par l’épée meurent par l’épée. Qu’allez-vous faire, maintenant ?

« Au début de juillet de cette année, j’ai lu un long mémo écrit par Robert Kuhn vous étant adressé, datant d’une couple d’années. Robert vous prenait sérieusement à partie à cause de votre lourde conspiration contre le “Gouvernement de Dieu”. Car, si nous avons eu le témoignage du “gouvernement de Dieu” lors des premiers mois de cette année, alors que vous étiez au “pouvoir”, Rod, qu’est-ce qui nous dit qu’auparavant, ce n’était pas le gouvernement de Dieu ? Qui peut dire quand il commence et quand il se termine ?

« Votre grossière conspiration était connue dans tout le ministère de l’église, principalement parce que vous n’y alliez pas avec le dos de la cuillère dans votre entreprise. Évidemment, ça se faisait au nom du conservatisme. Et il y avait sûrement des raisons aux changements devenus plus évidents qu’avant. Mais ce qui est également apparu, c’est l’ampleur de l’offense de ceux au nom de qui vous prétendiez opérer.

« Maintenant, Rod, vous devez vivre avec vous-même ― avec plus de connaissance que vous n’en avez jamais eue. Dans votre office de Phinées, en matière de jugement, vous avez ordre de ne pas faire acception de personne. L’Ange de la Mort pourrait ne pas retenir sa main avant que la mission ne soit complétée ! »

Sincèrement,

(Signature)

David Robinson

(Le lecteur comprendra que le terme Ange de la Mort est employé de manière ironique. L’on voudra bien lire ce qui se rapporte à Phinées dans Nombre 25.)

[Fin de la lettre]




D.214 – L’INEXTRICABLE TOILE D’HERBERT W. ARMSTRONG – Partie 16

 

Regard interne sur l’Église Universelle de Dieu

Par DAVID ROBINSON

 

Chapitre 15

POIGNARDÉ DANS LE DOS

 

Environ une semaine après être revenu de la conférence de Tucson, en janvier 1979, je reçus l’appel d’un ami, tard dans la soirée. En substance, un membre de l’église de la Louisiane, déclarant avoir pris contact avec le bureau de Stan Rader à Pasadena, avait appelé ici, à Tulsa, une famille qu’il avait connue auparavant en Louisiane pour essayer de découvrir tout ce qu’il pouvait à mon sujet. Je connaissais un peu cet homme, mais je n’avais pas idée qu’il puisse ainsi être utilisé par le bureau de Rader. J’avais perçu chez lui un homme sans éducation, sans envergure, ni réputation dans l’église, mais ambitieux. J’allais découvrir rapidement que c’est le genre de personne qu’employaient ceux qui contrôlaient de facto à Pasadena.

Il y a deux heures de décalage entre Pasadena et ici, à Tulsa ; donc, j’appelai immédiatement Rod Meredith chez lui. Je lui parlai de l’appel en lui mentionnant le nom de l’homme de la Louisiane. Il m’avoua ne rien savoir à cet égard. Je pensais alors, et je le pense toujours, qu’il ne savait pas grand-chose des activités du groupe de Rader. Mais je lui dis que je me rendrais là-bas pour lui parler. Il accepta tout de suite. Il m’apparut amical au téléphone. En fait, je ne voyais aucune raison pour qu’il ne le soit pas. Nous avions toujours été sincères l’un envers l’autre et je ne voyais pas la nécessité de changer cette approche.

Donc, à la toute fin de janvier, je m’envolai pour Pasadena. Lorsque j’arrivai au Hall d’Administration, la secrétaire de Rod me dit qu’il ne pourrait me voir que le jour suivant ― à 10h00. Dans l’intervalle, je visitai plusieurs de mes amis sur le campus, dans l’après-midi et dans la soirée, soupant chez des amis de très longue date. Le lendemain matin, je me rendis aux services ministériels où Ted Herlofson me montra un certain nombre de graphiques très intéressants qu’il avait compilés. En plus d’être un bon historien, Ted était aussi un statisticien passionné. Ses graphiques indiquaient un désastre imminent pour l’église.

La secrétaire de Rod m’appela pour me dire que celui-ci était prêt à me recevoir. J’arrivais à l’ascenseur quand les portes s’ouvrirent sur Sherwin McMichael qui en sortit. Il sembla plutôt surpris ― même troublé. Il me demanda si je pouvais m’avancer juste un peu, histoire d’avoir un entretien en privé. Je regardai autour et ne vis personne dans les alentours. Il se déplaça pour que j’avance un peu plus vers un ameublement servant à faire la conversation, dans le coin nord-ouest du lobby.

« Bon, qu’y a-t-il ? » lui demandai-je.

Il voulait m’expliquer que la rumeur était partie dans sa famille que mon fils John et moi-même avions été excommuniés. Il me dit que tout cela était une terrible erreur. Je lui répondis que, si j’avais été excommunié, je pense que je le saurais. Il me dit être désolé et que cela n’aurait pas dû arriver, mais il était sûr que je comprenais ce que sont les rumeurs.

Je ne fus jamais aussi en colère de toute ma vie. Je le fixai droit dans les yeux et lui lançai : « Sherwin, les rumeurs courent partout sur tout le monde. Je suis sûr qu’il y en a plein à ton sujet. Et je suis certain qu’il y en aura encore ». Sur ce, je le quittai et je ne lui ai pas reparlé depuis. (Le lendemain du Jour du Souvenir, je me rendis à son bureau pour lui parler, mais il n’était pas là. C’est probablement mieux ainsi.) Je n’avais pas entendu parler de ces rumeurs avant qu’il me les annonce à ce moment-là. Mais depuis lors, j’en ai entendu d’autres. Et j’en connaissais les raisons. Elles n’étaient pas honorables.

Quand Rod ouvrit la porte de son bureau, je remarquai que Raymond McNair était là aussi. J’en étais content. John avait eu un long entretien avec eux deux dans la semaine précédente et il avait trouvé que Raymond était plus compatissant et plus raisonnable que Rod. Dennis Pyle me rendit plus tard le même témoignage. Je devais constater la même chose en deux occasions. Raymond fait très bonne impression, seul à seul ― beaucoup, beaucoup plus que lorsqu’il est en groupe.

Je débutai la conversation en mentionnant que j’étais venu trois fois dans ce bureau, lors des trois derniers mois, et que j’avais parlé à trois hommes différents ayant occupé le poste. « Rod, » demandai-je, « combien de temps croyez-vous vous asseoir ici ? » Raymond McNair répondit en disant : « Nous croyons que c’est Dieu qui nous a installés ici et que seul Dieu peut nous y enlever. »

« C’est à peu près la philosophie que vous devez avoir, » répliquai-je. Je leur dis ensuite que, même si j’avais été mécontent des événements ayant eu lieu pendant l’office de Rod, j’étais véritablement heureux qu’il y soit et je lui souhaitais le meilleur. C’est vraiment le sentiment que j’avais, à l’époque. J’en savais un bout sur ce qui s’était passé et je désapprouvais absolument la conduite des deux hommes lors du fameux, ou de l’infâme, vendredi. En me basant sur de nombreux rapports, Raymond me faisait penser au John Brown de Harper’s Ferry, tel que décrit dans les bouquins scolaires du Sud d’il y a un demi siècle. Mais Rod avait été trop avide de pouvoir. Néanmoins, Dieu l’utilisait peut-être maintenant dans un travail spécial, et Rod pouvait en ressortir comme le leader ecclésiastique que nous attendions tous. Je ne pensais pas que ce fut vraiment possible. Je réagis donc en me fondant là-dessus. Je leur dis que je les aiderais de toutes les façons possibles. Je leur demandai s’ils savaient contre quoi ils se dressaient. Leur réponse circonspecte indiquait, soit la prudence, soit le manque d’information. À mesure que la journée s’écoula, je pus voir qu’il y avait un peu des deux. Je leur fis savoir que j’avais passé plusieurs heures à converser avec Stan Rader, une couple de mois auparavant et que je voulais qu’ils sachent à quoi ils avaient affaires. Stan ne serait pas leur ami.

Rod et Raymond sortirent tous deux des tablettes de papier jaune format légal et commencèrent à prendre des notes. Je leur demandai ce qu’ils voulaient en faire et ils me répondirent qu’ils reverraient plus tard la réunion afin de mieux savoir comment procéder pour protéger leur poste. Je n’étais pas complètement rassuré, mais je décidai que cela ne faisait pas grande différence. Après tout, Dieu enregistrait tout, de toute façon. Je savais que j’allais assez bien me rappeler de ce qui s’était dit ce jour-là ― du moins, en substance. Raymond s’assit en face de l’énorme bureau de Rod et à ma gauche.

Il ne me regarda pas souvent ; la plupart du temps, il regardait Rod ou le sol. Je dois rapporter que, durant les 6 ½ heures de conversation, Raymond, quoi qu’il démontrait plus d’empathie que Rod, donna l’impression d’être lent à comprendre et à percevoir. Rod était passablement plus rapide à comprendre, mais tout de même beaucoup plus lent que, disons, Stan Rader. On doit épeler les mots pour Rod, mais pas pour Stan. Après avoir décortiqué les choses pour Rod, je dus ensuite les expliquer davantage pour le bénéfice de Raymond. Ce fut ainsi pendant toute la conversation. Je faisais vraiment face à deux niveaux différents de compréhension. Dans l’avion, j’avais pris quelques notes de la conversation que j’avais eue avec Stan Rader dans le but de décrire à Rod ce qu’il devait savoir. Il me dit que je n’avais pas à m’en faire au sujet d’une prise de pouvoir de l’église de la part de Stan Rader, car lui-même, Raymond, Leon Walker et quelques autres qu’il me nomma étaient maintenant sur le Comité de Directeurs. Stan ne pouvait d’aucune façon prendre le pouvoir de l’église. Mon regard sceptique transmit mon désarroi. Les événements subséquents démontrèrent la médiocrité de Rod et son inexpérience.

La vérité toute simple, c’est que ni Rod, ni Raymond ne comprenaient les forces contre lesquelles ils luttaient, et ils ne comprenaient pas suffisamment la loi corporative pour prendre des décisions intelligentes. Ils n’avaient pas non plus de budget ou la faculté d’engager un bon avocat corporatif, et ils n’avaient donc pas de base de pouvoir dans l’église pour assurer leur continuité à leur poste.

La route qu’ils empruntèrent dès le début les condamnait à un échec assuré. Si, dès le commencement, ils avaient prêché avec puissance la loyauté envers Dieu, envers la Bible, envers l’église et envers la vérité, ils auraient obtenu le support nécessaire. S’ils avaient enseigné la compassion et la miséricorde, et s’ils avaient pratiqué ces vertus, les résultats auraient été fort différents. Si Rod avait refusé de réagir aux messages de Rader commandant l’excommunication de confrères ministres lors du sabbat suivant l’échauffourée de Pasadena, il aurait acquis de la force. Une fois qu’il eût accepté la note des mains de Stan et permit à ce dernier de s’emparer du podium lors du premier sabbat, il se compromit de même que le ministère.

Stan savait ce qu’il faisait. Rod, lui, était dans le brouillard. Et voilà maintenant qu’il disait avoir été plus fin que Stan. Quelle naïveté !

Je suis assuré que Rod n’a jamais assisté de toute sa vie à la réunion d’un comité vraiment solide. Comment aurait-il pu ? Herbert Armstrong, dans ses conversations avec Wayne Cole enregistrées sur ruban, appelait fièrement le comité des directeurs de l’église son « comité d’idiots ».

De la manière que se passèrent les choses, Rod établit un nouveau record de temps occupé au poste de directeur de l’Administration pastorale. Il avait ridiculisé Wayne Cole, son prédécesseur, citant le peu de mois qu’il avait occupé le poste, mais Rod mordit la poussière en moins de temps encore ! En vérité, Rod s’arrangea très bien pour pouvoir durer les huit ou neuf mois qu’il fut en poste, car son utilité avait déjà pris fin avant la Pâque.

Il semble, d’après ce que Rod et Raymond dirent à l’époque, que Dieu ne les ait pas mis en poste ; cela revenait à une couple d’hommes. Et ce sont ces mêmes hommes qui les déplacèrent. Ils ne jouaient pas le jeu avec assez de talent. C’est de ça que je les avais avertis.

Je confiai à Rod que Herbert Armstrong avait dit de lui : « Rod Meredith est si juste qu’il en devient injuste ». C’est Stan qui me l’a dit. Et, d’après plusieurs rapports, il traitait Raymond McNair de « bouffon ». Et voilà qu’il les avait utilisés pour une courte période de temps seulement, à sa convenance. Rod croyait que c’était Dieu qui l’utilisait. Je demandai à Rod, comme à Raymond, si le Message d’avertissement avait touché tout notre pays, ou s’il restait encore beaucoup à faire. Je l’appelle le « Message d’Ézéchiel » parce qu’une grande partie se trouve dans le livre de ce prophète. Ceux qui pleurent et qui soupirent à cause de toutes les abominations qui se commettent dans notre pays sont loués, alors que ceux qui emploient le nom de la religion pour se faire leur propre chemin et qui corrompent le pays y sont déclarés dignes de mort. Je pense que le terme est bien choisi en cette circonstance. Tous deux pensaient qu’il reste beaucoup à faire pour remplir notre mission envers le pays et les autres nations que l’église appelle l’Israël moderne. Si ces pays sont réellement les descendants modernes de l’ancien Israël, alors il y a encore énormément à faire pour une église active et nette ― c’est-à-dire, si l’enseignement de l’église est exact.[1]

Nous étions d’accord sur le sujet. Le seul point de désaccord que j’ai pu détecter était à savoir envers qui nous nous disions loyaux. À cette époque, je croyais qu’en fin de compte, HWA voudrait faire les choses correctement et continuer l’œuvre consistant à avertir le monde occidental et ensuite les autres nations. Je ne connaissais tout simplement pas l’étendue de son enchevêtrement avec le monde. Cette connaissance n’allait me venir que plus tard. Des renseignements additionnels me feraient aussi comprendre ce qui s’était passé pendant des années à Pasadena et pourquoi l’église avait été stoppée dans son élan, il y a quelques années. Stan avait frappé au sommet. Rod le savait peut-être à l’époque. Certains disent aujourd’hui qu’il le savait. Je ne sais pas. Il n’a pas donné d’indice qu’il le savait, mais je devais apprendre, plus tard au printemps, qu’il était très habile à cacher de l’information et à la ménager afin qu’elle vienne à servir ses propres intérêts. On vit, on apprend. Cette journée-là, nous discutâmes beaucoup du personnel ministériel, donnant notre opinion en long et en large. Je fus surpris de constater qu’il s’était forgé une haute opinion de certains hommes que je pensais ineptes à servir l’église, et je découvris qu’il avait piètre opinion d’autres personnes que je croyais essentielles. Nous fûmes néanmoins d’accord sur quelques points.

Il n’a pas réagi devant les choses que je savais être formelles concernant plusieurs personnes qui sont encore dans les environs, mais qui se sont compromises au sein du ministère à maintes et maintes reprises. Rod me dit qu’il respectait mes opinions, et je le crois. Elles se fondaient sur beaucoup d’informations.

J’avais pris quelques documents dans ma mallette. Je l’ouvris et commençai à lui tendre des choses à lire dont certaines portions étaient soulignées. Il me dit que John était arrivé la semaine précédente avec une mallette pleine de documents à lui montrer. Rod avait ridiculisé cette approche, ayant le sentiment que tout cela n’avait pas d’importance. Tout ce qui lui importait, c’était de supporter « l’apôtre ». Rien d’autre ne comptait. En tout cas, c’est le propos qu’il tenait à ce moment-là. Stan Rader, c’était autre chose. Il y avait un problème en ce qui le regardait. Qu’importe les contradictions qu’ait pu écrire Herbert Armstrong, on ne gagnait rien à en tenir compte.

J’élaborai ensuite en détail sur mon impression de Stan, ses habiletés, ses faiblesses, ses opinions et ses plans selon ce que je pouvais en discerner. Je pensais qu’il n’y avait pas moyen de séparer les destins de Stan Rader et d’Herbert Armstrong à ce moment-là. Seuls la mort ou l’État de la Californie pouvaient le faire. Il sembla que les choses s’étaient agencées de manière à les joindre comme des frères siamois. Il y avait des raisons, bien rapportées au moulin à rumeurs, qui expliquaient cet état de fait. Les enregistrements de Lochner en étaient une.

Puis, je parlai à Rod et à Raymond de la conduite d’HWA aux Pocono, en 1976, quand HWA m’avait confié ses habitudes de masturbation et montré sa tenue de livre sur son auto-érotisme. Rod me demanda si ça m’en avait bouché un coin. J’admis que cela m’avait passablement secoué, en particulier à cause des enseignements d’HWA à ce propos. Je pensais également qu’il était tout à fait inhabituel qu’un homme enregistre régulièrement une telle conduite.

Rod m’avoua que cela ne le bouleversa pas du tout, lui. Pourtant, Rod avait enseigné ce sujet plus que n’importe quel autre ministre dans toute l’église. En outre, il enseigna pendant des années au collège les cours traitant des Épîtres de Paul. Ces cours comprenaient les enseignements sur le premier chapitre de l’épître aux Romains qui, selon l’église, interdit cette pratique. Je demandai à Rod si c’était bien le cas. Eh bien, oui, acquiesça-t-il, c’était bien le cas. Raymond parla ensuite de la solitude de M. Armstrong et tout ce qu’il souffrait depuis la mort de son épouse. Lui, Raymond, déclara alors avoir souffert quand sa propre épouse le quitta et partit avec la plus grande part de son argent. Elle lui avait tellement coûté, dit-il, qu’il pouvait comprendre que la solitude affectât HWA.

Je leur rappelai à tous deux que HWA pratiquait la masturbation alors que Mme Armstrong était toujours vivante. Que dites-vous de ça ? Rod dit qu’il savait que Loma Armstrong passait pour être froide de nature. Et qu’il ne dirait rien de la conduite d’HWA. Je lui répliquai que Tony Hammer avait menacé un jeune homme d’excommunication, au sud du Texas, il y a quelques années, à cause de l’enseignement de l’église sur la masturbation, et voilà que l’homme qui occupait le sommet la pratiquait depuis toujours. Dieu faisait-Il acception de personne ? Il répondit que, si Tony l’avait appelé, à l’époque, il lui aurait dit de ne pas se montrer si dur envers le jeune homme. (Ceux qui se rappelleront les enseignements de Rod à ce moment-là, trouveront cela difficile à avaler.)

Ensuite, je leur parlai de la nudité de M. Armstrong le lendemain matin et ils exprimèrent tous deux leur incrédulité. Je pus le voir dans leurs yeux. Je leur dis : « Soit que je le raconte tel que c’est arrivé, ou soit que cette histoire est totalement fausse. Maintenant, regardez-moi droit dans les yeux et voyez si je vous dis la vérité. » Rod dit me croire. Il me connaissait plus que Raymond. Mais Raymond résista et parla de la modestie de M. Armstrong et du fait qu’il était prudent. Je lui répétai que soit que c’était vrai, soit que c’était faux. Il me regarda, puis dit me croire. Rod parla ensuite de certains grands hommes qui aimaient se promener nus ― comme Winston Churchill. Il pouvait imaginer que M. Armstrong, aussi un grand homme, était sans doute comme ça aussi. En fait, il s’enthousiasma à l’idée et sembla l’apprécier.

C’était l’heure du dîner et Rod voulut aller là où l’on trouverait de l’intimité. Nous trouvâmes un endroit à l’est du campus. J’ai oublié le nom de la place, mais c’était bruyant. Rod voulut que nous nous référions à l’homme dont nous parlions en le nommant par un chiffre pendant le dîner. Puis, il décida qu’il y avait tellement de bruit que personne ne nous entendrait de toute façon. Je lui dis que, pour ma part, cela ne faisait pas de différence. Nous pouvions utiliser son nom ou un chiffre. Ce fut un dîner fort aimable et il appert qu’en général nous étions d’accord. Ensuite, nous retournâmes au bureau où Rod s’assit à nouveau derrière son énorme pupitre. Nous couvrîmes un certain nombre de choses et, aux alentours du milieu de l’après-midi, je ramenai la discussion sur ce pourquoi j’étais là. Rod changea complètement de comportement. Il prit une attitude autoritaire et se laissa aller en arrière dans son gros fauteuil. Il m’informa que je devais venir au collège à Pasadena immédiatement. Je le questionnai sur le pastorat à Tulsa. Il me dit que j’en étais relevé. Je lui demandai depuis quand. Il me répondit depuis tout de suite. Pourquoi ? lui rétorquai-je. À cause de ceci et de cela, me dit-il. Il me parla vraiment par détours. Finalement, il m’avoua que c’était HWA qui l’avait ordonné. J’avais deux options : soit de venir au collège Ambassadeur immédiatement, ou je serais complètement expulsé du ministère. Je m’assis un moment en regardant par la fenêtre. Le bureau de Rod, qui le fut peu de temps, est situé au coin nord-ouest du Hall d’Administration. Je jetai un coup d’œil par delà le Boulevard Colorado et la Banque Wells Fargo, sur les collines au loin. La journée était claire. Rod se mit à rire en disant : « Dave, vous êtes perdu dans vos rêveries. » « Rod, » répliquai-je, « je suis perdu dans bien plus que ça. » Raymond parla de déménager tout de suite. Il me dit que je pouvais mettre mes meubles en entreposage et prendre un appartement meublé ici même. Il mentionna quelques autres personnes ayant fait la même chose.

Rod commença à me dire qu’on me ferait honneur lorsque j’arriverais. Je ne serais pas déshonoré. Ils prendraient personnellement soin de moi et je pouvais compter sur leur amitié.

Je leur dis que j’avais près de 57 ans et que déménager maintenant était hors de question. De même, je ne pouvais prendre sur moi de demander pareille chose à mon épouse. Rod voulut savoir si je voulais rester un soir de plus avant de prendre une décision. Demain matin, les choses deviendraient plus claires. Je lui dis qu’il faudrait pas mal plus qu’une autre nuit.

Il commença à m’expliquer qu’une formation collégiale supplémentaire m’aiderait dans l’église. Je pourrais en sortir dans une couple d’années, peut-être, pour obtenir un autre pastorat. Je n’avais pas fait autant de collège que la plupart des hommes dans le domaine. Cela leur permettrait de me respecter plus que jamais. Il mentionna que Ray Wooten en était un autre qui avait besoin de faire davantage de collège. (On avait déjà fait de Ray un coordonnateur régional, mais cela n’avait pas encore été annoncé. J’allais en entendre parler plus tard. Cela illustre la méthode de Rod, car Ray a moins de collège que moi.)

Je demandai à Raymond, qui était alors vice-chancelier du collège, quels cours me seraient offerts. Il se questionna et ne put me répondre. Il ne savait même pas ce qui se passait dans sa propre école. Pourtant, voilà un homme qui rabaissait avec emphase les universités de notre pays et qui avait fortement critiqué le collège l’automne précédent, à Big Sandy, devant six mille personnes. Il se croyait qualifié pour administrer un collège et, pourtant, il ne savait pas ce qui se passait dans son propre petit établissement.

On peut dire que, si j’avais quelque intention d’aller au Collège Ambassadeur, ma confiance n’était pas renforcée par sa performance. Je leur dis que je n’avais vraiment pas de temps à perdre dans la vie. J’avais le sentiment que je ne devais rien gaspiller et je leur posai la question à savoir s’ils croyaient que je n’y perdrais pas mon temps.

Les événements qui suivirent ont prouvé que mes inquiétudes étaient bien fondées. Que vaudrait maintenant l’amitié de Rod Meredith à Pasadena ? De même que celle de Raymond ? Si ce n’était des autres problèmes, j’aurais encore préféré celle de Stan Rader. Au moins, il joue au bridge. Et il peut parler intelligemment. Je ne suis pas sûr qu’il ne soit pas plus fiable. Mais on apprend, à la longue.

Puis, Rod mit de la pression pour obtenir une réponse immédiatement. Mais Raymond vint à mon aide. Dans les moments cruciaux, il montre beaucoup plus de compassion que Rod. Je déclarai que je devais y penser quelques jours. Raymond poussa Rod à accepter. Vint ensuite la question de savoir ce qu’il fallait faire pour le prochain sabbat, à Tulsa. Il me demanda si je voulais donner un dernier sermon. Je répondis que oui. Je lui demandai s’il avait un sermon enregistré à faire jouer. Je le ferais jouer et j’annoncerais ensuite que c’étaient mes derniers moments à Tulsa. Il me donna un enregistrement à faire passer ― un des siens.

Il était maintenant cinq heures et je voulais me rendre au bureau du personnel pour voir quel genre d’arrangements financiers on pouvait me faire au cas où je quitterais l’emploi de l’église. Rod ne le savait pas. Il était perdu, dans ce domaine, de toute façon. Je lui dis que je voulais aller vérifier avant que Ted Gould quitte pour la journée.

Le bureau du personnel était au troisième étage et Raymond me reconduisit à l’ascenseur ; il s’arrêta à la balustrade qui surplombait le lobby. Nous y bavardâmes quelques temps. Il continua à m’encourager à venir au collège. Au moins, il semblait intéressé à mon bien-être. J’allais découvrir plus tard que ça le préoccupait beaucoup plus que Rod ne l’eût jamais fait. Pendant que nous parlions, je vis Sherwin McMichael marcher dans le lobby. Il leva la tête en passant devant nous. Ce fut la dernière fois que je le vis.

Je me rendis parler à Ted Gould. Il se préparait à quitter le bureau, car il était passé cinq heures depuis longtemps. Ted fut aussi coopératif qu’un homme sans pouvoir peut l’être. Il m’expliqua quelle était la politique et ce qui arriverait. La politique du personnel était celle d’une corporation qui, à cause de ses relations religieuses, pouvait faire à peu près ce qu’elle voulait. Et, par conséquent, elle choisit d’être parfaitement égoïste. La corporation ne portait aucun intérêt pour ceux qui l’avaient servie pendant des décennies. Ce fait sautait immédiatement aux yeux, au grand embarras de Ted Gould.

Il était également limpide qu’un seul homme, c’est-à-dire, Stan Rader, était complètement aux commandes de ce domaine. S’il ne l’était pas en théorie, il l’était de fait. On ne se préoccupait pas le moins du monde de ce qui arrivait aux gens qui avaient tellement donné dans le passé. Je trouvai rapidement ce que je voulais savoir.

Je me rendis chez un vieil ami pour souper et, ensuite, je pris la direction de l’Aéroport International de Los Angeles. J’y appelai ma femme Margaret pour lui donner des nouvelles. Elle téléphona alors à ses amies dans l’église et les anciens de Tulsa nous accueillirent à souper le vendredi soir. Voilà comment débuta pour nous le mois de février 1979.

Plus tard, Rod Meredith dit à quelques personnes qu’il était désolé de m’avoir fait ce coup-là, mais il avait dit à des gens qu’il allait le faire et il ne voulait pas leur paraître faible. Voilà pour la réputation de courage de Rod !

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[1] N. du T. : La doctrine de l’anglo-israélisme prônant que les pays anglo-saxons sont les descendants modernes de l’ancien Israël (plus spécifiquement les Dix Tribus Perdues) est effectivement une fausse doctrine créée au 19e siècle en Angleterre par une société secrète et reprise ensuite par Herbert Armstrong.




D.213 – L’INEXTRICABLE TOILE D’HERBERT W. ARMSTRONG – Partie 15

 

Regard interne sur l’Église Universelle de Dieu

Par DAVID ROBINSON

 

Chapitre 14

CONSPIRATION ET CHAOS

 

Après avoir reçu la lettre de Stan en décembre 1978, teintée de critique amère et non fondée au sujet de mon fils John, j’eus le sentiment que mon ministère dans l’église touchait à sa fin. John avait l’impression que Stan lui avait « déclaré la guerre » et j’étais enclin à le croire. Je commençai à penser sérieusement à d’autres façons de m’acquitter de l’ordre scriptural commandant de pourvoir aux besoins de ma famille ― ce qui n’était pas une mince tâche à mon âge et après avoir travaillé dix ans comme employé de l’église ! Je commençai par demander aux hommes de rang supérieur pour qui j’avais travaillé durant ces dix dernières années de m’écrire des lettres de recommandation afin de me préparer pour ce qui m’apparaissait inévitable. (Je dois avouer que ce processus se poursuit chez d’autres personnes de l’église aujourd’hui.) Je me rendais à Big Sandy une fois par mois, à cette époque, car ma mère se trouvait en résidence au Manoir Oak à Gladwater, ayant fêté ses 91 ans. Elle n’allait pas très bien. (Elle est décédée en mars.)

C’est lors d’une de ces visites, le mercredi 3 janvier 1979, que je me rendis pour la première fois au bureau de Ted Armstrong, à Tyler, pour aller chercher une lettre de recommandation de Ron Dart. (Il fut mon supérieur pendant quelques années, jusqu’en 1978.) À l’évidence, les choses atteignaient un point critique dans l’église et, comme bien d’autres ministres, j’avais le sentiment que le temps viendrait où nous ne recevrions plus de chèque de paie de Pasadena. J’avais 56 ans et peu de réserves financières. Je crus prudent d’obtenir des lettres de recommandation et, puisque j’avais travaillé pour Ron Dart à Big Sandy, je désirais avoir une lettre de lui. Quand je passai le pas de la porte, tout le monde m’accueillit très chaleureusement et je me rendis au bureau de Ron pour prendre ma lettre. Là, nous discutâmes de la nouvelle doctrine pétrine (de l’Église Universelle de Dieu) qui remplissait les publications de la WCG à ce moment-là. Bien sûr, personne que je connaissais (sauf HWA) n’y croyait. Ce sujet m’intéressait tout particulièrement, car je pensais que tout l’avenir de l’église reposait sur ce point précis, comme nous le savons maintenant.

Je trouve indignant que l’on dise que ça ne fait pas vraiment de différence, comme le pensent certains ministres. Cela fait une grande différence. Si le contrôle total est entre les mains d’un unique homme qui seul représente Dieu, alors notre salut dépend de cet homme. Pourtant, l’Église du Nouveau Testament croyait qu’il n’y a pas d’autre nom sous les cieux que celui de Jésus-Christ par lequel nous puissions être sauvés (Actes 4:10-12). Je crois qu’ajouter le nom d’un homme à celui de Christ est absolument contraire aux Écritures. Tout comme, à l’époque, je ne connaissais pas non plus de ministre qui disait croire à la doctrine pétrine. Ce n’est pas ce qu’on nous avait enseigné ! Voilà que maintenant, tout était changé. Pourquoi ? Pourquoi changer cet enseignement important, juste à ce moment-là ?

Tout en discutant de cela pendant une pause, Ron Dart me demanda si je voulais visiter les bureaux. Au cours de cette visite, nous arrivâmes au bureau de Ted. Celui-ci avait une pile de documents qu’il me montra. Parmi eux, il y avait un petit dossier publié par l’Église de Dieu (du Septième Jour) codifiant ses doctrines de base. Quand j’en eus lu un petit bout, je m’exclamai : « Si Herman Hoeh (historien de la WCG) avait découvert un tel énoncé de croyances écrit par un groupe dans quelque librairie poussiéreuse reliée au Moyen-Âge, il aurait immédiatement proclamé publiquement qu’il s’agissait de l’Église de Dieu ! »

Évidemment, Herbert Armstrong l’appelle encore « l’Église de Sardes », ce qui est fort intéressant. Apparemment, il croit toujours qu’elle est l’Église de Dieu. Or, il prêche que quiconque veut être sauvé doit passer par lui. Très intéressant.

On en était à l’heure du dîner et Ted voulait savoir si j’aimerais manger avec eux. J’acceptai. Si j’étais chassé de l’église sous les circonstances qui y existaient, j’avais le sentiment que cela n’aurait aucune valeur. Et je n’étais pas le seul à le croire. De nombreux ministres étaient du même avis.

Ma propre expérience de toute première main m’avait convaincu qu’HWA n’était plus l’ombre de lui-même, mais que, encore là, il était fermement déterminé à regagner le pouvoir. J’étais sûr que cette doctrine n’était à ses yeux qu’un outil pour arriver à ses fins. Il se trouvait au centre d’une lutte personnelle où il était prêt à sacrifier n’importe quoi et tout le monde. Les événements subséquents ont abondamment démontré qu’il ne s’agissait pas d’une lutte entre les conservateurs et les libéraux, d’aucune façon. Si tel avait été le cas, l’issue en aurait été bien différente. Déjà, au moment d’écrire ceci, (octobre 1979), presque personne ne pense à cette bataille dans ces termes-là.

Alors que nous dînions, un messager arriva du bureau avec des nouvelles de l’intervention du Procureur général de la Californie aux Bureaux chefs de la WCG à Pasadena. Nous retournâmes rapidement au bureau où les nouvelles affluaient à toute vitesse. Ces nouvelles ― que Dieu puisse intervenir par l’intermédiaire de l’État de la Californie pour s’occuper des problèmes sérieux de l’église ― étaient on ne peut plus excitants et vraiment bienvenus.

Je n’avais jamais entendu parler d’un procès pareil auparavant, mais j’avais perçu des rumeurs de recours collectifs. Ces rumeurs couraient ici et là depuis quelques temps et s’étaient formées parmi un groupe de payeurs de dîmes intentant un recours collectif contre l’organisation pour la forcer à rendre compte des dépenses de millions de dollars donnés en dîmes. Je n’avais rien entendu de concret et ces nouvelles leur donnaient donc forme et substance. On y remettait en question la gérance de nombreux millions de dollars qui avaient été arrachés à des milliers de personnes pendant des années. Un grand nombre de gens proches des bureaux d’affaires savaient depuis des années que, tôt ou tard, un compte-rendu financier était inévitable. Ils savaient aussi que, lorsque cela arriverait, beaucoup de gens seraient concernés.

De nos jours, de temps à autre dans nos principaux journaux, on parle de la corruption réelle et monstrueuse qui existe au Bureau général de comptabilité de Washington. On cite des cas avec noms à l’appui, des dates et des montants. Il semble que rien n’est fait contre ça. Et personne n’est poursuivi après que les articles soient apparus dans les journaux.

Il y a plusieurs membres du Congrès à Washington qui continuent de rédiger des lois pour que le reste d’entre nous y obéissent, alors même qu’ils sont, soit sous accusation, soit déclarés effectivement coupables, comme le congressiste Diggs, du Michigan. Le représentant Flood, de Pennsylvanie, même sous accusation de fraude et de corruption, continue à exercer son pouvoir à la Chambre des Représentants. Le sénateur Talmadge, de Georgie, a récemment été « dénoncé » pour inconduite financière « répréhensible » dans sa fonction. Mais il demeure en poste. Il présente même sa terrible image au Sénat comme une « victoire ». Voilà l’époque où nous vivons !

Mais on espère et on s’attend à mieux d’hommes qui prêchent au nom de Dieu et qui professent croire à la loi de Dieu. Or, une fois que s’installe la corruption, elle s’étend comme un cancer. Le corps ne peut expulser de lui-même cette infection. Elle grandit. Des ministres étaient pleins d’espoir à ce moment crucial. Peut-être Dieu répondait-Il aux prières de Son peuple et le libérait-Il des entraves de la corruption ?

Ted Armstrong fut contacté par des gens qui ne l’avaient pas fait depuis son expulsion. Il y en avait beaucoup pour penser que son père l’appellerait en cette heure de crise, qu’il y aurait un grand ménage chez les changeurs financiers et que la religion vraie prendrait le dessus. Ils croyaient qu’HWA accueillerait peut-être favorablement cette action, car elle le soulagerait d’une tâche qu’il semblait incapable d’exécuter. J’encourageai Ted à rejoindre son père, si c’était possible, espérant que la terrible division au sein de l’église serait comblée grâce à une toute nouvelle vision du devoir et de la mission de l’église ― ou plutôt une « reconsécration » de l’ancienne. Pendant une couple de jours, je continuai à croire que cet événement était tout juste possible, même si HWA avait signé des documents promettant de ne jamais rien faire de pareil.

Je quittai Tyler et revint à Big Sandy où je demeurais. L’excitation était intense, et l’espoir de réconciliation et de mission grandit. Nous étions en constante communication avec des hommes sur les lieux de la scène, personnes que nous savions être des hommes d’honneur et d’intégrité, et dont nous étions convaincus de la précision des rapports.

Je revins à Tulsa le mardi soir. Certains des ministres des régions du nord et de l’est du Texas s’envolèrent pour être sur le lieu des événements. Ils étaient donc sur place quand survinrent les incidents du vendredi, le Vendredi Noir, qui furent amplement rapportés. Une conspiration réussit à renverser l’autorité légitime et à s’emparer du pouvoir de l’église. Elle fut ourdie, planifiée comme un coup d’état contre une petite monarchie médiévale. Quiconque avait pris possession du roi gagnait. Les dirigeants du coup d’état s’emparèrent des points de contrôle et résistèrent jusqu’à leur victoire. Il y eu violence physique.

La tournure vraiment ironique de toute l’affaire fut l’utilisation planifiée des « conservateurs ». Il est fort probable qu’aucun autre homme dans toute l’église que Rod Meredith n’ait pu sauver la faction financière ― l’élément hors du ministère. La plupart des gens connaissaient déjà sa brûlante ambition de reprendre le contrôle du ministère. Pendant les douze ans qu’il fut au pouvoir, il se qualifiait lui-même de « numéro trois ». Il se plaçait officiellement juste derrière Garner Ted, par nécessité, car il n’y avait à ce moment-là pas moyen de se proclamer numéro deux. Mais il faisait savoir qu’il aurait dû être le numéro deux. Je ne connais personne dans l’histoire de l’Église Universelle de Dieu qui ait été plus conscient de la structure hiérarchique que Rod Meredith, sauf Dennis Luker. Le rang leur semblait à tous les deux une véritable obsession. Donc, quand le coup d’état fut planifié dans le but de prendre le pouvoir à Pasadena, ce jeudi 4 janvier, le seul moyen de le réaliser était d’employer temporairement l’ambition de Rod Meredith et, en même temps, d’introduire les conservateurs sans pouvoir depuis des années.

La véritable colonne vertébrale et la force fondamentale de l’église a toujours été son élément conservateur qui savait ce à quoi il croyait et pourquoi il le croyait. Mais cet élément avait été mis de côté, d’abord par l’échec de la prophétie d’HWA, en 1972, puis par la disparition graduelle subséquente d’HWA vers des contrées lointaines en pays étrangers. Les rapports des voyages distants des Armstrong étaient toujours dérangeants. Les histoires les plus extravagantes nous parvenaient souvent des membres de sa propre équipe de voyage. D’après ces récits, il se passait bien plus de choses que le simple « prêche de l’Invitation ».

À l’époque du décès de son épouse Loma, HWA était en compagnie d’un bon nombre de gens non convertis. Au fil des ans, particulièrement après l’acquisition du Gulfstream II, cette tendance à s’acoquiner avec les gens non convertis s’accentua à tel point que, selon ses propres déclarations, il passait plus de 300 jours par année de cette façon. Ceux qui aiment les statistiques ont fait la moyenne des jours s’intercalant entre les petits discours outremer d’HWA. Ils furent surpris de la faible quantité de ces discours prononcés outremer. Il y avait bien plus de banquets que de discours, d’après les membres de son groupe.

Pendant ce temps, HWA répéta à plusieurs reprises que son fils Ted était le chef exécutif disposant de tous les pouvoirs, ainsi que son successeur. Il écrivit à l’église, il y a six ans, en 1973, qu’il remettait les pouvoirs à Ted comme David remit les pouvoirs à Salomon avant de mourir. Herbert Armstrong se tenait sur la frange, du moins, aux yeux de ceux qui prenaient au pied de la lettre la littérature provenant de Pasadena. Durant la Fête à Big Sandy, en 1975, il ne reçut que peu d’attention de la part des ministres. On le laissait seul, comme s’il n’avait plus de pouvoir. C’est pendant cette période ― plusieurs années ― que le sexe devint le seul sujet sur lequel on pouvait le faire parler. On ne peut maintenir, ni exercer, beaucoup de pouvoir moral quand c’est tout ce qu’on a en tête.

Satan, très rusé dans ce domaine, utilise le sexe pour s’emparer de nombreux hommes. Même passé les quatre-vingt ans, Herbert Armstrong n’est pas immunisé.

Revenons aux événements de janvier 1979. Tout d’abord, il est connu que Wayne Cole, Herman Hoeh, Dave Antion et Ray Wright s’envolèrent pour Tucson afin d’obtenir l’approbation d’HWA sur une série d’actions qui, si on l’avait exécutée, aurait pu amener la paix et la délivrance de l’église. Ce fut l’opinion de bon nombre de gens informés à l’époque et ça l’est encore. On avait idée que Ray Wright était en position de convaincre HWA de la condition sérieuse du bureau des affaires qu’il avait dirigé pendant un certain temps. Mais cette solution fut renversée par une opération clandestine mise en lumière le vendredi matin.

Les coordonnateurs régionaux étaient en ville, à ce moment-là, se préparant pour la conférence ministérielle programmée la semaine suivante. Si un groupe d’hommes eut dû être consulté ou utilisé durant pareille crise, c’était bien eux. Il s’agissait d’hommes mûrs ordonnés depuis de nombreuses années. Ils avaient de l’expérience dans le ministère. Si Dieu travaille avec ce genre d’hommes, ils auraient dû être consultés. Si Dieu ne le fait pas, alors l’ordination n’a plus de signification. Que ce groupe d’hommes n’ait pas été consulté à ce moment-là eut été proprement impensable. Or, en vérité, ils ne le furent pas ! Ce sont les gens non ordonnés qui prédominèrent ― ceux qui avaient de fortes relations avec le bureau des affaires et le département juridique. L’endroit qui fut « protégé » fut celui-là même que les hommes ordonnés auraient voulu voir ouvert ― le bureau des affaires. Ses registres et ses procédures étaient au cœur du problème.

À l’époque, bien des gens au sein du ministère auraient volontiers laissé aller la propriété en Californie, si besoin était, afin que l’église soit conservée intacte ― afin de faire l’œuvre qu’on nous avait montré à faire. Une propriété physique en Californie n’était pas si importante. En fait, bon nombre considéraient que cette propriété causait des ennuis majeurs.

Ce que je ne sais pas, ce sont les détails de la conversation qui dut se tenir entre Rod Meredith et Tucson. Je n’ai jamais vu de rapports là-dessus. On ne peut que l’imaginer. Mais ceux qui connaissent les partis peuvent très bien en écrire le scénario ― un scénario remplit de fine psychologie. Reste que, le lendemain, Rod, Raymond et compagnie offrirent tout un spectacle. Il demeure également que la période de Rod au pouvoir dura moins de huit mois et, encore une fois, il fut « shanghaïé »[1] ! On n’ a qu’à se fermer les yeux pour avoir la vision de Rod sur l’estrade à la convention ministérielle de Tucson, à la fin de janvier. Il doit encore se demander ce qui s’est passé. Ce qui est triste, c’est qu’il y avait un grand nombre d’hommes, là, à la réunion de Tucson, qui savaient que Rod ne tiendrait pas longtemps. Si jamais homme fut utilisé dans le pire sens du terme, c’est bien lui ! Et, selon toute apparence, il ne le savait pas. Il ne semblait tout simplement pas comprendre contre quelles forces il s’érigeait ― pas le moindrement.

Pendant la soirée du cinq, très tard dans la nuit, Dennis Pyle m’appela, me demandant si je voulais bien envoyer un télégramme à Wayne Cole indiquant mon soutien à l’idée d’un receveur temporaire. Selon les annonces antérieures faites par HWA et Wayne Cole, c’est ce dont nous avions besoin pendant la crise.

J’acceptai et j’appelai plusieurs de mes amis dans le ministère en leur suggérant qu’ils fassent de même. Nous voulions que les problèmes de Pasadena soient corrigés et nous pensions honnêtement que c’était la façon d’agir.

Nous n’étions pas au courant de la conspiration secrète qui était à l’œuvre à cet instant précis. Les conspirateurs allaient bientôt destituer les hommes les plus capables de redresser l’église et ils accuseraient ceux-ci de conspiration. Faisant saillie parmi les vainqueurs, il y avait Rod Meredith qui avait prêté son nom et sa réputation, ainsi que ceux de ses supporters, à quelque chose qu’il ne comprenait pas. Car la vraie conspiration se faisait contre le ministère même.

Peut-être Rod eut-il un soupçon de son mauvais calcul quand, le 6 janvier, il prit la parole devant la congrégation des bureaux chefs. Stan Rader l’interrompit et lui fit lire une annonce qui contredisait ce qu’il venait tout juste de dire. La déclaration annonçait l’excommunication des vaincus ― ses collègues ordonnés avec qui il avait travaillé de si nombreuses années. Ironiquement, lui aussi serait déposé dans la même année et il paraîtrait idiot.

Qu’aurait fait Rod s’il avait pu prévoir le reste de l’an 1979, lorsqu’il reçut le message secret lui offrant le pouvoir ? Se serait-il toujours vendu pour un instant de gloire ? Nous ne le saurons jamais.

Quand on accusa publiquement Wayne Cole d’avoir « congédié » HWA, la cabale se montra la figure. Rien de les arrêta. Quelques jours plus tard, j’appelai Rod chez lui, en lui indiquant que je n’étais pas particulièrement heureux de la direction que prenaient les choses, et il sembla étonné. Je lui dis qu’il avait choisi la mauvaise voie au mauvais moment. Il me répondit qu’il pensait que j’en aurais été content.

Sous d’autres circonstances, je l’aurais été. Quand des rapports de première main parvinrent de Pasadena par téléphone, parlant de bousculades et de tiraillements à l’entrée de l’auditorium (appelé la Maison de Dieu par HWA), où des frères se mesuraient à d’autres frères, ministres ordonnés dans l’église des deux côtés, je fus convaincu qu’une restructuration était inévitable et imminente.

Pour un grand nombre d’entre nous, c’est certainement ce que nous désirions et nous croyions que c’est ce que Dieu était en train de faire.

De puissantes forces spirituelles étaient à l’œuvre sur les terrains de Pasadena, ce jour-là, ce qui apparaissait évident pour la plupart. Mais les administrateurs légitimes manquaient de résolution. De plus, ils avaient négligé de mettre le « roi » (l’apôtre) sous bonne garde ― erreur que ne fit pas le camp opposé. Les administrateurs légitimes n’étaient pas les meilleurs joueurs d’échec. Encore une fois, on se demande quel chemin ils auraient pris s’ils avaient su que leur excommunication serait annoncée le jour suivant, pendant les assemblées du sabbat. Auraient-ils alors joué plus fort et, qui sait, remporté ? Ce fut très serré dans l’auditorium, ce vendredi-là. Les observateurs disent que ç’aurait pu prendre un bord ou l’autre. Et la majorité des ministres se seraient rangés du côté de ceux qui détenaient le pouvoir, comme on l’a abondamment démontré.

Rod Meredith tint une réunion des coordonnateurs régionaux dans l’après-midi. On rapporte qu’il était très nerveux. Mais ces hommes avaient été éduqués au Collège Ambassadeur et leur longue formation les rendait incapables de se regrouper contre la cabale révolutionnaire. Quelques-uns l’auraient peut-être fait, mais le groupe dans son entier n’était pas assez fort. Cependant, ce groupe d’hommes demeurait le meilleur espoir de leadership de l’église, à ce moment-là. La sécularisation des affaires et des départements juridiques ne pouvait fournir un leadership ecclésiastique convenable.

Lors de la réunion de vendredi après-midi, on posa un certain nombre de questions pertinentes, mais sans réponse. Selon plusieurs personnes y ayant assisté, les nerfs étaient à fleur de peau, mais aucune solution ne fut apportée.

Parmi les questions ayant été posées à la réunion des coordonnateurs régionaux, il y eut celles interrogeant le statut de membre de Virginia Kineston et Mary Ellen Dahldren. Virginia était la secrétaire de Stan et Mary Ellen son assistante, ou du moins, c’est l’impression que j’en eus après avoir passé un moment dans les bureaux externes où elles travaillaient. Je crois qu’officiellement, Mary est la secrétaire d’HWA. (Elle est aussi sa belle-fille.) Peut-être cet arrangement est-il plus symbolique que ce qu’on veut bien admettre.

En tous les cas, ces deux femmes siégeaient au centre nerveux de toute l’opération, au quatrième étage du Hall d’Administration. C’est de ce même endroit qu’HWA déclara par écrit, au printemps de 1979, que provenaient tous les problèmes de l’œuvre. Il y a deux centres de pouvoir au quatrième étage. L’un est le secteur de Stan, qu’HWA mentionna dans sa conversation téléphonique avec Wayne Cole avant qu’il n’excommunie ce dernier. Dans cette conversation, enregistrée sur bande pour la postérité, il dit que Stan avait occupé de manière inconvenante l’ancien bureau de Ted Armstrong à cause du prestige qui y était rattaché. Il entendait demander à Stan de déménager plutôt dans le bureau d’Ellis LaRavia. Les observateurs consciencieux ont noté qu’aucun déménagement de la sorte n’a jamais eu lieu et que ce fait n’est qu’une preuve de plus de l’ascendant de Stan sur « l’apôtre ». Les « rangs » du ministère devaient s’appliquer dans certains secteurs, mais pas dans celui-ci. Dans cette zone d’influence et de pouvoir, Virginia est au second rang derrière Stan.

L’autre centre d’influence du quatrième étage, beaucoup moins puissant, celui-là, c’est le bureau du directeur de l’Administration pastorale. Directement ou indirectement, ce bureau est sujet à l’autre, peu importe qui en est l’occupant et ce qu’il peut dire. Ce ne devrait pas être ainsi et ce n’est pas ce que le ministère voudrait.

Cela donne un très grand pouvoir à Virginia Kineston dans les divers domaines de l’église et son statut prend une dimension importante, ce qui est fort grave. Lorsque cette question a été soulevée par le ministère, ce ne fut pas une petite affaire. Un des avocats présents répondit qu’elle était un membre non actif. Beaucoup crurent qu’elle avait été excommuniée, qu’elle était un ex-membre. Et, bien sûr, son statut fit l’objet de considérables inquiétudes. Bien que personne ne doutât de son professionnalisme quant au service rendu à son patron, Stan Rader, les conversations allèrent bon train chez les ministres en ville à ce moment-là à propos de ses qualifications théologiques dans l’occupation d’un siège aussi névralgique. Qui pouvait contredire leur inquiétude, surtout après que parurent dans le Star-News de Pasadena ses commentaires concernant sa loyauté qui allait à son patron et non à l’église ? Les gens du ministère ne s’en trouvaient pas rassurés.

Évidemment, ils avaient le sentiment qu’un poste aussi stratégique aurait dû être occupé par une personne loyale envers l’église et les principes enseignés par celle-ci depuis longtemps. Bien sûr, Rod Meredith voulut immédiatement que son bureau exerce le pouvoir principal et semblait croire que sa mission comportait un pareil pouvoir.

Presqu’aussitôt, le bureau de Stan commença à donner des signes de manque de conformité aux décisions de Rod. La lutte prit de plus grandes proportions en dedans de deux mois et, dès mars, il resta à savoir si Rod allait tenir jusqu’à la Pâque de 1979 ! La cabale qui avait pris le pouvoir en janvier était réticente à renvoyer Rod trop vite ; pour sauver la face, ils souhaitaient que le temps passe. Ce qu’on aurait dû faire semblait évident, mais si ça arrivait trop rapidement, cela allait soulever des questions. Avec le temps, Rod passerait pour l’avoir fait lui-même. On pouvait faire en sorte que Rod ait l’air de ce que ses ennemis déclaraient déjà de lui, c’est-à-dire que Rod était un individu sans compassion, ne se souciant pas le moins du monde des autres sauf de lui-même. Au moment où il fut licencié, la majorité du personnel ordonné était on ne peut plus prêt à son départ. Donc, les détenteurs de pouvoir illégitime apparurent brièvement comme des bienfaiteurs pour avoir débarrassé le ministère de ce fléau. (Nous savons que le diable peut se donner l’air d’un ange de lumière.)

Dès le départ, Rod commença par indiquer qu’il avait plein pouvoir sous M. Armstrong. Il reprit exactement là où il avait laissé sept ans plus tôt, avant qu’il ne soit « shanghaïé ».

Comme le fit remarquer un ministre particulièrement fin observateur : « Rod n’a rien oublié et n’a que peu appris. » Il essaya de retourner dans le temps, chose que personne n’a jamais réussi à faire. Pendant que nous dînions au Velvet Turtle, en juin 1977, Rod avait signalé que nous devrions désirer retourner dans le bon vieux temps de son administration. J’avais réagi ainsi : « Rod, Humpty Dumpty s’assit sur le mur. Humpty Dumpty fit une chute fracassante. Tous les chevaux du roi et tous les hommes du roi ne purent remettre Humpty Dumpty en un seul morceau. » Je voulais dire que l’on ne peut renverser le temps. Quiconque croyant pouvoir le faire est en dehors de la réalité. Il est maintenant clair que Rod ne renversa pas le temps. Des semaines plus tard, à Tucson, il assura l’assemblée des ministres qu’il avait vraiment changé. Il proclama avoir beaucoup appris durant la période de temps où il fut « shanghaïé ». Mais les événements révélèrent qu’il avait fort peu appris.

À l’inverse, Dennis Luker proclama avec sa force habituelle qu’il n’avait pas changé du tout, lui. C’est ce que la plupart d’entre nous craignions. Nous ne pensions pas que Dennis puisse changer parce qu’il savait qu’il n’en avait pas besoin. Après tout, pourquoi vouloir altérer la « perfection » ?

L’équipe que Rod rassembla tout de suite après son étrange nomination avait pour objet de plaire aux conservateurs, immédiatement ! Et voilà la vieille garde prête à restaurer les choses dans leur ancien état. Je parlai à Rod au téléphone en mars, juste quelques semaines après la conférence. Je lui confiai que les rumeurs couraient qu’il serait remplacé par Ellis LaRavia. Il me répondit qu’il était au courant de ces histoires-là, mais que c’était impossible, car Ellis n’était qu’un ancien prédicateur. Je lui suggérai de ne pas trop compter que ce fait soit très dissuasif.

Congrès ministériel de Tucson ― 1979

Le congrès ministériel annuel fut originalement planifié pour le début de janvier à Pasadena. Il fut immédiatement remis quand l’État de la Californie intervint pour enquêter sur les affaires financières de l’église. Peu de temps après, le nouveau directeur de l’Administration pastorale, Rod Meredith, annonça que le congrès se tiendrait à Tucson à une date donnée ultérieurement. Un autre délai fut ensuite annoncé, mais finalement la date du 22 janvier 1979 fut fixée.

Ce congrès était de la plus haute importance pour Herbert Armstrong et Stanley Rader à cause de l’émoi et de l’agitation régnant dans les rangs du ministère et des membres. Il était principalement question du leadership ininterrompu des deux hommes qui possédaient le contrôle des finances et, par conséquent, du mécanisme corporatif. À ce moment-là, le contrôle des presses de l’église et du microphone au congrès de Tucson était crucial, comme l’était le contrôle de l’équipement physique à Pasadena. Le contrôle du ministère constituait le vrai test, toutefois, et c’était le but du congrès de Tucson.

Il n’y avait pas d’opposition organisée face à ce qui se passait, cependant, l’opposition désorganisée était, elle, massive. Jamais auparavant n’y avait-il eu pareil conflit entre ce que percevaient la majorité des ministres comme leur obligation envers Dieu et ce qu’on exigeait d’eux comme obligation envers un homme. Beaucoup se formèrent l’opinion que, sans le soutien actif et énergique de Rod Meredith et ses « conservateurs », le résultat de la conférence aurait été fort différent. Évidemment, personne n’eut la chance de poser de questions pertinentes durant les réunions. Le « congrès » était complètement arrangé. Mais, à une occasion, Stan quitta la ville pour diriger les opérations à Pasadena où ça devenait critique, et Rod Meredith eut l’air d’être devenu le numéro deux de la réunion. Tout ceux que je savais avoir des penchants conservateurs nourrissaient quelque espoir que les troubles passeraient et que Stan Rader et son sécularisme finiraient pas s’effacer. Cet espoir était entretenu par les signaux vagues mais prometteurs de Rod Meredith envoyés en direction de ses vieilles relations. La plupart avaient le sentiment qu’il entretenait en son sein la certitude d’un tel événement. Mais ce qui importe, c’est que le soutien considérable de Rod (à l’époque) était assuré par les efforts d’HWA et Stan Rader. Afin de solidifier le support de cette aile puissante du ministère, promesse fut faite d’ordonner deux hommes au rang d’évangéliste. (Dans l’Église Universelle de Dieu, c’est le rang le plus élevé en dessous de celui d’apôtre.) Et parce que le rang avait encore un sens aux yeux de ces hommes qui y avaient été exposés durant des décennies, ont considéra ces ordinations comme significatives.

Rod Meredith, Raymond McNair, Dennis Luker, Burk McNair et Sherwin McMichael étaient les principaux ressortissants de la brigade, directement sous Stan Rader et Herbert Armstrong. (Il est intéressant de noter que, un an après la rédaction de ce que vous lisez, tous ont été rétrogradés, d’une manière ou d’une autre. Pour un, Rod Meredith a été dépouillé de toute responsabilité et excommunié pendant six mois et envoyé en exil sur l’Ile d’Oahu, à Hawaï. Les héros de janvier devinrent les vilains en dedans de douze mois. Leur temps d’utilité était expiré. Tous ces hommes, à l’exception de Raymond McNair, ont reçu l’ordre de s’éloigner des « bureaux chefs ».)

Mais ce que beaucoup de ministres n’arrivèrent pas à percevoir comme inévitable les empêcha de faire grand bruit lors de la réunion. Ils croyaient que leur victoire était enfin arrivée et ils en profitèrent. HWA devait rire sous cape quand il leur permit cette liberté.

Lors du premier après-midi, à l’ouverture de la session, on nous parla des manifestations ayant lieu à Pasadena. C’était la première fois que nous en entendions parler. Herbert Armstrong annonça aux ministres que « les manifestations étaient tout à fait spontanées et qu’aucun ministre n’était le moindrement impliqué ». Il nous informa que de grosses manifestations avaient lieu à ce moment même. Les gens avaient tout simplement décidé en très grand nombre et de leur propre initiative de s’assembler pour défier l’État de la Californie. Nous étions assommés et nos sentiments s’élevaient fortement contre pareilles tactiques. Stan Rader donna son petit discours de ralliement et partit pour la Californie.

Bien sûr, nous sûmes bientôt après que les manifestations de Pasadena n’avaient rien de spontané. Tout de suite, des ministres téléphonèrent à des gens de la région de Pasadena et, sans surprise pour personne, ils découvrirent qu’on avait ordonné aux membres de s’assembler au nom d’Herbert Armstrong !

Le lendemain matin, HWA exprima son désappointement que les officiers de la police n’aient pas arrêté les femmes et les enfants pour les traîner en prison. Il afficha vraiment le désir que ce soit arrivé, dit-il, « devant les caméras de télévision ». Il voulait réellement utiliser ses disciples de cette façon, pendant qu’il était en sécurité dans un autre État ! Ça ressemblait aux confrontations de désobéissance civile planifiée devenues monnaie courante dans les années 1960. Comme l’a dit un ministre du Canada, également avocat : « Ils tentent d’amener le débat judiciaire dans les journaux et emploient les émotions pour dissimuler une méchanceté quelconque. »

Cependant, une fois Stan parti, le changement qui s’opéra chez HWA fut notable. Bon nombre de gens passèrent des commentaires sur cette modification de comportement. Le changement était indubitable.

À mesure que progressaient les réunions, il apparut évident que la conférence n’était qu’un gros ralliement d’encouragement. L’ennemi, c’était la Californie, et le capitaine de l’équipe, c’était HWA. Ce qui n’était pas si clair, toutefois, c’est le fait que Stan était l’entraîneur. Rod Meredith beuglait son encouragement total envers « l’apôtre de Dieu » et réitérait sans cesse sa « loyauté ». Au fil des jours, cet exemple fut suivi par d’autres orateurs.

La réunion se poursuivit et beaucoup de ministres furent profondément troublés. C’est au dernier jour qu’HWA entreprit son œuvre la plus efficace. Il dit avoir prié longtemps et avec ardeur la veille et parla de son inquiétude vis-à-vis sa vie éternelle. Il y eut juste assez d’émotion et de conviction pour en vaincre un grand nombre. Je suis sûr que tous furent touchés. Mais nous aurions vraiment dû être davantage sur nos gardes. HWA était passé maître dans l’emploi de la psychologie religieuse. Les événements prouvèrent sa duplicité.

Une autre chose qu’il fit à la conférence : nier avoir jamais commis l’adultère. Il nia avec force. Ce n’est que plus tard que je me rappelai une situation similaire, à Big Sandy, en 1974, lorsque Ted eut fait la même chose. Stan Rader m’avait dit qu’il avait entraîné Ted à savoir comment diriger le meeting.

Alors que la réunion tirait à sa fin, beaucoup se trouvèrent mécontents. Ils eurent l’impression de faire des compromis et ne savaient comment en sortir. Ils se sentaient trahis. Stan Rader était l’objet de leur colère. Ils voulurent blâmer Stan pour tout ça.

J’eus le sentiment, même là, que celui qui portait la responsabilité première n’était pas Stan Rader, mais HWA. Stan était certes coupable, mais il ne détenait pas le pouvoir principal. Il s’agissait probablement d’un opportuniste de première classe, comme l’étiqueta son ancien employeur, Milt Scott. Mais ce n’était pas lui qui prenait la responsabilité première devant Dieu.

Un groupe de ministres, inconnus de moi, résuma ce que je pensais être le consensus du ministère à la fin de la réunion en faisant circuler une lettre anonyme. J’aurais seulement aimé en donner le crédit à qui de droit, mais ils souhaitaient alors, et je suis sûr que c’est encore le cas, pouvoir demeurer anonymes. Je crois que cette lettre résume la pensée de plus de 70 % des pasteurs de l’église qui assistèrent à cette conférence. Je reprends dans les pages suivantes la lettre telle qu’elle parut :

« La lettre ci-incluse fut rédigée par un groupe de ministres et de membres inquiets de l’Église Universelle de Dieu et qui souhaitent, pour diverses raisons, demeurer anonymes. Cette lettre n’a pas encore été imprimée et n’a pas une grande circulation. Nous espérons que beaucoup de gens donneront de leur temps et de leurs efforts pour l’imprimer et la faire circuler le plus possible pour que d’autres frères puissent comprendre la vérité sur ce qui se passe. Un grand nombre de pasteurs peuvent avoir de multiples copies pour les rendre disponibles à leur congrégation.

« Nous apprécierons grandement tout ce que vous pourrez faire dans cet effort. »

(Lettre incluse)

26 janvier 1979

« Chers frères de l’Église de Dieu,

« Il y a beaucoup de confusion au sujet de l’action du Procureur général contre l’Église Universelle de Dieu et l’assignation du juge Steven S. Weisman comme administrateur provisoire. Quels sont les faits ? Qu’est-ce qu’un règlement judiciaire ? Quelle autorité a-t-il ? Qu’est-ce que cela va faire à l’église ? Quel en est le but ?

« Voici les faits selon les ordres de cour et selon l’administrateur provisoire.

« En tant que membre de l’église et contributeur financier de l’église, vous avez droit à une explication. À cause d’un recours judiciaire intenté par quelques membres et ex-membres de l’Église déclarant que les fonds donnés à l’Église ne furent pas dépensés de manière appropriée pour la mission de l’Église et que certains individus ont profité excessivement des procédures de l’Église, l’affaire a été portée à l’attention du bureau du Procureur général de l’État de la Californie.

« En Californie, il y a une loi qui prévoit que le Procureur général a le droit et le devoir de protéger le public en réglementant toute corporation à but non lucratif afin de s’assurer que l’argent qu’elle reçoit est utilisé dans le but qu’elle déclare selon ses propres chartes et arrêtés.

« Le Bureau du Procureur général a trouvé qu’il y avait assez de preuves de mauvaises répartitions des fonds pour justifier de porter à la Cour qu’un administrateur provisoire soit assigné jusqu’à ce que l’affaire soit amenée en justice. La Cour approuva et émit l’ordre que l’administrateur provisoire soit immédiatement nommé. La décision de la Cour a subséquemment été maintenue par sept juges ! ― trois juges de la Cour supérieure ainsi que trois des cours d’appel d’état dans de nombreux appels et motions.

« Maintenant, qu’est-ce qu’un administrateur provisoire ? Qu’est-ce qu’il fait ?

« L’administrateur provisoire s’est vu donner autorité par la Cour le rendant ainsi responsable des biens physiques de la corporation ― les bâtiments, les terrains, l’argent, les comptes, etc. L’autorité n’est PAS religieuse. Il ne doit pas non plus interférer dans le libre exercice de la religion, tel que garanti par le 7e amendement de la Constitution des Etats-Unis. Il s’agit plutôt de s’assurer que les fonds et les biens de la corporation de soient pas utilisés à l’encontre des buts établis contenus dans la constitution et les arrêtés de l’Église. De plus, l’administration provisoire doit être un parti neutre entre l’état et l’église pour garantir que tous les registres et les documents de l’église demeurent intacts et que les vérificateurs de l’état puissent avoir accès aux documents et aux comptes afin de déterminer s’il y a vraiment des preuves de malversations des fonds. Dans les faits, le dessein global de l’administration provisoire est de PROTÉGER l’Église et d’assurer sa continuité à exercer ses buts déclarés.

« C’est la Cour qui assigne l’administrateur provisoire. Dans ce cas-ci, elle a nommé un juge de la Cour suprême à la retraite, hautement respecté, Steven S. Weisman. Quand il a accepté son assignation, le juge Weisman est venu sous l’ordre de la Cour pour remplir ses devoirs en tant qu’administrateur provisoire. S’il ne les remplit pas, il peut-être retenu pour mépris de cour ! Pourtant, la Cour lui a donné ordre d’utiliser toutes les précautions pour ne pas interférer dans le libre exercice de la religion de l’Église. Conséquemment, le juge Weisman a déclaré, dans une réunion tenue le 4 janvier 1979 avec l’assemblée des directeurs de départements de l’Église et du Collège, que tous les salaires et les dépenses d’opérations normales seraient payées. Il ne questionnerait pas les recettes allouées aux choses comme le PLAIN TRUTH, ou le paiement du temps de télévision ou de radio, ou pour l’impression de brochures, des publications de l’église, etc. Mais il questionnerait les salaires excessivement élevés, les bonus et les autres bénéfices financiers accordés aux individus, etc., jusqu’à ce qu’ils soient examinés et qu’une décision soit rendue par la Cour à savoir si cet argent a été dépensé en accord avec les desseins de l’Église. En d’autres termes, le juge Weisman protégerait les biens et les argents de l’Église.

« Cependant, le juge Weisman, administrateur provisoire, n’a pas été en mesure d’exécuter ses devoirs plus d’une journée depuis le début de tout ceci. Une désinformation a fait peur à l’Église locale de Pasadena qui s’est enflammée. Beaucoup ont cru à tort que le juge avait “jeté M. Armstrong dehors” et s’était emparé de son autorité. Ce n’est JAMAIS arrivé ! Or, voici ce qui s’est passé !

« M. Armstrong a été honoré comme chef humain de l’Église. Aucune interférence n’a été faite d’aucune façon contre la direction spirituelle et pastorale de l’Église de M. Armstrong. Toutefois, M. Armstrong et M. Stanley Rader n’avaient plus l’autorité complète et absolue des biens et ne pouvaient plus dépenser l’argent de n’importe quelle manière qu’ils le désiraient sans l’approbation de l’administrateur provisoire ― particulièrement en ce qui regarde les affaires personnelles !

« Dans cette même réunion du 4 janvier, en réponse à la question posée par un ministre, le juge Weisman soutien le droit de M. Armstrong de nommer M. C. Wayne Cole, alors Directeur de l’Administration Pastorale, en tant qu’Officier exécutif en Chef Suppléant sous M. Armstrong pour la durée de la crise. D’aucune façon le juge Weisman ou M. Cole, de près ou de loin, dirent avoir ou eurent l’intention d’usurper l’autorité spirituelle de M. Armstrong. Que l’on ait pu en venir à croire par la suite la tragique déformation que le juge Weisman ou M. Cole aient “remplacé M. Armstrong”, c’est parodier la vérité, comme tous ceux qui assistèrent à la réunion peuvent en attester !

Le 18 janvier 1979, le juge Weisman envoya une lettre à M. Armstrong lui expliquant les devoirs d’un administrateur provisoire et demandant que M. Armstrong le rencontre ― offrant même d’aller voir M. Armstrong à sa résidence de Tucson ― pour qu’il puissent collaborer ensemble dans leurs fonctions respectives. Le but en était d’activer une opération tout en douceur et que les choses continuent de manière à ce que l’église n’en soit heurtée d’aucune façon, mais qu’elle soit aidée, en fait, par les procédures de vérification de l’état.

« L’Église Universelle de Dieu est une corporation de la Californie. Comme telle, l’état a la responsabilité, non seulement de voir à ce qu’elle soit respectueuse des lois, mais aussi de voir à sa survie et à sa santé continue. Une des tâches d’un administrateur provisoire est de venir en aide à une corporation qui peut être en difficulté financière en s’assurant qu’elle colle aux plans ou à la formule déclarée dans les arrêtés qui lui ont amené tant de succès à ses débuts.

« Le juge Weisman a promis à M. Armstrong et aux membres de l’Église sa pleine coopération en n’intervenant pas au niveau de la liberté religieuse de l’Église. Pour montrer sa bonne foi, il a volontairement demandé que son bureau soit situé dans le grand bâtiment de l’imprimerie, trois blocs à l’est du campus principal. Les membres de l’Église (quelques centaines sur les 5 000 environ qui vivent dans le sud de la Californie) furent amenés à croire que le séjour de l’administrateur provisoire dans le Hall d’Administration “désacraliserait”, en quelque sorte, le bâtiment. Quoi que le juge Weisman ait eu l’autorité de s’installer partout, il se montra conciliant envers l’Église et aménagea dans l’imprimerie.

« L’administrateur provisoire continuera, au niveau de ses responsabilités, à protéger les biens de l’Église tant que des décisions finales ne seront pas prises par la Cour. À ce titre, il apprécierait la compréhension et la collaboration de tous les membres de l’Église.

« Cette lettre a été rédigée par un certain nombre de ministres de l’Église et, sur la base de nombreuses communications directes avec le Bureau du Procureur général, nous savons qu’elle représente le point de vue d’un grand nombre de pasteurs et d’anciens locaux de par le monde.

« Ces deux dernières semaines, nous avons eu la mort dans l’âme de voir l’Église de Dieu si divisée, si blessée, si désillusionnée et si confuse. Mais pire encore, nous avons été terriblement attristés de voir le peuple de Dieu utilisé et incité à agir à l’encontre de la Sainte Parole de Dieu et des claires instructions des Écritures.

« Qu’est-ce que l’Église a à cacher ?

« Jésus a dit qu’Il était la “lumière” envoyée de Dieu au monde. Il a dit à Ses disciples qu’ils devaient être la “lumière du monde” et Il leur a commandé : “Ainsi, que votre lumière luise devant les hommes, afin qu’ils voient vos bonnes œuvres et qu’ils glorifient votre Père qui est aux cieux” (Matthieu 5:16).

« Jésus a dit “que les hommes ont mieux aimé les ténèbres que la lumière, parce que leurs œuvres étaient mauvaises” (Jean 3:19). Lisez encore les paroles de Jésus ! “Car quiconque s’adonne à des choses mauvaises, hait la lumière, et ne vient point à la lumière, de peur que ses œuvres ne soient censurées. Mais celui qui s’adonne à la vérité, vient à la lumière, afin que ses œuvres soient manifestées, parce qu’elles sont faites selon Dieu” (vs 20-21).

« Il s’agit du principe que ceux qui n’ont rien à cacher ― et qui exécutent leurs œuvres sous la direction et l’approbation de Dieu ― verront leurs œuvres venir en lumière. Ils n’ont cure d’être EXPOSÉS parce qu’ils n’ont rien à cacher ! Mais ceux qui veulent demeurer dans les ténèbres ― cachent, dissimulent, gardent secret ― font ainsi parce que leurs œuvres sont mauvaises.

« L’apôtre Pierre parla avec force de la responsabilité du chrétien envers les autorités civiles : “Soyez donc soumis à tout établissement humain, pour l’amour de Dieu : soit au Roi, comme à celui qui est par-dessus les autres ; soit aux Gouverneurs, comme à ceux qui sont envoyés de sa part, pour punir les méchants et pour honorer les gens de bien” (1 Pierre 2:13-14).

« L’apôtre Paul, lui aussi sous l’inspiration divine, dit ces mots à Tite : “Avertis-les d’être soumis aux Principautés et aux Puissances, d’obéir aux Gouverneurs, d’être prêts à faire toute sorte de bonnes actions” (Tite 3:1).

« Partout à la télévision, nous avons été les malheureux témoins du spectacle tragique du principal représentant de l’administrateur provisoire (et, par conséquent, de la loi constituée du pays) citant Romains 13 à quelques membres de l’Église à qui l’ont avait ordonné de lui résister. On avait dit à ces membres qu’être “sujet” ne voulait pas toujours dire obéir à l’autorité établie. Un des bureaucrates de l’Église proclama publiquement, sur toutes les chaînes télévisées, que l’état devrait “défoncer les portes” s’il voulait entrer. Et, non seulement a-t-on fortement barricadé les portes avec des poutres, mais ― incroyable ! ― on a aussi placé des femmes et des enfants directement derrière ces portes !

« Mais Tite dit : “OBÉISSEZ AUX GOUVERNEURS”, alors qu’on a cité à certains membres de l’Église l’Écriture : “il faut plutôt obéir à Dieu qu’aux hommes” pour justifier la désobéissance civile et le mépris envers l’action de la Cour, ce qui a occasionné un “œil au beurre noir” à l’Église Universelle de Dieu dans tout le sud de la Californie, dans tout le pays et dans le monde entier.

« Mais que signifie “il faut plutôt obéir à Dieu qu’aux hommes” ? Quelle loi de Dieu a-t-on brisée ? Où se situe le conflit ? Des membres ont été interpellés, encouragés et contraints, au moyen d’appels téléphoniques pendant toute la soirée pour qu’ils se rendent au Hall d’Administration afin d’assister à des “assemblées spéciales de l’église” le lundi matin, 22 janvier 1979. Ils s’y rendirent dans le seul but d’empêcher l’administrateur provisoire assigné par l’état d’entrer dans la bâtisse et y exécuter ses devoirs officiels. Admettant franchement le subterfuge, un ministre annonça ouvertement que la réunion devait être une “assemblée ecclésiastique” puisque “c’est notre seule défense” ! Qu’il est embarrassant pour l’Église de Dieu de se cacher derrière la question fausse de “l’Église et l’État”, alors que l’État ne cherche qu’à aider l’Église à renforcer ses finances !

« Comprenez bien ceci : il ne s’agissait pas d’une fête ou d’un sabbat. Aucune injonction biblique, de quelque sorte que ce soit, n’exige des frères qu’ils agissent ainsi. DIEU N’A PAS DONNÉ CETTE ORDRE AUX FRÈRES PAR SA PAROLE ! Mais certains ont dit : “Nous devons combattre pour l’Église de Dieu. Nous devons nous battre pour ces terrains, pour ces bâtiments et pour nos droits !”

« L’homme qui, au nom de l’Église, a repoussé avec force l’officier de l’administrateur provisoire, lui a dit : “Vous êtes notre ennemi et nous ne vous laisserons pas passer cette porte.” L’officier a demandé : “Prierez-vous pour moi, comme la Bible dit que vous devez prier pour vos ennemis ?” Et l’homme, un diacre dans l’Église, a répondu : “Je vais prier pour vous ! Je vais prier pour que Dieu vous prenne !”

« Jésus a dit : “…mon Règne n’est pas de ce monde ; si mon Règne était de ce monde, mes gens combattraient afin que je ne fusse point livré aux Juifs ; mais maintenant, mon Règne n’est point d’ici-bas” (Jean 18:36).

« Jésus n’a même pas voulu que Ses disciples combattent pour Lui afin d’empêcher qu’Il tombe aux mains de ceux qui voulaient Le tuer ! Mais aujourd’hui, des membres de l’Église de Dieu, qui se considèrent disciples de Christ, semblent croire qu’il est parfaitement justifié de mettre en danger même leurs propres petits enfants et d’employer la force physique pour résister aux autorités établies afin de “sauver les bâtiments” de l’Église. Mais, en réalité, ils n’ont pas sauvé les bâtiments de l’Église. Car l’administrateur provisoire n’a, de toute façon, fait de tort ni aux bâtiments, ni aux terrains ! Il était là pour protéger les bâtiments ; et pour sauver les biens de l’Église, pour que toutes les ressources, physiques et financières, puissent être vouées à la mission de l’Église et non au profit personnel de quelques-uns !

« Voici ce que dit la Parole de Dieu au sujet des autorités civiles, dans plusieurs versions :

[Dans l’anglais original, les auteurs citent Romains 13:1-5 tirés des versions New International, The Modern Language Bible et Moffat. Nous vous présenterons la version française de David Martin, suivie de celle d’Ostervald, puis de celle de Louis Segond.]

« “Que toute personne soit soumise aux Puissances supérieures : car il n’y a point de Puissance qui ne vienne de Dieu, et les Puissances qui subsistent, sont ordonnées de Dieu. 2C’est pourquoi celui qui résiste à la Puissance, résiste à l’ordonnance de Dieu ; et ceux qui y résistent, feront venir la condamnation sur eux-mêmes. 3Car les Princes ne sont point à craindre pour de bonnes actions, mais pour de mauvaises. Or veux-tu ne point craindre la Puissance ? fais bien, et tu en recevras de la louange. 4Car le Prince est le serviteur de Dieu pour ton bien ; mais si tu fais le mal, crains ; parce qu’il ne porte point vainement l’épée, car il est le serviteur de Dieu, ordonné pour faire justice en punissant celui qui fait le mal. 5C’est pourquoi il faut être soumis, non seulement à cause de la punition, mais aussi à cause de la conscience” (Version Martin).

« “Que toute personne soit soumise aux puissances supérieures ; car il n’y a point de puissance qui ne vienne de Dieu ; et les puissances qui subsistent, ont été établies de Dieu. 2C’est pourquoi, celui qui s’oppose à la puissance, s’oppose à l’ordre que Dieu a établi ; or ceux qui s’y opposent, attireront la condamnation sur eux-mêmes. 3Car ceux qui gouvernent ne sont pas à craindre lorsqu’on fait de bonnes actions ; mais seulement lorsqu’on en fait de mauvaises. Veux-tu donc ne point craindre les puissances ? Fais le bien, et tu en seras loué. 4Car le prince est le ministre de Dieu pour ton bien ; mais, si tu fais le mal, crains, car il ne porte point l’épée en vain ; parce qu’il est ministre de Dieu, pour faire justice en punissant celui qui fait le mal. 5C’est pourquoi il est nécessaire d’être soumis, non seulement à cause de la punition, mais aussi à cause de la conscience” (Version d’Ostervald).

« “Que toute personne soit soumise aux autorités supérieures ; car il n’y a point d’autorité qui ne vienne de Dieu, et les autorités qui existent ont été instituées de Dieu. 2C’est pourquoi celui qui s’oppose à l’autorité résiste à l’ordre que Dieu a établi, et ceux qui résistent attireront une condamnation sur eux-mêmes. 3Ce n’est pas pour une bonne action, c’est pour une mauvaise, que les magistrats sont à redouter. Veux-tu ne pas craindre l’autorité ? Fais-le bien, et tu auras son approbation. 4Le magistrat est serviteur de Dieu pour ton bien. Mais si tu fais le mal, crains ; car ce n’est pas en vain qu’il porte l’épée, étant serviteur de Dieu pour exercer la vengeance et punir celui qui fait le mal. 5Il est donc nécessaire d’être soumis, non seulement par crainte de la punition, mais encore par motif de conscience” (Version Louis Segond).

« Notez le ton et la force des écrits inspirés de Paul. Il est absolument certain que, quand nous faisons le bien dans notre conduite civile ou sociale, nous n’avons pas à avoir peur que les pouvoirs civils établis nous fassent du tort. La Bible nous dit, au contraire : “fais bien, et tu en recevras de la louange” (v. 3).

« Le même mot est utilisé dans Romains 13 où on l’a traduit par « soumettre » ou « être sujet à », comme dans Éphésiens 5:22 où on dit aux femmes d’être « soumises à leurs maris » ! Les membres de l’église ― hommes et femmes ― peuvent-ils avoir le sentiment qu’une épouse ait le droit de résister à son mari comme ils l’ont fait contre les autorités de l’état ?? Ironiquement, plusieurs des hommes qui se montrèrent les plus rebelles envers l’état sont parmi ceux qui insistent le plus pour que leurs épouses leur obéissent !!

« La citation d’Actes 5:29, “il faut plutôt obéir à Dieu qu’aux hommes” venait de la réponse de Pierre après que le souverain sacrificateur ait dit aux apôtres : “ne vous avons-nous pas défendu expressément de n’enseigner point en ce Nom ? et cependant voici, vous avez rempli Jérusalem de votre doctrine, et vous voulez faire venir sur nous le sang de cet homme” (v. 28).

« Notez les points suivants : premièrement, c’est l’autorité religieuse qui défendit aux apôtres d’enseigner, pas l’autorité civile. Mais quelle était l’interdiction ? LISEZ-LA VOUS-MÊMES DANS VOTRE BIBLE ! Il leur était défendu D’ENSEIGNER AU NOM DE JÉSUS ! Mais ils avaient le COMMANDEMENT direct de la part de Jésus-Christ LUI-MÊME d’enseigner en Son Nom ! Voyez Matthieu 28:19-20 ; Marc 16:15 ; Luc 24:47 ; Actes 1:8.

« On n’a jamais dit à l’Église Universelle de Dieu qu’elle ne pouvait pas prêcher la Parole de Dieu ou l’Évangile de Jésus-Christ, ou le salut, ou le repentir, ou n’importe quelle autre de ses doctrines ou de ses enseignements !! En fait, c’est le contraire ! On a dit à l’Église qu’elle devait remplir ses buts établis tels qu’exprimés dans notre constitution et nos arrêtés ― lesquels sont de prêcher et d’enseigner l’évangile et le message de Jésus-Christ, le Royaume de Dieu ! Ce à quoi s’est objecté l’état, c’est que l’argent soit dépensé à AUTRE CHOSE qu’aux buts de l’Église !

« Il y eut une autre distorsion choquante. On a prétendu qu’il vous fallait envoyer vos dîmes à M. Armstrong, à Tucson, sinon vous les enverriez à un administrateur provisoire à Pasadena. Frères, LES DEUX CONCEPTS SONT FAUX ! Les dîmes et les offrandes vont à Dieu ― pour Son Œuvre ― et doivent aller à SA MAISON ! Et cette maison, c’est l’Église ! Voir 1 Timothée 3:15 ; Éphésiens 2:19 ; Galates 6:10. L’Église se compose de tous ceux qui forment le peuple de Dieu ― tous les membres du corps spirituel de Christ dont Lui-même, Jésus, est le Chef vivant !

« Frères, beaucoup d’entre nous dans le ministère avons de graves inquiétudes face aux conseils et à l’influence qui entourent M. Armstrong en ce moment. On formule des paroles comme si elles provenaient de l’esprit même de M. Armstrong, alors qu’elles sont clairement en contradiction avec les enseignements qu’il a lui-même donnés pendant plus de quarante ans ! Nous avons tous entendu et grandement apprécié la proclamation de M. Armstrong déclarée à de nombreuses reprises au fil des ans : “NE ME CROYEZ PAS : CROYEZ LA BIBLE !” Et : “Ne prenez pas ma parole. Cherchez. Lisez la dans votre Bible. Prouvez si ces choses sont vraies.”

« Vous avez sans doute noté, à la dernière page du Worldwide News, où on a imprimé l’affidavit de M. Armstrong, que celui-ci dit : “Herbert W. Armstrong, ayant dûment juré, dépose et déclare sous serment…” Bon, ce n’est peut-être pas un gros point, mais M. Armstrong a enseigné pendant de nombreuses années que Jésus a dit de ne pas jurer du tout (Matthieu 5:34). Et l’apôtre Jacques a dit plus loin : Or, sur toutes choses, mes frères, ne jurez ni par le Ciel, ni par la terre, ni par quelque autre serment ; mais que votre oui soit Oui, et votre non, Non : afin que vous ne tombiez point dans la condamnation” (Jacques 5:12).

« Nous savons que M. Armstrong n’avait pas écrit ces mots “ayant dûment juré… sous serment”. De plus, le style d’écriture n’est pas celui de M. Armstrong ! Qu’arrive-t-il à l’Église de Dieu ?

« Frères, à cause de la violation d’Écritures nettes et de l’incitation à une conduite non chrétienne envers trop de nos frères ― amenés à croire qu’ils servent Christ ― nous, ministres, avons le sentiment qu’il y a quelque chose qui cloche carrément.

« Ce que nous voudrions voir, c’est la réputation financière de l’Église redressée et éclaircie. Nous voudrions que l’on rende compte en détail de chaque dollar reçu. Nous voudrions voir un compte-rendu complet remis aux nombreux membres du Corps de Christ de l’argent dépensé. Nous voudrions voir le grand livre comptable ouvert ― les registres de comptes. Il ne devrait rien y avoir que nous craignions de laisser voir aux frères et aux autres ministres ! Nous voudrions voir l’Église déclarer annuellement tous les salaires des employés plus tous les bénéfices et les bonus !!

« Si nous sommes tous frères et sœurs en Christ, pourquoi le bureau des finances ne permettrait-il pas au peuple de Dieu de savoir ce qui se passe et où l’argent de Dieu est dépensé ? Rappelez-vous que, lorsque l’argent arrive ici, c’est pour l’Œuvre de Dieu. Les dîmes sont peut-être à Dieu, mais beaucoup d’argent provient des offrandes individuelles ! Souvenez-vous que toutes choses sont à Dieu ! Mais cela nous inclut tous ― frères comme ministres ! Pour vous montrer quelle importance a le peuple de Dieu, Sa Parole dit :

« “Que personne donc ne se glorifie dans les hommes ; car toutes choses sont à vous ; soit Paul, soit Apollos, soit Céphas, soit le monde, soit la vie, soit la mort, soit les choses présentes, soit les choses à venir, toutes choses sont à vous, et vous à Christ et Christ à Dieu (1 Corinthiens 3:21-23).

« Frères, si cela est vrai, est-ce trop demander que le peuple de Dieu soit informé en détail des finances de l’Œuvre de Dieu pour laquelle il se sacrifie tellement et pour laquelle il prie avec tant de ferveur ?? Est-ce trop demander que chaque membre de cette Église reçoive, lors de son baptême ou avant le baptême, une copie de la constitution et des arrêtés de cette Église pour laquelle chacun s’engage à vie ? Est-ce trop demander que tout l’argent donné à Dieu soit utilisé pour cette Œuvre ? En vérité, c’est exactement ce que veulent l’état et l’administrateur provisoire, c’est tout. Pourquoi, alors, sont-ils contrecarrés par une foule agitée psychologiquement par des faussetés et de fausses représentations ?

« Si vous voulez que les livres de compte, les comptes-rendus et les procédures financières, la déclaration complète des salaires et des bénéfices, ainsi que des copies des arrêtés et de la constitution soient disponibles, S’IL VOUS PLAÎT, faites-le savoir aux Bureaux chefs de l’Église et au MINISTÈRE ! Dites-le à votre ministre local !

« Ou écrivez à : Worldwide Church of God, Pasadena, Californie 91123.

« Mais si l’Église de Dieu n’est pas restaurée comme étant l’organisation la plus honnête, la plus ouverte et la plus droite d’Amérique ― et bientôt ! ― nous craignons que beaucoup de frères se détournent et que l’Œuvre du Dieu vivant doive être faite par d’autres instruments.

« Nous savons que votre cœur est dans cette Église. Si l’Église de Dieu a jamais eu besoin de votre engagement, c’est bien MAINTENANT ! Et, connaissant votre dévouement, nous savons que vous voulez que l’Église de Dieu ― comme le Ministère de Dieu ― soit “sans reproche”.

« Nous disons donc, “qu’avons-nous à cacher ? Laissons venir les vérificateurs de l’état pour inspecter nos livres. Après tout, ‘un honnête homme n’a rien à craindre’, ni une organisation honnête”.

« Si, comme organisme, nous sommes coupables de quelque infraction de la loi que ce soit, alors, faisons, en tant qu’organisation, ce que chacun de nous ferions comme individu. Reconnaissons notre tort ― repentons-nous ― demandons pardon à Dieu ― et FAISONS LE BIEN ! Mais, au nom de notre Seigneur Jésus-Christ, CESSONS TOUTE DISSIMULATION ET ARRÊTONS D’AGIR COMME DES CRIMINELS EN RÉSISTANT À L’AUTORITÉ ÉTABLIE !!

« D’un autre côté, si nous sommes sans tache et droits, une enquête publique ne fera que le confirmer ! Alors, gardons les portes ouvertes pour que le monde entier puisse savoir que nous n’avons rien à cacher, que nous n’avons pas honte de quoi que ce soit ― moralement, doctrinalement et financièrement !

« En tant que corps et organisation, mettons réellement les paroles de Jésus en pratique : “Ainsi, que votre lumière luise devant les hommes, afin qu’ils voient vos bonnes œuvres, et qu’ils glorifient votre Père qui est aux cieux” (Matthieu 5:16).

(Fin de la lettre)

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[1] Shanghaïé : Ce terme est expliqué au Chapitre 17.




D.212 – L’INEXTRICABLE TOILE D’HERBERT W. ARMSTRONG – Partie 14

 

Regard interne sur l’Église Universelle de Dieu

Par DAVID ROBINSON

 

Chapitre 13

CONVERSATIONS ET CONFRONTATIONS AVEC STANLEY RADER

 

À mesure que s’écoulait l’année 1978, difficile et vraiment incroyable, et que l’on approchait de la Fête, je décidai de passer quelques temps avec Stan Rader. Je voulais le connaître le mieux possible, puisqu’il apparaissait évident qu’il détenait un pouvoir d’un niveau jusque là inconnu dans l’église.

Après que M. Armstrong eût écrit aux membres, en juin, ordonnant ouvertement et avec emphase à Stan de vendre le Quest, un grand nombre de membres attendirent de voir ce qui allait se passer. Ils décidèrent d’en faire un test. Si le Quest était vendu, on saurait qui était en charge. Peu après, lorsque commencèrent à provenir de Tucson et de Pasadena les signes indiquant qu’il n’y aurait pas de vente ou de cession de ce magazine séculier et incroyablement profane subventionné par l’église, les gens doués de raison furent convaincus du pouvoir de Stan.

Big Sandy : octobre 1978

Quand, en fin de compte, on annonça l’horaire du G-II, on planifia que le groupe Armstrong/Rader allait rester quelques trois jours à Big Sandy. Vu mon poste de coordonnateur de la Fête, je fus en position de passer du temps avec Stan, s’il coopérait. En conséquence, quand les journaux publièrent des reportages et des photos de Pasadena en surnommant Stan « d’Héritier apparent » d’HWA, ou de « Prince couronné », et lorsque les journalistes locaux appelèrent pour demander des entrevues avec Stan, je contactai le site de la Fête à St-Petersburg pour discuter de la chose avec Stan. De toute manière, il s’agissait d’une tâche officielle. Je fis une couple d’appels avant de le contacter et, à la deuxième conversation avec lui, Stan me demanda d’arranger une conférence de presse à 9h30 dans la Maison des Invités sur le campus de Big Sandy. Je crois que c’était un mardi.

Le lundi après-midi, 16 octobre, lorsque le G-II arriva à l’aéroport de Gregg County, un bon nombre des ministres les plus âgés étaient là pour rencontrer HWA, comme le voulait la coutume. Souvent, les ministres que M. Armstrong connaissait personnellement n’étaient pas sûr de devoir faire cet effort ou non, parce que les dispositions et le climat des politiques de l’église changeaient. M. Armstrong ne reconnaissait pas de figure la majorité des gens du ministère, en 1978, et il ne savait pas leur nom, à moins que l’un d’entre eux ait été récemment le centre d’intérêt. Mais à cause des événements étant survenus plus tôt dans l’année, la politique voulait que ceux qu’il connaissait fassent l’effort de se montrer en bonne place. Aussi, comme l’exigeait ma tâche, je demandai aux personnes concernées de se présenter, ce qu’elles firent. Il y a environ trente minutes de trajet à faire et, par un chemin détourné, on évite le gros du trafic. Il peut s’avérer très agréable de rouler à travers les forêts de l’est du Texas, le long des chemins retirés.

Nous utilisâmes la voiture de fonction, une Buick Electra 1976 chargée de toutes les options et d’une radio émettrice pour HWA. Nous louâmes des Ford pour les autres, y compris les Rader.

J’allai à la rencontre de M. Armstrong quand il descendit de l’avion. Il ne fut pas très chaleureux, mais bavarda un peu avec les ministres et leurs épouses attroupés sur la passerelle.

Mel embarqua les bagages dans la Buick et Ramona Armstrong monta rapidement à l’arrière de la voiture, apparemment réticente à se mêler aux autres. Je lui parlai brièvement au travers de la fenêtre ouverte de la voiture, en me présentant, puisque c’était la première fois que je la rencontrais.

Pendant ce temps, Stan était laissé à l’écart. Son épouse, Niki, leur jeune fille et leur beau-fils étaient du voyage. Je leur offris de les conduire à Big Sandy et Stan sembla en être content.

Mon but était de mieux connaître Stan. On parlait contre lui partout. La fumée montait autour de lui depuis des années, d’énormes volutes de fumée. Je ne connais pas un seul ministre qui ait dit du bien de lui en privé. Quoi que plusieurs parlaient de lui en bien en public, comme le voulait la politique, ils changeaient de cap au sein de leurs pairs. Or, il n’y eut jamais de figure plus controversée dans l’église que Stan Rader, même pas GTA, je pense. Mais, en cette époque de la Fête de 1978, il m’était apparu très clairement qu’HWA ne pouvait ou ne voulait pas se séparer de Stan. Son propre fils pouvait partir, un grand nombre de ministres et de membres pouvaient trouver difficile de concilier les événements au christianisme, mais Stan resterait. Donc, si je voulais pouvoir fonctionner, je devais savoir pourquoi.

Je me suis aperçu qu’une des meilleures manières de jauger un homme cultivé, c’est de trouver qui sont ses héros et où il se positionne face à certaines questions. La majorité des gens sont prêts à discuter de ces choses avec quiconque sait bien amener le sujet.

Or, tout le monde le sait, Stan est fort brillant et très cultivé. Il est aussi très sûr de lui dans une conversation où la discussion tourne autour de ses centres d’intérêt. Histoire, philosophie, politique, affaires, tout l’intéresse. Il semble avoir une bonne mémoire et mentionne qu’il est adepte de la chronique ; il conserve des registres écrits sur les domaines où il est impliqué.

Les événements en Iran devenaient critiques à l’époque, rendant soucieux la plupart des Américains renseignés en ce qui concerne les répercussions de la révolution sur notre propre économie et notre position sur cette partie du monde, comme sur l’économie mondiale. Je fus surpris de découvrir que, non seulement Stan pensait-il que la révolution était inévitable à cause de l’étendue de la corruption du gouvernement du Shah, mais il la croyait même désirable. Il ne projeta pas de scénario rassurant et je fus incapable de conclure pourquoi il avait ce sentiment, à moins qu’il y ait eu association émotive dans son esprit entre le Tsar russe d’il y a quelques soixante ans et le Shah d’Iran de 1978.

Je lui demandai s’il avait lu le livre Nicolas et Alexandra et il répondit que oui. J’avais lu ce livre environ un an auparavant et j’ai vu le film une couple de fois. Lire le livre fut bien plus instructif, car il entrait dans les détails des événements et leurs antécédents dans la Russie de jadis. Je fus sûr qu’il y avait des sentiments d’attachement émotif (je comprenais sans être d’accord). Il me mentionna ensuite que la Révolution russe avait fait avancer la Russie de 50 ans. Le régime du Tsar avait freiné l’industrialisation et le progrès dans d’autres domaines.

Je déclarai que Nicolas et Alexandra avait fait valoir le contraire de manière convaincante. En Angleterre, lors de la Deuxième Guerre Mondiale, j’avais lu un livre écrit par un Américain à Moscou pendant la Première Guerre Mondiale et qui avait vécu la Révolution dans toute sa fureur. Il avait rapporté que l’industrialisation avait évolué à un taux remarquable sous le Tsar, tel que mentionné dans le livre Nicolas et Alexandra. En me fondant sur toute information qui m’était disponible, j’ai longtemps eu le sentiment que la Révolution communiste fit beaucoup reculer la Russie et le reste du monde et ce n’est que la menace communiste en provenance de l’Est qui permit à Hitler d’atteindre le succès en Allemagne et, par conséquent, d’exécuter ce qu’on appelle communément aujourd’hui « l’holocauste ». (Dans son best-seller intitulé Le monde de nos pères, Irving Howe donne les détails de l’émotivité ressentie contre le Tsar russe et le communisme durant cette longue période de l’histoire couvrant presque un siècle.)

Stan répliqua que ses informations à lui disaient que la Révolution russe avait été une bonne chose pour la Russie.[1]

Nous parlâmes ensuite de l’Allemagne. Je dis qu’à la lumière de ce que nous savons aujourd’hui à propos de notre identité biblique, c’est-à-dire que les Etats-Unis et l’Angleterre sont l’Israël moderne[2], et en regardant rétrospectivement l’histoire de notre siècle, le monde se serait porté tellement mieux si l’Allemagne avait accepté de jouer le second rôle européen derrière la Grande-Bretagne et suivre volontairement le leadership britannique dans sa politique étrangère. La prospérité de l’Allemagne était assurée et son prestige était fort élevé dans le domaine des sciences, de la médecine et de la musique, et ses produits industriels perçaient rapidement le commerce mondial. D’un point de vue historique, je tenais l’Allemagne largement responsable de la Première Guerre Mondiale. Elle avait créé un climat de guerre en Europe et ce n’était pas très sage.

Stan soutint la position de l’Allemagne dans cette guerre. Plus tard, je ne fus pas surpris de voir que Stan Rader avait une vision continentale européenne sur les choses, en opposition au point de vue anglo-américain que HWA avait toujours projeté dans ces domaines.

Durant ce temps, nous avions atteint le campus et la Maison des Invités sur le Lac Loma. Mme Rader s’aperçut qu’il n’y avait pas de sa céréale sèche favorite dans la cuisine, de même que plusieurs autres items qu’elle désirait. Même si l’heure était avancée, je m’offris à me rendre en ville pour voir si je pouvais trouver ce qu’elle voulait. Chez Cox, on n’avait pas cette céréale en stock, mais j’en trouvai dans l’épicerie du cinéma plein air à l’ouest de Big Sandy. À mon retour, Stan et moi nous sommes assis dans le salon pour prendre un verre. Il me demanda d’assister à la conférence de presse, le matin suivant, pour voir comment il manipulait les journalistes.

Les reporters s’assemblèrent dans mon bureau du Bâtiment d’Administration de la Fête. J’avais pris soin de mes responsabilités du matin afin de pouvoir me rendre à la Maison des Invités avec les journalistes à 9h30. Les assemblées ont lieu quotidiennement durant les huit jours du festival d’automne et le coordinateur a la responsabilité de voir à ce que tout fonctionne rondement. Mais je voulais voir comment Stan opérait dans ce genre de situation. Nous nous rendîmes à sa maison sur le lac, j’introduisis les reporters et la conférence commença. Les journalistes furent amicaux et, quand on posa des questions ardues, ils se montrèrent modérés.

Évidemment, l’affaire Garner Ted surgit. Il avait établi son bureau chef à Tyler plus tôt dans l’année et possédait un bon réservoir de soutien parmi les médias locaux. Une des journalistes, je crois qu’il s’agissait d’une jeune femme du Tyler Telegraph, s’enquit de l’église de GTA, l’Église Internationale de Dieu. Stan répliqua que ce n’était pas une église. Ce n’était qu’une corporation. Lui-même et deux personnes pouvaient se rendre à Austin afin de s’incorporer et se déclarer une église. C’était évidemment jouer sur les mots, ce n’était pas une preuve. Mais tant qu’on n’y réfléchissait pas sérieusement, on ne pouvait pas savoir comment décrire ou définir une église. Et Stan n’a jamais défini ce qu’était une église. Cependant, les reporters, sans doute pas très ferrés question théologie ou loi, ne posèrent pas les bonnes questions en la matière.

J’eus le sentiment, à ce moment-là, que Stan comptait sur un relatif manque de raffinement et ne faisait que jouer avec son auditoire. La question à savoir ce qui constitue une église est, et a toujours été, une question pendante. Ce qui constitue l’Église a fait l’objet de chauds débats au fil des siècles. Cela a dû intéresser beaucoup Herbert Armstrong dans les années 1930 et 1940, et ça l’intéresse sans doute encore aujourd’hui. Mais, lors de cette rencontre, Stan la chassa du revers de la main comme une mouche importune.

Ils posèrent des questions à propos du campus de Big Sandy, sujet de grande inquiétude pour toute la population locale qui avait économiquement bénéficié pendant des années de l’opération du collège et du festival annuel. Serait-il vendu ? À quoi devait-on s’attendre ? Ou, insista un reporter, était-il déjà vendu ? Stan répondit par la négative, mais le campus était à vendre. Il justifia le prix de vente annoncé de 10 millions $ et plus. Une rumeur locale circulait largement que la propriété valait beaucoup plus que ça. Plusieurs de ceux qui étaient là le pensaient aussi. J’étais d’accord avec Stan quant à la valeur marchande de la propriété.

La valeur marchande n’est que celle à laquelle on peut vendre, c’est tout. Cette propriété était unique, mais il y avait des problèmes architecturaux et de regroupement ainsi que des difficultés d’amélioration et de distance à cause de sa situation géographique. De plus, certains bâtiments furent érigés de manière temporaire et, conséquemment, étaient faits de matériaux peu solides. Il est très difficile d’évaluer précisément ce genre de propriété. La valeur historique était sensiblement plus basse, mais l’exercice comptable en la matière peut s’avérer fautif.

Je pense que Stan manoeuvra le sujet au mieux de ce qu’il pouvait. Sa méthode est de parler longuement. Dans le processus, il s’étend sur de nombreuses choses, tout cela visant à présenter ce qu’il voulait que vous pensiez et, par un long monologue, le rendre plausible. J’ai remarqué, après avoir lu les comptes-rendus de réunions avec ses employés, que c’est son style habituel.

Ils voulaient bien sûr savoir s’il serait le leader de l’église lorsque Herbert Armstrong mourrait ou deviendrait handicapé. Il répliqua très discrètement que pareille chose était impossible, car il n’était même pas ministre. Mais il ne se plaignit pas du tout des articles parus dans les journaux locaux récents le nommant comme « héritier présomptif ». La veille, il avait jeté un coup d’œil sur les coupures de presse sur lesquelles apparaissaient des photos de lui et avait remarqué que les articles étaient « biens ». Il dit qu’HWA avait dû se charger de Ted à cause de sa choquante indiscrétion et de son total manque d’égard filial à l’endroit de son père.

Quand la conférence de presse fut terminée et que les reporters furent repartis, Stan eut à évacuer une grande tension nerveuse et il voulut prendre une marche. Je lui dis que je devais retourner à mon bureau, car il y avait des tâches qui m’attendaient, et il me demanda de faire le chemin avec moi. C’est quand même une bonne marche ― un demi kilomètre ― et nous bavardâmes en marchant. Stan m’expliqua sa relation avec HWA, laquelle relation peu de gens comprenaient. Nous prîmes la direction de la partie est du centre de congrès et entendîmes Burk McNair parler, car il donnait le sermon du matin. Dehors, il y avait les mêmes personnes qu’à l’habitude ― des mères avec des bébés en pleurs, des gens qui ne peuvent demeurer assis longtemps à cause de certaines incapacités physiques et des vieillards ayant des problèmes de circulation sanguine et qui doivent bouger. On doit ajouter à ce groupe les hommes assignés comme placiers et patrouilleurs. Ces gens nous virent déambuler, Stan et moi, alors que Stan parlait fort, ventilant sa tension nerveuse après la conférence de presse. Il expliquait sur un ton bruyant qu’il devait parfois crier après HWA, répétant que bien peu comprennent vraiment leur relation. Je ne pus m’empêcher de me demander ce que pouvaient penser ceux qui l’entendaient, mais je chassai vite cette pensée qui m’apparut d’une importance passagère. Je crois que je me rappellerai toujours de l’aspect d’opéra comique de cet événement. Ç’aurait pu être drôle, n’eut été du grand sérieux des sujets traités dans la discussion.

Lorsque nous arrivâmes au Bâtiment de l’Administration de la Fête, au sud du centre de congrès, nous nous rendîmes directement à mon bureau. Pour la période de la Fête, j’employai ce qui avait été le bureau de Bill McDowell quand il était directeur festivalier et qui était normalement utilisé par Jack McKinney du bureau festivalier. Jack était dans une autre assignation et je préférais avoir celui-ci quand j’étais coordonnateur festivalier à Big Sandy.

Fait assez ironique, et très démonstratif des opérations internes de l’église, Jack avait écrit des rapports sur Stan Rader et Osumu Gotoh pendant qu’il était encore à Pasadena, enfin… selon Sherwin McMichael. Et voilà que Stan et moi étions à bavarder intensément dans le bureau où travaillait Jack à longueur d’année, moi sachant ce que Jack avait fait quelques années auparavant, lorsque Sherwin s’attendait à ce que Ted sorte victorieux ! Mais ce n’est qu’un aparté.

Je baissai le volume du haut-parleur (le système de son était amené dans les bureaux avec un contrôle du volume sur le mur), car Stan n’était pas le moindrement intéressé au sermon de Burke. Stan et moi continuâmes à discuter de la relation unique qu’il entretenait avec HWA. J’abordai ensuite la question des contrats. Je dis à Stan que j’avais beaucoup de difficulté à concilier l’affaire des contrats accordés à lui-même et à HWA ― contrats impliquant des chiffres élevés.

Il me dit qu’il était coutumier, dans les affaires à l’américaine, que les trois têtes dirigeantes d’une corporation aient des contrats ― des contrats passablement élevés.

Je m’écriai d’un air consterné : « Mais c’est une église ! » Ce fait devait assurément peser lourd dans la balance. On nous a dit de croire en la foi, d’avoir confiance en Dieu en la matière.

Il me répliqua que son niveau salarial avait été discuté et négocié avant qu’il ne devienne membre. Bien que j’aie compris que son dernier contrat avait été négocié après son baptême, je ne mentionnai pas ce fait. Il me dit qu’eux trois, Herbert Armstrong, Garner Ted et lui-même, avaient des contrats ― les trois têtes dirigeantes. Il tenta encore de m’expliquer les contrats d’une manière plausible.

Je lui dis qu’il rationalisait. Il me répondit que non. Je répétai ma première déclaration. Il me dit qu’il rationalisait peut-être la partie de Garner Ted. Je le niai, il rationalisait tout. Rendu à ce point, nous laissâmes tomber la question et continuâmes sur autre chose. J’allais encore soulever de nouveau la question le mois suivant à Pasadena.

Il est très facile de parler à Stan quand il veut bien mettre son ego de côté et l’on rapporte qu’il peut aisément s’ajuster au niveau de la personne avec laquelle il converse. Je crois que cette affirmation est vraie en général. Sa conversation peut s’avérer très intéressante pour une personne qui possède des intérêts communs. Si je comprends bien, il parle couramment français, mais je ne sais pas quant aux autres langues.

Bientôt, juste après que se terminent les assemblées, Niki Rader entra dans le bureau, car elle voulait que Stan aille avec elle en quelque part, mais il ne voulait pas y aller. Ils ont parfois de ces prises de bec. Mais cette fois-là, je devais me rendre ailleurs et Stan avait des choses à faire. Il m’invita à la maison pour passer la soirée, mais j’avais encore des tâches, comprenant une réunion ministérielle avec HWA dans l’après-midi. Il y avait également Wayne Cole, alors directeur de l’Administration à Pasadena (je crois que c’était le titre à ce moment-là ; ça changeait de temps à autre), qui arrivait et j’avais l’intention de le rencontrer à Tyler.

Bill Bradford (pasteur de l’église de Shreveport) avait demandé s’il pouvait aller prendre Wayne, mais j’avais décidé d’y aller moi-même, car, le connaissant depuis longtemps, je voulais parler un peu avec lui et je pensai que ce serait la meilleure opportunité.

Bill m’expliqua qu’ils étaient de bons amis ; je m’arrangeai donc pour qu’il aille le reconduire à Tyler quand le moment serait venu qu’il se rende à un autre site de Fête. (Il est malheureux de voir ce que quelques courts mois peuvent faire entre des amis de longue date et ce, au nom de la religion !)

HWA parla longtemps lors de la réunion ministérielle de l’après-midi. Pendant cette réunion, il admonesta son fils et nous resservit la même histoire que nous avions déjà entendue à de nombreuses reprises. Il était intéressant de remarquer ceux qui s’étaient installés en avant et en face et qui signifiaient vigoureusement leur approbation de la tête à peu près à chaque paragraphe. Ces mêmes ministres et leurs épouses faisaient exactement la même chose devant Ted à peine quelques mois auparavant.

L’avion de Wayne arriva à l’heure et la conversation s’étendit sur tout le trajet d’environ une heure et demi. Pas que ce fut tellement révélateur, car Wayne marchait encore sur la corde raide, une barre stabilisatrice dans les mains, ne sachant vraiment pas qu’il serait renversé avant trois mois. Personne ne savait, à l’époque, ce que nous réservait le début de janvier 1979. Mais ce que Wayne me dit d’intéressant, c’est qu’HWA lui avait offert un contrat quand il était descendu du Canada pour remplacer Ron Dart ― offre qu’il refusa immédiatement. Il ressentait comme anormal de signer un contrat pour son travail dans le ministère. Je pense qu’il avait raison.

Ce soir-là, je me rendis à la demeure d’HWA pour voir s’il avait besoin que je fasse quelque chose pour lui et aussi parce que Buck Hammer m’avait fait requête de lui demander l’ensemble de chambre à coucher de la maison. Cette demeure avait été construite par Roy et Pearl Hammer. Roy Hammer était décédé dans ce lit en 1962 et Buck tenait à le conserver, car, à l’époque, les mobiliers de maison étaient transportés à Pasadena. Donc, quand j’entrai, je trouvai HWA assis dans son fauteuil du salon, se préparant à regarder un des matches de la Série mondiale à la télévision. Quand il me vit, il me demanda si je voulais lui parler. Il me dit qu’il accepterait, mais qu’il voulait vraiment regarder le match. Je lui dis que je ne voulais interférer en rien ; je ne lui formulai que la requête de Buck à laquelle il acquiesça.

Stan m’avait demandé de garder les ministres loin d’HWA pendant qu’il était là. Bien que je sache que c’était une des choses pour lesquelles on critiquait Stan, je savais aussi que c’était également le vœu d’HWA et j’ai donc fait circuler l’information qu’ils ne pourraient lui rendre visite ; je pense que très peu le firent sinon aucun. Le lendemain matin, je me rendis chez Stan manger un déjeuner d’œufs brouillés et céréales préparées pas Niki.

Pendant le repas, la fille nouvellement mariée des Rader se joignit à la conversation. Je parlai de l’égalité telle que défendue par les sociologues modernes et expliquai le mal que faisait ce concept à notre société. Même si les gens trouvent que cela sonne bien à l’oreille, ils ne comprennent tout simplement pas les conséquences d’un pareil enseignement, soulignai-je. Elle amena quelques exceptions, comme on devait s’y attendre d’une jeune personne fraîchement sortie du collège aujourd’hui.

Stan expliqua gentiment, mais fermement, que tout le concept était faux. L’égalité n’était ni possible, ni désirable. Quoi qu’il semblât de tout son être en faveur de la révolution, il savait également que les slogans de la révolution étaient intenables, comme le savaient aussi les leaders de la révolution de 1917 en Russie et les leaders de la révolution de 1978 en Iran. Je me rappelle avoir été surpris de constater que sa fille n’ait pas été instruite de la chose.

HWA devait prendre la parole le mercredi matin. Après les hymnes et la prière d’ouverture, Randy Dick, le directeur musical, le présenta et il parla un peu. Ensuite, il introduisit Stan, comme d’habitude. Ce dernier fit son petit laïus d’usage, sauf que, cette fois, il se montra plus autoritaire et gonfla HWA plus que de coutume. Je marchais dans la salle pendant son speech, notant beaucoup de réactions négatives. Mais, à la fin, fusèrent les applaudissements épars et polis. M. Armstrong avait quelque peu encensé Stan. Bien sûr, lorsque HWA était entré dans la salle, on l’avait accueilli par une ovation debout, comme c’était devenu la tradition depuis quelques années.

Les applaudissements à son égard avaient débuté quelques dix ans auparavant et il ne les repoussa pas comme il l’avait toujours fait avant. Il enseigna pendant des années, jusqu’à il n’y a pas si longtemps, que les applaudissements étaient inacceptables dans les assemblées de l’église et ce, pour quelque raison que ce soit. Puis, les applaudissements à l’occasion de musiques spéciales furent légèrement encouragés, et tout partit de là. Maintenant, les ovations sont entrées dans la tradition. On s’y attend ― à chaque fois. La liste est longue des ministres ayant dénoncé les applaudissements, particulièrement suivant les sermons. Mais, la plupart du temps, ils en parlaient en privé seulement. On peut tirer ses propres conclusions quant aux mérites des applaudissements dans les assemblées de l’église, mais cette coutume s’y glissa au moment où de nombreux problèmes commencèrent à sourdre en son sein. Ce n’est pas que les applaudissements dans l’église y amenèrent ces troubles, mais cela pourrait bien expliquer un changement opéré dans l’esprit d’HWA à l’époque ― changement indiquant un état d’esprit des plus égocentriques. Au sein de la relation existant entre le divin et lui-même, il en rétrécissait à chaque fois un peu plus le gouffre dans l’esprit des gens et peut-être le sien aussi. C’est en 1976, je crois, qu’un des anciens que je connaissais depuis des années décida de quitter l’église. Il m’expliqua que cette affaire fut le facteur décisif pour lui. Il avait le sentiment qu’HWA enlevait à Dieu l’admiration des gens et se l’appropriait au détriment de l’église. Je me sentais moi-même tendu à ce sujet, mais il me semblait que les autres bénéfices pesaient plus lourd que la faute. Or, il n’y a pas de doute que le symptôme annonçait une maladie sérieuse.

Cette question me rappelle l’explication récente des « cajoleries ». On dit que tout le monde a besoin de se faire « cajoler », mais certains plus que d’autres. Les « cajoleries » revêtent toutes sortes de formes, mais essentiellement, ce genre-là de « cajoleries », c’est l’assentiment, l’indication d’une acceptation et l’approbation. La louange est nécessaire à tout le monde. Des recherches scientifiques démontrent que certaines personnes peuvent fonctionner en se faisant louanger une fois par année, quand elles émergent de leur renfermement. C’est toujours nécessaire, mais on n’en a pas si souvent besoin. À l’autre extrême, il y a l’artiste qui a besoin de ses dix milles cajoleries quotidiennes pour survivre. Ces caresses, ces louanges, viennent sous forme d’applaudissements sans lesquels beaucoup d’artistes ne peuvent vivre. Vous saurez tirer vos propres conclusions à savoir s’il y eut transition d’un état d’esprit à l’autre dans le cas d’HWA.

En tant que coordonnateur, je m’assois habituellement toujours dans le même siège situé stratégiquement et protégé par l’équipe de placiers. Ainsi, je puis être localisé en tout temps, car il arrive fréquemment qu’un problème requière l’attention du coordonnateur. S’il s’assoit toujours à la même place et qu’on le sache, tous ceux qui en ont besoin peuvent le rejoindre. L’accès facile contribue à son efficacité et au fonctionnement harmonieux d’une réunion de plusieurs milliers de gens, De plus, puisqu’il est responsable de toutes les annonces et qu’il a le contrôle global, il lui faut être à proximité du directeur de chants et des orateurs. En général, je m’assoyais dans la deuxième ou troisième rangée à l’intérieur de la section choisie par les orateurs et habituellement par les ministres.

Parfois, il fallait que le coordinateur réponde à des appels téléphoniques, ce qui survenait même pendant les assemblées. Ça n’arrivait pas souvent, mais j’en eus un durant le sermon d’HWA.

Un message me fut livré et je sortis par la porte ouest, juste au nord de l’estrade. Quand je me trouvai dehors, Niki était là, semblant un peu perdue. Elle arriva en courant, disant qu’il lui fallait se rendre à la toilette des dames, dans l’autre bâtiment, et elle me demanda si je pouvais faire le chemin avec elle. Je lui répondis que j’en serais heureux et que, de toute façon, j’avais à m’y rendre pour prendre un appel.

Eh bien, elle me saisit par le bras et s’y pendit tout le long du chemin menant au Bâtiment de l’Administration de la Fête, dans le lobby et dans le hall. Évidemment, je me sentais un peu drôle, mais je ne lui fis pas remarquer qu’il aurait été mieux de ne pas présenter pareille image. Je l’accompagnai simplement avec un sentiment étrange, que je décrirais comme un mélange d’amusement et de consternation. Mais Niki pouvait être fort plaisante et contribuait parfois à égayer les choses.

Je me réjouissais de mon contact avec Stan pour plusieurs raisons. Une de ces raisons était que nous avions du plaisir à converser et que, je crois, nous en étions tous les deux stimulés. Je suis sûr que Stan avait du temps devant lui à cause de l’arrêt à Big Sandy plus long qu’à l’habitude. Et Big Sandy n’est pas un endroit réputé pour avoir beaucoup d’attractions intéressantes. J’avais le sentiment que nos entretiens n’étaient pas encore complets et lui mentionnai que j’avais l’intention de me rendre à Pasadena le mois suivant (une idée qui venait de surgir en moi). Je lui demandai s’il avait du temps à consacrer à nos entretiens. Il me répliqua que je devrais alors appeler pour m’assurer qu’il était en ville et que, advenant le cas, il prendrait le temps de bavarder. Il me donna son numéro de téléphone à la maison et voulut que j’appelle si jamais quelque chose d’important survenait. Il mentionna de plus que je devais appeler si quoi que ce soit se développait de la part des médias.

Le groupe du G-II partit peu après le sermon d’HWA. Tout le groupe sortit de la salle pendant le chant de fermeture, comme d’habitude, et HWA jeta un regard très désapprobateur sur sa nouvelle épouse en voyant par derrière l’embonpoint qu’elle avait acquis. Ce fut un incident notable pour ceux qui étaient assis aux alentours et qui se rappelaient la belle silhouette et le port altier de Mme Loma Armstrong, même quand elle avait plus de soixante-dix ans.

Je conduisis la famille Rader à l’aéroport et nous poursuivîmes notre intéressante conversation sur plusieurs sujets. Quand nous arrivâmes là où était posé le G-II, Stan me demanda de monter à bord, car M. Armstrong n’était pas encore arrivé. Stan fit apporter de la bière froide et des sandwichs par les stewards pendant que nous parlions des affaires de l’église. Stan énuméra des informations se rapportant à HWA, à la haute politique, aux dirigeants de l’administration extérieure au ministère et certaines de ceux dans le ministère. Il ne semblait pas comprendre le ministère comme tel, et n’offrit aucun indice démontrant qu’il comprenait réellement la doctrine de l’église. Mais il saisissait très bien les affaires séculières.

Avant la fin de la semaine, les nouvelles locales furent remplies de l’annonce de vente du campus à deux des trois différents groupes ecclésiastiques. Les journaux, enfin, certains d’entre eux, se montraient assez spécifiques quant à la vente et au transfert imminent de la possession des propriétés. Le campus fut plein de gens bouleversés demandant toutes sortes de questions. M. Armstrong leur avait dit, quelques années auparavant, que cette propriété était transférée à Dieu par acte notarié. Beaucoup de gens croyaient vraiment que Dieu possédait la propriété de manière légale (bien sûr, tout Lui appartient, de toute façon), et ils étaient perplexes à la pensée qu’on pouvait maintenant la vendre. Bon nombre avaient contribué aux fonds de construction tant et plus, il y a bien des années, et ils étaient grandement affligés par les reportages. Beaucoup de gens dirent que, peu importe ce qu’en disaient les journaux, la propriété ne serait jamais vendue.

Les reportages m’arrivèrent sous diverses formes, d’abord par le système directeur, ensuite par des notes laissées au Bureau de la Fête, et enfin par des gens venus me le dire en personne. Dans les circonstances, je crus nécessaire de faire une annonce officielle. Par conséquent, ce soir-là, Dan Ward et moi allâmes à mon bureau et j’appelai Stan à la maison.

Souvenez-vous qu’HWA m’avait mentionné, pendant son séjour, qu’il pensait que la propriété était déjà vendue. Il me dit qu’elle coûtait vraiment trop cher à maintenir ― 750 000 $ par année ― et qu’on devait la laisser aller. Je savais qu’il n’était pas au courant des détails des négociations ― du moins, c’est ce qu’indiquaient ses commentaires.

Stan se présenta rapidement au téléphone et je le mis au courant de l’état des choses à Big Sandy. Il m’ordonna d’appeler tous les journaux et de les menacer de poursuites judiciaires immédiates s’ils ne se rétractaient pas. Eh bien, les journaux s’étaient montrés pendant des années très amicaux dans notre région et j’étais certain qu’ils imprimaient leurs histoires de bonne foi et assurément selon la bonne tradition journalistique. Donc, évidemment, je n’appelai aucun journal pour les menacer de poursuites.

J’avais parlé avec Stan de ce que le magazine Quest était un handicap pour l’église et que les membres s’en méfiaient. Il avait mis tous les problèmes concernant le magazine ― problèmes que Sherwin McMichael aimait à qualifier « d’art du démon » ― sur le dos de Robert Kuhn et de Ted Armstrong. Il ne prit aucun blâme pour ces articles incroyables et tout le reste.

Ainsi, dans la conversation téléphonique de ce soir-là, laquelle, si je me rappelle bien, eu lieu un samedi soir, Stan loua le magazine Quest en me disant que j’aimerais la nouvelle approche qu’il revêtirait dès lors. Je lui dis que c’est par des choses comme le Quest que commencerait l’aliénation de l’église, car toute personne réfléchie trouverait difficile de concilier ce que présentait le magazine et ce que nous enseignions en tant qu’église. (Ce que je ne savais pas, c’est la rapidité avec laquelle l’église pouvait changer sa doctrine pour quelle s’adapte à la littérature du Quest.) Il se créerait un problème de crédibilité qui mènerait à l’aliénation, un peu comme ce qui est arrivé au gouvernement fédéral lors du Watergate. Nous conversâmes encore un peu au téléphone avant de nous entendre pour reprendre notre entretien le mois suivant. Stan insista pour que je l’appelle s’il y avait un problème quelconque au sujet des articles de journaux ou n’importe quoi d’autre.

Le lendemain matin, nous fîmes une annonce à l’effet qu’aucune vente n’avait été finalisée, mais que les négociations continuaient. L’annonce disait que les déclarations des journaux et de la télévision étaient pour le moins prématurées. Cela sembla calmer beaucoup de gens qui se réfugiaient alors dans la prière (enfin, c’est ce que nous rapportèrent un certain nombre de gens) en espérant que Dieu ne permettrait pas que soit vendue la propriété.

Pasadena : novembre 1978

J’appelai Stan Rader au téléphone. Il me dit qu’il serait libre à partir du 6 novembre, un lundi, si j’allais le visiter. Je m’envolai le dimanche précédent et des amis de longue date vinrent me chercher à l’Aéroport International de Los Angeles vers minuit. Je leur fis savoir que j’allais avoir quelques entretiens avec Stan Rader, ce à quoi ils répliquèrent du tac au tac que Stan chargeait 150 $ de l’heure, selon l’estimation du coût de son contrat avec l’église et les avantages. Je pense qu’ils ont dû sous-estimer le coût. Ils n’avaient rien à dire de bon à propos de Stan. Ce genre d’attitude générale face à Stan prévalait dans l’église. Toutefois, ils étaient prêts à reconnaître son pouvoir et son étroite relation avec HWA. Ils étaient simplement incapables de s’expliquer ce pouvoir durable de Stan. Ils étaient sûr qu’il y avait anguille sous roche. Il faisait bon de revoir de vieux amis et de savoir comment ils allaient. Ils avaient acquis assez d’immobiliers, il y a quelques années, pour faire de l’argent lors du boum économique en Californie et se portaient bien financièrement.

Le lendemain matin, 6 novembre 1978, je me rendis au Département de Transport. Là, je fus présenté à John Kineston, époux de Virginia Kineston, secrétaire exécutive de Stan. John était un genre de coordonnateur entre Stan et le transport ; il était également relié, d’une manière ou d’une autre, à la sécurité rattachée au quatrième étage du Hall d’Administration. Il m’offrit de me conduire en voiture à l’immeuble à bureaux et j’acceptai. Il me dit avoir connu mon fils, John, au collège, quelques années auparavant. Je ne sais pas où furent John et Virginia toutes ces années. Stan s’arrangea pour que j’aie du transport pendant mon séjour et John Kineston m’apporta les clés d’une voiture au bureau.

Lorsque je montai au bureau de Stan (l’ancien bureau de Garner Ted), Virginia Kineston et Mary Ellen Dahldren, nouvelle belle-sœur d’HWA, étaient dans les bureaux extérieurs. La dernière fois que j’y étais allé, la belle-fille d’HWA, Lois Chapman, et Anita Dennis étaient assises dans ces chaises-là. De ce que j’ai compris, elles sont maintenant toutes deux ex-membres de l’église.

Je me présentai à Virginia, car je ne l’avais jamais rencontrée avant, en autant que je puisse me le rappeler. Elle me conduisit directement au bureau de Stan.

Stan fit apporter du café et nous nous sommes assis à la petite table près du bureau. Il ne s’assit pas une seule fois derrière son bureau pendant la majeure partie des deux jours où je fus là. Ce qui contrastait fortement avec Rod Meredith qui aime à s’asseoir derrière son bureau de manière officielle. Nous reprîmes notre conversation là où nous l’avions laissée quand il quitta Big Sandy le mois précédent.

Je lui mentionnai que je n’étais jamais venu dans ce bureau auparavant. J’étais allé dans les bureaux extérieurs, mais pas dans celui-ci. Stan semblait fier de ce bureau. C’est plutôt joli, avec une excellente vue (quand le smog le permet) sur le Mont Wilson au nord-est. Le bureau est spacieux et bien aménagé.

Stan fit retenir tous ses appels et Virginia n’eut pas à nous interrompre souvent. Je dis à Stan que j’avais été dérangé par le « dosser médiatique » de Henry Cornwall, l’année précédente, et j’avais le sentiment qu’un non membre n’avait pas d’affaire à utiliser l’argent de l’église et le prestige de Stan pour attaquer Ron Dart, alors directeur de l’Administration Pastorale. Et je trouvais très remarquable qu’une telle attaque soit postée à tous les ministres de l’église. J’appelais cela de la subversion, et que c’était difficile à justifier. Mais Stan semblait très fier de cette opération. Il me dit que Ron Dart était un homme de paille, attendant qu’on l’emploie. Si Ron Dart n’avait pas été disponible à cet effet, il aurait créé un autre homme de paille ! De toute évidence, s’il pouvait frapper Dart, cela exposait Ted et il pouvait dès lors travailler sur lui ― la vraie cible visée. J’insistai sur le fait d’utiliser Cornwall de cette façon. Stan balaya cavalièrement l’objection du revers de la main. Sans importance.

Stan passa ensuite quelques temps à réprimander la conduite de Ted sur une période de plusieurs années. Lui et Herbert Armstrong parlaient d’une dizaine d’années à ce moment-là. C’est le nombre d’années que Ted avait censément détruit « l’œuvre ». J’étais d’accord à savoir que Ted avait un problème évident, mais j’insistai sur le fait que Ted avait été blâmé pour certains problèmes dont il n’était pas responsable. Je dis à Stan que Ted n’était pas ce qu’on appelle un « intellectuel », terme qu’utilisait leur littérature à l’époque. Stan approuva. Je lui demandai alors pourquoi Ted était accusé « d’intellectualisme et de sécularisation ».

Stan me confia qu’il savait que Robert Kuhn était le dirigeant intellectuel. C’est lui qui avait fait dériver l’église dans cette direction. Robert était vraiment un intellectuel. Il pensait que Brian Knowles, actuel rédacteur en chef des publications de l’église n’était pas coupable de ce péché et que c’était un bon homme. Je fus surpris de lire plus tard dans le Forum, véhicule de Stan pour faire passer ses idées aux membres, que Robert Kuhn était « 110 % loyal à Herbert Armstrong ». (J’avais plus de respect que ça pour les talents en maths de Stan avant lecture de cette déclaration.)

Je dis à Stan qu’il n’y avait aucun moyen de réécrire l’histoire de l’église des vingt-cinq dernières années. Ce qui était restait. Impossible de changer le passé. Alors pourquoi prétendions-nous que les choses soient arrivées autrement qu’en réalité ? Tentions-nous de repeindre le passé à grands coups de pinceaux ? Réécrivions-nous l’histoire dans le but d’effacer le nom de GTA partout où il se trouvait ? C’était fort malhonnête.

Quand arriva l’heure du dîner, Stan suggéra que nous allions prendre une bouchée. En sortant de l’édifice, nous sommes tombés sur Steve Martin, assistant de Wayne Cole, le directeur de l’Administration Pastorale, et Stan l’invita à se joindre à nous. Henry Cornwall, l’homme de Stan, nous accompagna aussi. Stan nous conduisit à un très charmant restaurant situé près du Rose Bowl, au sommet d’une colline. Après le dîner, nous discutâmes d’un certain nombre de pasteurs de l’église et de leurs antécédents, etc. Henry eut peu à dire pendant le dîner. Steve fut très loquace, comme d’habitude. Il jouissait d’une remarquable fonction, juste à côté du bureau du directeur de l’Administration pastorale grâce à certains changements de personnel. Plus tard dans la journée, lorsque je le rencontrai dans le hall, il me demanda si j’avais parlé de lui en mal de quelque façon que ce soit devant Stan. Je l’assurai que non, et que je n’avais même pas parlé en mal de Wayne. Steve poussa un soupir de soulagement. Il se sentait très anxieux, et avec raison, je crois.

Lorsque nous retournâmes à l’édifice à bureaux, après le dîner, Wayne Cole était là. Il accourut et m’accueillit chaleureusement. Je lui fis savoir que, s’il n’était pas trop occupé, j’aimerais passer le voir. Il me suggéra de venir le voir immédiatement. Je m’excusai auprès de Stan en l’assurant que je serais de retour sous peu. (Après tout, Wayne était mon supérieur ministériel, à l’époque.)

Wayne et moi entrâmes dans son bureau où nous nous assoyâmes à une table circulaire près de son bureau. Wayne me demanda tout de go pourquoi je passais du temps avec Stan. Je lui répondis que je voulais être au courant, car j’étais alors certain que seule la mort pouvait maintenant séparer Stan Rader d’Herbert Armstrong et, de ce fait, si je devais demeurer dans l’œuvre, je voulais savoir à quoi m’attendre.

Il comprenait cela, me dit-il. Je lui demandai alors si Stan Rader était converti. Sa réaction immédiate fut : « Non, il ne l’est pas. Je connais Stan depuis de nombreuses années. Il venait souvent en Australie et j’entretenais des relations étroites avec lui. » (Wayne avait été directeur de l’église en Australie pendant une décennie.) « Je l’ai toujours trouvé intelligent et cordial, mais certainement pas converti. Il ne ressemble pas aux autres gens de l’église. Il possède des intérêts commerciaux. »

Je demandai ensuite à Wayne s’il croyait à la doctrine pétrine (la primatie de l’apôtre Pierre et l’idée que ses successeurs héritent de la primatie sur le monde chrétien, comme le croyaient les catholiques). Il me dit qu’il n’était pas question qu’il croie à cela. Je lui demandai pourquoi Herbert Armstrong la prêchait avec tant de force à ce moment-là. On nous avait toujours mis en garde contre cette doctrine dans l’église, et je ne trouvais pas le moindre soutien biblique à ce qu’on enseignait maintenant. Mieux que ça, je ne connaissais aucun ministre dans toute l’église qui enseignât cette doctrine-là comme étant vraie. Il me répondit que ça ne pouvait continuer ainsi et qu’il fallait faire quelque chose. Il m’avoua vivre une période « de bassesse » dans sa vie à ce moment-là, et qu’il se sentait plutôt déprimé. De la façon dont allaient les choses, il ne pouvait être fier de ses accomplissements.

Je m’attardai un peu sur les hommes qui avaient occupé ce bureau auparavant et sur les événements tragiques ayant jailli dans l’église ces dernières années. Puis, je m’excusai auprès de Wayne et retournai continuer mon entretien avec Stan. J’avais le sentiment que je ne devais pas repartir sans avoir vu Wayne Cole, car c’était le chef des ministres… enfin, de façon nominale.

Stan est fin causeur quand il s’y met. Il emprunte le point de vue européen continental plutôt que la vision anglo-américaine, tant sur le plan culturel qu’historique. (Il avait mentionné qu’il trouvait la culture française des plus agréables.) J’ai toujours préconisé le côté anglo-américain, comme la plupart des Américains. Tout notre héritage a été orienté dans cette direction. Bien que j’aie connu beaucoup de gens adoptant le point de vue européen, ce que je concevais, d’ailleurs, je trouvais cependant difficile de comprendre comment Stan pouvais se montrer si ouvert alors que nous enseignions si fortement l’héritage anglo-américain dans l’église.

Lorsqu’il me mentionna le nombre de jours dans l’année où le groupe du G-II se trouve hors du pays, je lui fis remarquer que l’on risque de perdre contact avec ce qui se passe ici, au point d’en venir à éprouver du dédain envers ce qui est américain. Stan approuva volontiers. Je lui dis que le roi Salomon était devenu trop cosmopolite pour son bien et celui de son pays ― et même de sa religion. Ce qui finit par lui coûter sa relation avec son Dieu. L’internationalisme a ses dangers inhérents. À l’époque, Stan sembla comprendre et être d’accord.

Je discutai avec lui du manque de perspicacité de Raymond McNair et que cela me troublait de penser qu’il était relié au nouveau « comité de loyauté ». Je pense qu’un juge doit être perspicace et avoir un bon jugement. Je ne pense pas que Raymond possédait ces qualités. On le connaissait partout dans le ministère sous le nom de « Buffie », car nous étions tous au courant de cette rumeur disant qu’Herbert Armstrong, quand il parlait de Raymond, s’y référait comme d’un « bouffon ». Stan me dit que je ne devais pas m’en faire, car il ne m’aurait pas jugé. Il continua en me disant que M. Armstrong pensait que Rod Meredith était « si juste qu’il en devenait injuste ». (Dans moins de deux mois, Stan utiliserait Rod Meredith d’une manière extraordinaire. Je suis sûr qu’à ce moment-là aucun de nous deux n’avait le moindre soupçon de ce qui allait arriver.)

Je parlai encore du magazine Quest à Stan. Quel dessein servait-il ? Il était très dispendieux et Herbert Armstrong avait donné sa parole à toute église, plus tôt dans l’année, qu’il se débarrasserait du magazine. Pourquoi en avions-nous besoin ?

Stan entra dans une longue explication démontrant pourquoi l’église s’accrochait à une telle publication ainsi qu’aux maisons d’édition, comme Everest House. Tout cela venait de Ted Armstrong et de Robert Kuhn. C’est eux qui étaient à blâmer pour la nature très profane d’une grande partie de cet ouvrage. Il promit que les dirigeants entreprendraient de « nettoyer » le magazine Quest.

De plus, il entendait voir à ce que Everest House devienne plus compatible avec les enseignements de l’église lors des futurs contrats d’édition de livres.

« Pourquoi aurions-nous besoin, soit du Quest, soit de l’Everest House ? » Je voulais savoir. Il parla un certain temps pour ne rien dire, n’offrant aucune explication claire. Il mentionna qu’il s’agissait d’obligations que nous avions contractées. Il pensait que l’église pourrait se départir de certaines de ces entreprises aussitôt que ce serait possible. Cependant, ils désiraient conserver le AICF et continuer à tenir des concerts dans l’auditorium. Il croyait que l’obligation financière du Quest prendrait fin au printemps de l’année suivante. Mais j’avais déjà entendu cela avant.

Je reparlai à Stan du message d’Ézéchiel et que notre pays avait le plus grand besoin d’entendre ce message. Il me semblait qu’il n’y avait rien de mieux à faire et je m’inquiétais que nous dépensâmes trop de nos énergies à lutter les uns contre les autres plutôt que de faire ce que nous avons dit pendant des années que l’on devait faire.

Nous le faisions bien mieux dans les années soixante, lorsque le programme radiophonique dénonçait le péché de notre nation en le claironnant chaque jour, l’avertissant avec force par l’intermédiaire du programme radio The World Tomorrow. N’était-ce pas le travail que nous avions à faire ?

Je n’eus jamais de claire indication que Stan savait de quoi je parlais en mentionnant le « message d’Ézéchiel ».

J’abordai alors le sujet de l’homosexualité ainsi que de l’importance qu’il y avait, au point de vue biblique, à marquer ce grand mal pour ce qu’il était. J’expliquai de quelle manière Ésaïe appelait prophétiquement notre nation actuelle, « Sodome », à cause de l’homosexualité qui faisait boule de neige. Je lui dis que je constatais que ce problème devenait endémique qu’on devait le dénoncer avec puissance au nom de Dieu. C’était un point crucial du message d’Ézéchiel. J’étais affligé de voir Anita Bryant en position de dénoncer ce genre de pratique mauvaise alors que la plupart des ministres américains devenaient de plus en plus silencieux. Pourquoi ? N’avions-nous pas une responsabilité dans ce domaine ?

Stan me dit qu’il connaissait personnellement Anita Bryant et qu’il n’était pas très impressionné par son travail. Je lui dis que c’était une fille de Tulsa. Il me dit l’avoir rencontrée, je pense, à Oklahoma City quelques années auparavant.

Il me dit que l’église commencerait peut-être un programme dénonçant l’homosexualité. Il me parla d’assembler une équipe de télévision utilisant un script, et peut-être quelques professionnels pour faire le programme. Il pensait que nous ne devrions plus utiliser uniquement une seule personnalité télé pour présenter le message de notre église. J’étais parfaitement d’accord, lui dis-je. Après tout, les stations de télévision prenaient l’antenne pendant dix-huit heures et plus chaque jour, et il y avait assez de professionnels et d’exécutants pour garder l’intérêt des gens et remplir tout le temps horaire. Pourquoi n’avions-nous pas pu réunir assez d’hommes pour faire notre propre travail ? Y avait-il si peu de talents dans l’église pour que nous ne fassions rien ?

Il revint sur le cas de Ted. Je lui dis que je croyais que le père de Ted portait la responsabilité et il n’avait aucun moyen de s’en départir. Pourquoi n’avait-il pas éclairci les choses il y a des années ? Pourquoi couvrit-il toute la corruption de 1971 à 1974 ?

Au moment où je parlais avec Stan, je ne me rendais pas compte jusqu’à quel point Herbert Armstrong avait lui-même commis de graves péchés. Il n’était vraisemblablement pas en position de nettoyer les péchés de qui que ce soit sans d’abord voir aux siens propres.

Stan exprima sa volonté de « fléchir la loi un bout de temps pour le bien de l’église ». Il dit ensuite que ceux qui possédaient des postes de responsabilité avaient un plus grand devoir de mentir, en citant l’exemple du président Eisenhower en rapport avec l’affaire de l’espion du U-2. Il me dit que si Eisenhower avait menti, les Russes auraient pu sauver la face et auraient mis fin à la Guerre froide. Le fait qu’Eisenhower ne fut pas disposé à mentir au sujet de Gary Powers coûta très cher au monde entier.

À la lumière des événements récents de Pasadena, on peut se demander jusqu’à quel point Stan se sentit obligé de mettre en pratique ce qu’il prêchait un an plus tôt. Et, considérant qu’il déclarait être le meilleur élève d’HWA, on doit aussi se poser des questions sur l’enseignant.

Je revins sur la question du Quest. Je lui dis que, durant le congrès ministériel du mois de janvier précédent, Robert Kuhn avait déclaré que la publication valait bien tout ce qu’elle coûtait parce qu’elle fournissait le puissant effet de levier dont avait besoin l’église dans les milieux de New York. Les administrateurs de l’église pouvaient utiliser ce levier pour que les choses soient cachées dans les médias ― les choses susceptibles d’être nuisibles si elles étaient publiées.

La première fois que j’ai lu quelque chose concernant le Quest, ce fut dans un magazine de New York, en 1976. George Evans, un ancien de l’église, m’apporta l’article aux monts Pocono. L’article annonçait la nouvelle publication et son éditeur qui disait qu’il serait entièrement libre de tout contrôle de la part de l’Église Universelle de Dieu. Le fait était à noter, étant donné la politique éditoriale de l’église recouvrant ses autres publications, lesquelles étaient sous un contrôle très serré.

J’interrogeai Stan en ce qui regarde l’Everest House, la nouvelle compagnie de publication financée par l’église. Pourquoi cette firme, appendice de l’église, publiait-elle autant de matériel ? Qu’en était-il des titres annoncés pour l’année suivante ? On y trouvait beaucoup de livres adoptant et cautionnant l’immoralité. Pourquoi ?

Eh bien, Stan croyait que j’apprécierais Lew Gillenson, l’homme choisi pour être à la tête d’Everest House. C’était un homme très bien. Et la maison d’édition était consacrée à la poursuite de l’excellence. Nous aurions besoin de publier beaucoup de livres pendant les années à venir. Les sélections étaient malheureuses, mais c’était la faute de Robert Kuhn et de Ted Armstrong, m’expliqua Stan.

Un de ces livres traitait de l’occultisme (Dark Dimensions ― « Dimensions obscures »). Un autre s’intitulait Strange Seed ― « Semence étrange », genre de livre qu’on ne s’attend pas à voir provenir d’une maison d’édition appartenant à une église. Un autre, Living Jewish ― « Vie de Juif », fit hausser les sourcils, particulièrement parce que publié par un éditeur financé par une église chrétienne. Ensuite, il y avait un éloge rendu à Elvis Presley, pas très en continuité avec la politique éditoriale de l’église établie de longue date. Un autre livre conseillait les couples non mariés sur la gérance de leurs finances. Il y en avait encore un autre recommandant le mysticisme oriental ! La plupart de ces livres préconisaient un style de vie condamné par l’Église Universelle de Dieu. Mais Stan ne fit pas l’effort de justifier les titres. Il ne fit que rejeter le blâme.

Je le pressai de questions au sujet des premiers articles du Quest, particulièrement sur celui parlant d’un homme ayant eu un enfant d’une truie. C’était l’article le plus obscène et le plus odieux que j’ai jamais lu. Le triste spectacle était entièrement répréhensible. Robert ne pouvait avoir permis cela, spécialement parce que son chef était Herbert Armstrong qui possédait une perception presque divine !

J’interrogeai ensuite Stan à propos de la construction de bâtiments d’églises locales. Comme exemple, je mentionnai l’église de Tulsa (Oklahoma) où quatre cent personnes s’assemblaient dans une salle d’école louée après quasiment vingt ans d’existence en tant que congrégation. Un minuscule pourcentage des revenus provenant de la région y retournait, moins de 15 % ! N’était-il pas souhaitable d’avoir des bâtiments pour les églises locales ? lui demandai-je. N’était-ce pas une meilleure façon de dépenser un peu des énormes revenus alimentant l’église ? Je lui rappelai qu’il avait dit, dans le show télévisé de Tom Snyder à la NBC, que l’église était riche, mais je m’aperçus que la valeur nette totale de la congrégation de Tulsa de la WCG n’atteignait pas 1 000 $. Comment cette contradiction pouvait-elle s’expliquer ?

Il me répondit qu’il avait toujours été en faveur de la construction d’établissements pour les églises locales, qu’il pensait encore qu’on en avait besoin et que cela était possible. Il poursuivit en disant qu’il avait soutenu à maintes reprises l’idée de construire des buildings locaux, mais que cela ne s’était pas concrétisé. Il pensait que Ted avait bloqué le programme quelques années plus tôt. Je répliquai que j’avais toujours cru que Ted était pour le programme de construction de bâtiments locaux. Mais Stan m’assura qu’il ne l’était pas.

Nous discutâmes de l’Église catholique. Il étudiait beaucoup l’histoire de cette église, mais pas sa théologie, je crois, seulement son histoire. Il cherchait ce qui avait fait durer l’Église catholique et ce qui en avait constitué la force. L’unité émanant du leadership du pape l’impressionnait.

L’intérêt de Stan pour l’Église catholique revêtait beaucoup de signification, spécialement en regard de l’influence qu’il exerçait auprès d’HWA. À ce sujet, Floyd Lochner, ami intime de longue date, compagnon de voyage et confident d’Herbert Armstrong, dit qu’il ne peut y avoir de doute quant au fait que Stan mettait littéralement les mots dans la bouche d’Herbert. HWA donnait l’impression d’avoir eu une idée, mais ce n’était pas le cas. En réalité, Stan lui avait soufflé quoi dire.

Ted avait mentionné à plusieurs reprises qu’il était surprenant de voir son père si influençable par son entourage, particulièrement par ceux qui se plaçaient justement en position de l’influencer.

Depuis ce temps, on a cité bien des fois Stan exprimant que l’Église catholique et l’Église Universelle avaient beaucoup de choses en commun. Déclaration plutôt remarquable de la part d’un membre de l’Église Universelle de Dieu, laquelle enseigne que l’Église catholique est la « Grande Prostituée ». Pourquoi Stan voulait-il copier la structure de la « Grande Prostituée » ?

Je demandai à Stan si les salaires des pasteurs seraient augmentés, considérant le haut taux d’inflation. Leurs rémunérations étaient réellement à la traîne à cause de la hausse du coût de la vie. La réaction de Stan fut de dire qu’ils étaient trop nombreux ! Juste accorder une indexation au coût de la vie accaparerait trop d’argent ! Il a pourtant dit de nombreuses fois à la presse que l’église était riche. Ce n’est qu’une des anomalies mises sur le tapis.

Stan promit de travailler sur tous les problèmes et de faire de son mieux pour que tout fonctionne. Il allait faire quelque chose pour arranger la situation de la télévision et voir à ce qu’un programme efficace soit produit. Il avait certaines choses en tête. Et il commencerait à faire quelque chose au sujet des bâtiments d’églises locales.

Nous parlâmes de mon fils John à savoir pourquoi on lui avait enlevé son travail au Wolrdwide News. John avait fondé et construit ce journal sous le patronage de Ted Armstrong et on avait partout considéré qu’il avait réussi à ce poste. Mais il fut sommairement remercié en juin 1978, selon les directives d’HWA et Stan. Je demandai pourquoi à celui-ci.

Stan me répondit qu’il savait que John n’avait pas révisé les articles d’HWA, comme l’avait dit certaines personnes. Il savait que la mise au point avait été faite par Ted et Robert Kuhn. Mais lui et Herbert Armstrong avaient pensé qu’il avait révisé les articles de Ted en janvier de 1978, au moment où HWA entendait reprendre le contrôle total et mettre Ted dehors. John n’avait pas démontré la volonté de travailler pour eux.

Je lui dis que John avait entendu parler, d’aussi loin qu’en Afrique du Sud, qu’il serait congédié et ce, bien avant qu’il le soit effectivement. Était-ce la façon d’agir dans l’église ? Était-ce la bonne manière de gérer le personnel dans l’église ?

Stan répliqua qu’il en était ainsi, et que ça le serait probablement toujours. Il me confia qu’il envisageait qu’Herman Hoeh, éditeur exécutif du Plain Truth, finisse par être en charge des publications.

Ce soir-là, je me rendis chez les Rader pour jouer au bridge. Les Rader sont de bons joueurs. La belle-mère de Stan jouait aussi. Elle joue très fort et adore gagner.

Plus tard, je me rendis parler à Rod Meredith un court moment. Je lui demandai s’il croyait en la doctrine pétrine. Il me répondit que non. Je lui demandai aussi s’il croyait que le message d’Ézéchiel devait être diffusé de manière plus forte. Il me dit que oui. Je lui posai la question à savoir si ce message avait déjà été prêché de façon satisfaisante. Il me répondit que non.

Le lendemain matin, j’étais dans le bureau de Stan peu après huit heures. Nos tasses de café remplies, Stan commença à me parler des avions, en débutant par le premier, lorsque HWA décida qu’il voulait un avion. Stan poursuivit en monopolisant presque toute la conversation. Il semblait croire que c’était très important. Le tout commença lors d’un déjeuner où il était en compagnie d’HWA et de Jim Simpson, chauffeur d’HWA depuis quelques années. Il me dit que Herbert Armstrong donna pour mission à Jim Simpson de lui procurer un avion. Or, Jim Simpson ne connaissait pratiquement rien aux avions. Stan démontrait le modus operandi d’HWA. Il était comme un bébé en forêt. C’était le point qu’amenait Stan.

Il décrivit la première promenade d’HWA en avion nolisé, au-dessus du Texas, et dans lequel Stan était présent ; il empoignait le siège à deux mains tellement il avait peur. Stan se pencha et répéta par deux fois : « Je connais mon homme. Je connais mon homme. »

« Stan, je sais que vous le connaissez, » répliquai-je. « Vous n’avez pas à m’en convaincre. »

Puis, il entra dans une série d’explications de tous les arrangements financiers tels qu’il les concevait. Ce fut toute une histoire. J’eux le sentiment que, si HWA était un bébé perdu en forêt en ce qui a trait aux avions et aux finances, on devait alors se demander dans combien d’autres domaines il était déficient. N’était-ce pas une excellente opportunité pour quelqu’un comme Stan de s’attacher à lui pour en tirer profit ?

Je n’essayai pas de parler théologie avec Stan, sauf de manière toute superficielle. J’eus la nette impression qu’il convoitait fortement l’ordination. Je n’étais pas sûr de savoir pourquoi, si ce n’est qu’il pensait cela nécessaire afin d’hériter des pleins pouvoirs sur l’église, dans lequel cas il avait besoin de l’ordination. Je ne sais pas s’il avait une autre raison. Il y avait peut-être aussi des raisons émotives. Qui sait ?

Je pensais que les chances étaient que Stan mettrait de l’ordre dans certaines affaires qui fonctionnaient mal pour que l’église puisse poursuivre sa mission historique, plusieurs problèmes du passé en moins. Peut-être HWA allait-il maintenant demeurer chez lui et se montrer sage. Je croyais qu’il y avait des chances pour que Dieu prenne les choses en main et qu’Il souderait ensemble ce qui devait être soudé, et que Stan aurait peut-être lui-même sa place dans le plan. En d’autres mots, je ne considérais pas nos conversations comme entièrement négatives. Qui sait ce qui se serait passé si les batailles juridiques n’avaient pas débuté quelques deux mois plus tard ? Stan aurait pu être orienté par des hommes ordonnés vers le chemin de la véritable vie chrétienne. Mais nous ne le saurons jamais.

Je quittai son bureau pour aller parler avec Leon Walker, depuis longtemps membre de la Faculté de théologie des Collèges Ambassadeurs, à Bricket Wood, en Angleterre, et à Big Sandy, au Texas. Leon enseignait maintenant au collège de Pasadena. Il ne croyait pas non plus à la doctrine pétrine. Il s’en gardait bien.

Quelques semaines plus tard arriva la tragédie de Jonestown, en Amérique du Sud. La vision de tous ces cadavres en décomposition étendus là, sous le soleil tropical, va rester dans la mémoire des Américains pendant un bon bout de temps. On y voyait les témoins muets de l’erreur d’un leader religieux autoritaire qui déclarait être le seul à détenir les réponses, se posant lui-même comme « l’autorité ». On ne l’avertira plus d’avoir développé le « complexe de Dieu ». Il avait perdu contact avec la réalité. L’affaire la plus triste dans tout ça, c’est qu’il en a entraîné d’autres avec lui. Ce fut son monument ― tous ces corps dont les possesseurs ont trop bu de « Kool-Aid ». Ceux qui ne se mettent pas à réfléchir par eux –mêmes sont condamnés à l’exploitation. Le fait que le « Temple du Peuple » ait pris racines dans l’État de la Californie, là où s’épanouissent de nombreuses religions étranges, a incité le gouvernement étatique à l’action. Bien des gens souhaitèrent que le gouvernement de la Californie réussisse s’il faisait son travail comme il faut.

Pendant ce temps, aucun mécanisme ne fut mis en branle pour purger l’Église de Dieu. (Il n’y en a jamais eu.) Dieu laisse la responsabilité aux individus de suivre Ses lois. Quand elles sont violées, les pénalités sont lourdes.

Herbert Armstrong n’écouta aucune réprimande, aucune correction. Il n’écouta personne, si ce n’est Stan Rader. Et Stan semblait n’avoir que peu d’intérêt à corriger les choses que les hommes ordonnés voulaient voir changer.

J’inclus dans ce chapitre un échange de lettres entre Stan Rader et moi-même autour de décembre. Je crois qu’elles sont fort explicites. Cet échange arriva peu après nos conversations et peu avant les événements capitaux de janvier 1979.

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(Entête de la Worldwide Church of God)

28 novembre 1978

Stanley R. Rader

Worldwide Church of God

300, West Green Street

Pasadena, Calif. 91123

Cher Monsieur Rader,

J’ai appris de part et d’autre que vous preniez un rôle quotidien actif dans la gérance de l’Œuvre en jetant un regard approfondi sur diverses pratiques et en essayant de faire avancer l’organisation. J’applaudis, plus que vous ne pensez, à tout effort visant à mettre de l’ordre dans ce qui est devenu une bureaucratie hypertrophiée. L’Œuvre est remplie de bonnes et décentes gens, dévoués et talentueux qui n’attendent que d’être émancipés et qu’on leur permette de contribuer.

Toutefois, je sais que Rome ne s’est pas faite en un jour et que nous ne pouvons espérer corriger tous les maux en quelques jours ou quelques mois. Je réalise aussi qu’il ne vous est sans doute pas possible d’être au courant de ce qui se passe dans tous les secteurs de l’organisation ; cependant, je demande à ce que vous révisiez une politique que vous ne connaissez peut-être pas.

Selon un mémoire du 17 novembre, les ministres seront logés par les membres de l’église locale durant la période du congrès ; l’on s’attend à ce qu’ils prennent la plupart de leurs repas dans la faculté étudiante et, si c’est absolument nécessaire, quatre personnes devront partager une même voiture louée. Je suis conscient que cette pratique prévaut depuis quelques années et précède votre administration. Ma répugnance envers cette coutume date de quelques années, donc, comprenez bien que cela n’est dirigé contre personne en particulier.

Combien en coûterait-il de loger les ministres et leurs épouses dans des hôtels ? Au fil des ans, j’ai eu maintes occasions d’entendre des plaintes justifiées. Je pourrais ajouter que des ministres, coincés chez des membres bien intentionnés qui n’étaient pas équipés pour recevoir des invités, étaient continuellement forcés de quémander du transport.

Je sais qu’il n’est pas dans les manières de M. Armstrong d’être pingre et mesquin avec ses employés. Il a plutôt pour tradition d’envoyer ses principaux serviteurs en première classe. Même les étudiants du Collège Ambassadeur ont navigué sur l’Atlantique en première classe et ont été accueillis en Rolls Royce. Et ce alors que l’Œuvre était encore petite et désargentée. À la télévision nationale, vous avez parlé de la richesse de l’église. Est-il inapproprié de suggérer que les ministres du Dieu Vivant méritent au moins le Holiday Inn ?

Affirmer que non et qu’ils ne méritent que d’être casés chez un membre local pourrait être interprété comme donnant l’impression qu’ils ne sont pas dignes de leur embauche, qu’ils ne sont que des employés de seconde ordre, qu’il est permis de museler le bœuf qui piétine le grain, que les anciens qui font un bon travail ne sont pas dignes d’une double rémunération.

La dépense additionnelle dont nous parlons, 50 000 $, est une bagatelle à l’heure actuelle. Il est important que des ministres qui oeuvrent dans des congrégations locales qui génèrent 100 000 $, 200 000 $ ou 300 000 $ par année, et qui maintiennent le statu quo en regard des 15 % à 20 % qui reviennent en région, se voient accorder autant de dignité que le permet la politique corporative pour les employés du domaine tertiaire de la presse, du collège ou des départements de la construction. Si nous regardons les choses d’un point de vue strictement d’affaires, prenez en considération la valeur économique d’un pasteur capable, pendant de longues heures de conseils personnels, d’encourager un membre au revenu modeste de rester un payeur de dîmes de l’Église. Sans doute un homme dans cette position mérite-t-il une chambre d’hôtel pendant les quelques jours du congrès annuel de son église.

Évidemment, l’allocation alimentaire (25 $ par personne pour quatre jours) est absurde. Je sais qu’un homme comme vous, ayant beaucoup voyagé et avec une certaine expérience culinaire, ne condamnera pas quelqu’un pour ne pas se sentir très excité à l’idée de prendre tous ses repas avec les élèves dans la cafétéria étudiante.

Je ne connais aucun ministre qui s’attende à voyager au congrès en première classe dans un avion gros-porteur, être accueilli en limousine à l’aéroport de Los Angeles, séjourner dans un hôtel luxueux tout neuf, être conduit partout par un chauffeur, boire du Dom Pérignon au dîner et manger chaque soir au La Scala. Toutefois, des arrangements hôteliers honnêtes, des allocations alimentaires raisonnables et une voiture sous-compacte louée ne me semblent pas du tout prétentieux pour une église riche désirant offrir un minimum de reconnaissance envers son ministère qui essuie des moments tempétueux.

Je ne réclame pas ces choses pour moi, car je n’ai nullement l’intention de demeurer chez un membre ni manger tous mes repas dans le centre étudiant. Je compte absorber tous les coûts personnellement, si nécessaire. Mais je me doute qu’après réflexion, vous serez d’accord pour dire que, si l’on tient à entretenir une mentalité de pacotille, que ce soit dans d’autres domaines de l’Œuvre que celle-là.

Merci de m’avoir invité à passer mes commentaires. S’il vous plaît, veuillez les accepter dans l’esprit par lequel ils sont offerts.

Sincèrement,

John Robinson

 

cc. : Dean Blackwell

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(Entête de la Worldwide Church of God)

13 novembre 1978

David R. Robinson

5006, Hudson Sud

Tulsa, OK  74135

Cher Dave,

Vous trouverez ci-incluse la copie d’une lettre que j’ai reçue de John.

Après lecture, je crois que vous pourrez assurément voir que la véritable attitude de John y transpire.

Comme je vous l’ai dit auparavant, il avait été transféré en raison de ce qu’il rédigeait continuellement les écrits de M. Herbert Armstrong.

De même, en lisant cette lettre de John, on se rend compte qu’il n’est pas un très bon reporter. La raison pour laquelle je dis cela, c’est qu’un bon reporter aurait fait des recherches et aurait trouvé que je n’avais rien à voir avec les arrangements en vue du congrès ministériel.

J’ai seulement pensé que vous aimeriez lire cette lettre pour voir ce qu’il ressent face à la manière dont les choses se font à Pasadena.

Dans l’espérance de vous voir à la prochaine conférence en janvier.

A votre bon souvenir,

Stan Rader

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(Entête de la Worldwide Church of God)

20 décembre 1978

Stanley Rader

Ambassador College

Pasadena, Californie  91123

Cher Stan,

Premièrement, j’aimerais vous exprimer toute ma reconnaissance pour tout le temps que vous avez passé en ma compagnie, ici au Texas et ensuite là-bas à Pasadena. Je sais que vous êtes fort occupé et je considère à mon avantage votre générosité, car avoir passé du temps avec vous m’a beaucoup aidé à avoir un aperçu des rouages de l’église et des domaines y étant reliés. Je me suis senti confortable dans nos discussions et je crois que nous étions plutôt sincères quoique, bien sûr, il y ait eu quelques points de divergences. Mais il en est toujours ainsi, la variété étant nécessaire à l’enrichissement des espèces !

Je suis revenu en Oklahoma avec des sentiments considérablement meilleurs concernant certains événements récents ayant causé des soucis à de nombreuses personnes ― événements largement publicisés. Il m’a semblé que nous avions beaucoup de points philosophiques en commun ― certainement assez pour entamer des actions concertées.

J’ai trouvé votre maîtrise de sujets tels que l’histoire, le gouvernement, la philosophie, l’histoire de l’église et autres domaines connexes assez remarquable, et j’ai pu juger que votre mémoire est excellente. Nous ne sommes pas beaucoup entrés dans la théologie, et je fus donc incapable d’en arriver à me faire une opinion ferme. Mais j’en suis venu à croire que vous avez un excellent esprit d’organisation et je puis voir aisément pourquoi l’on doit rechercher votre avis.

L’on voit évidemment pourquoi M. Armstrong trouve vos conseils de si grande valeur, peut-être même des plus nécessaires. Sans doute que l’un des services, et non pas des moindres, que vous rendez à M. Armstrong, est l’art de la conversation intelligente. C’est un art que l’on ne rencontre plus très souvent de nos jours.

Cependant, lorsque m’arriva votre lettre, l’autre jour, ce fut un choc. Bien qu’elle n’était pas une critique directe envers moi, le contenu et le ton l’étaient de façon notable à l’endroit de mon fils aîné. J’ai laissé passer quelques jours, puis j’ai lu sa lettre très soigneusement, non pas une, mais plusieurs fois, et toujours avec la même conclusion.

John m’avait appelé et m’avait lu sa lettre avant de vous l’envoyer. Même si j’avais écrit une lettre sur le même sujet et que je n’aurais probablement pas inclus le paragraphe référant aux avantages contractuels, ceux-ci avaient certainement rapport au sujet. Je suggérai d’abord de raturer cette partie, puis de l’atténuer en un assentiment modéré, considérant que cela aurait un important impact sur la direction que prendrait la lutte.

J’ai vérifié les tarifs aériens et j’ai découvert qu’en partant le samedi soir et en revenant le jeudi soir, je pouvais sauver environ 66 $. Margaret n’avait pas l’intention de venir, donc, je conçus un plan pour conserver les économies faites sur les billets et les transférer à la facture d’hôtel.

À mon âge, je trouve des plus difficiles de demeurer avec des étrangers dans un espace restreint. À la lumière de nos autres pratiques, je crois cette méthode irréaliste. Grâce à l’expérience accumulée dans plusieurs autres domaines de l’œuvre (expérience que John possède aussi), il m’a semblé ardu de concilier cette procédure avec celles des autres facettes.

J’appelai Ted Herlofson en lui demandant, dans les circonstances, de permettre que les économies faites sur les billets soient appliquées à la facture d’hôtel. Je fus troublé par sa réaction ferme et négative. Je crois fortement, Stan, que si cela était arrivé à M. Armstrong ou à vous-même, que tous les deux vous en auriez aussi été troublés !

Ce que j’ai réellement eu comme impression, concernant la lettre de John, c’est qu’elle n’avait certainement rien de personnel, mais qu’elle vous ouvrait plutôt une opportunité remarquable. Ici, en ces temps de transition où vous vous impliquez vous-même très fortement, vous aviez l’occasion unique de corriger un problème de longue date et archaïque et dont on vous aurait octroyé tout le crédit de la solution ― une commodité à valeur incalculable pour les mois à venir.

De mes propres oreilles, et à de nombreuses reprises au cours des années qu’il a passées à travailler pour le Worldwide News, j’ai entendu John prendre ardemment pour vous, Stan, et ce dans des domaines où il fallait passablement de courage pour le faire. Vous mentionnez dans votre lettre que vous m’aviez « dit auparavant qu’il avait été transféré en raison de ce qu’il révisait continuellement les écrits de M. Herbert Armstrong ». Ce que vous m’aviez dit, c’est que vous et M. Armstrong saviez que John ne révisait pas le travail de M. Armstrong, mais que c’étaient Ted et Robert Kuhn qui le faisaient. J’ai dit que John ne l’avait jamais fait. Ce sur quoi nous avons eu une vive et courte discussion, c’est que John n’avait pas révisé le Personal (éditorial) de Ted dans le numéro sorti au moment de la conférence de l’année dernière. Vous aviez le sentiment qu’il aurait dû le faire ― lui, qu’il ne devait pas.

Stan, vous m’aviez promis, au moment où j’ai quitté votre bureau, au début du mois passé, que vous appelleriez John au téléphone et que vous parleriez de tout cela. Et, Stan, vous n’avez pas appelé.

Quant à la pauvre qualité du reportage de John, je ne fais que suggérer que vous me lisiez votre lettre et que je vous lise celle de John, ensemble. Vous l’avez sûrement dictée par téléphone sans prendre la peine de la réviser. John ne sous-entend nulle part que vous ayez quoi que ce soit à voir avec les arrangements pour le congrès, mais il suggère que votre influence positive pourrait corriger le problème ― un compliment à votre égard, à ce qu’il me semble.

Stan, nous sommes encore tous hypersensibles à l’heure actuelle et nous devons pratiquer les vertus chrétiennes beaucoup plus que nous le faisons. Nous avons besoin de miséricorde, de patience, de tolérance et de gentillesse. Rappelez-vous ce que vous avez dit dans votre courte allocution à la conférence de l’an dernier. Je crois que ces conseils sont encore bons. L’administration au sein d’une organisation chrétienne réclame une telle gentillesse. Je sais que vous en êtes capable.

Sincèrement,

Dave

P.S. : J’espère vous voir en janvier et vous parler de votre livre au sujet du roi Léopold.

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[1] N. du T. : Il est normal que Stanley Rader, 33e degré franc-maçon juif, ait raisonné de cette manière étant donné la facture juive de la Révolution bolchevique. On n’a qu’à lire Les Protocoles des Sages de Sion pour savoir les raisons de cette révolution.

[2] N. du T. : Il fut prouvé par la suite que cette doctrine de l’Anglo-israélisme était fausse et ne reposait sur aucune prophétie biblique. Il s’agit d’une théorie créée au sein des sociétés secrètes de Grande-Bretagne, principalement promulguée par la Round Table de Cecil Rhodes, riche diamantaire financé par la Maison Rothschild. Herbert Armstrong n’a fait que copier ce qu’il avait lu dans un livre édité en 1902, Judah’s Sceptre and Joseph’s Birthright (Le sceptre de Juda et le droit d’aînesse de Joseph) écrit par J. H. Allen.




D.211 – L’INEXTRICABLE TOILE D’HERBERT W. ARMSTRONG – Partie 13

 

Regard interne sur l’Église Universelle de Dieu

Par DAVID ROBINSON

 

Chapitre 12

LA FILIÈRE JUIVE ET L’ESSOR DE STAN RADER

 

Les théologiens, particulièrement ceux qui favorisent le judaïsme, inclinent à qualifier la religion occidentale de judéo-chrétienne. Cela est historiquement et scripturairement exact, d’après moi.[1] Mais la brèche créée entre les Juifs et les chrétiens arriva très tôt et subsiste encore très largement de nos jours.

Les historiens connaissent bien la friction existant depuis des siècles entre les deux groupes ― friction concentrée en Europe. L’Inquisition s’occupa d’abord des Juifs, exigeant en Espagne qu’ils se convertissent au catholicisme ou quittent le pays. Au fil des siècles, les Juifs eurent à tenir ferme ou être absorbés. Ils ont choisi de tenir ferme. Peu leur importait que Jésus soit Juif ; ou que l’Église primitive du Nouveau Testament ait d’abord été entièrement composée de Juifs et que ce n’est que plus tard que les Gentils convertis entrèrent dans l’Église. Lorsque cela arriva, certains Juifs combattirent avec force la nouvelle religion. Le livre des Actes est rempli de ces luttes.

Edward Gibbon, dans son Déclin et Chute, constate que les Juifs se dressèrent contre le reste de l’humanité. Grâce à leurs synagogues et au cercle familial, ils purent demeurer séparés pendant deux millénaires.

Mais quand les chrétiens lisent attentivement la Bible, ils sont frappés de voir l’étroite association que leur religion établit avec l’ancien Israël. En vérité, l’apôtre Paul explique que le fondement du christianisme est basé sur les apôtres et les prophètes, Jésus-Christ étant la pierre angulaire. La brèche survint quand les Juifs refusèrent de se convertir au christianisme ― refus qui persiste aujourd’hui.

L’Église Universelle de Dieu se sent près des Juifs. Il y a deux raisons à cela. Premièrement, Herbert Armstrong a souvent sous-entendu qu’il possédait du sang juif de par ses ancêtres. Quand il se mit à voyager plus fréquemment et qu’il entra en contact avec des leaders juifs dans de nombreuses parties du monde, y compris dans ce qu’on appelle aujourd’hui Israël, il fut en mesure de passer pour un Juif. Il se glorifiait de sa « juiverie », de même que son fils Ted, quoique avec moins d’amplitude. Ni l’un ni l’autre n’ont cependant été capable de présenter la moindre preuve généalogique démontrant leur antécédent juif, en autant que je sache.

Il existait néanmoins une forte affinité et HWA était ravi quand un de ses ministres parlait de lui comme d’un Juif. Son soutien à Israël était inébranlable, même s’il avait déjà dit auparavant et à plusieurs reprises que les Juifs de notre époque n’ont aucun droit de se nommer Israël, mais qu’ils étaient, en réalité, la Maison de Juda. Alors qu’il enseignait jadis aux Américains d’être objecteurs de conscience, il se glorifiait sans aucune gêne des victoires militaires juives au Moyen-Orient. Cette réjouissance publique atteint un sommet lors de la guerre juive/arabe de 1967. Les contradictions philosophiques et théologiques étaient flagrantes.

Il n’est pas clair à savoir jusqu’à quel point ce partenariat fut fondé sur une affinité avec ceux qu’il considérait comme des parents et jusqu’à quel point c’était basé sur les prophéties bibliques et ses espoirs d’une conclusion rapide de ce monde ainsi que l’arrivée subséquente du monde à venir. La deuxième raison pour laquelle l’Église Universelle de Dieu ressentait de l’attrait pour les Juifs dérive des Écritures elles-mêmes. Le fait que Jésus ait appartenu à cette tribu, comme la plupart des apôtres et des disciples, comptait beaucoup. De plus, l’église observait le sabbat du septième jour et les fêtes annuelles, comme les Juifs religieux.

Les membres de l’Église Universelle de Dieu voyaient les Juifs comme des frères israélites ― en fait, des frères de sang. Cette vision des choses ne fut cependant jamais partagée par les Juifs eux-mêmes. Quand les membres les questionnaient en privé à ce propos, les Juifs réagissaient souvent avec un intérêt poli. Mais reconnaître les Britanniques et les Américains en tant que camarades israélites était hors de question. Cette réaction ne réfréna jamais les membres de l’église dans leur profond élan respectueux envers les Juifs ― respect nourri et encouragé par leur leader.

À un moment donné de l’histoire de l’église, il y a une dizaine d’années de cela, les membres de l’église fouillaient activement leur généalogie pour trouver du sang juif. Plus ils habitaient près du Collège Ambassadeur, plus ils désiraient avoir de ce sang « précieux » chez leurs ancêtres. Certains allèrent si loin qu’ils déclarèrent des naissances illégitimes dans leurs antécédents afin d’y « détecter » cette lignée ancestrale ― l’exact opposé de l’approche prise par de nombreuses gens de l’Allemagne d’Hitler !

C’est dans cette atmosphère que Stan Rader commença à exercer de plus en plus d’influence. Pendant la période précédente, son influence se faisait principalement sentir en arrière-scène. Les membres le voyaient et l’entendaient une fois par année, lors de la Fête des Tabernacles, alors qu’il précédait HWA sur l’estrade. Durant son entretien (on ne pouvait qualifier autrement son discours), il flattait HWA sans relâche et à l’excès. On ne rendait pas autant hommage à un homme dans une dictature totale. Il fallait une race d’homme bien spéciale pour écouter tant d’éloges sans sourciller. Mais HWA semblait s’en délecter.

Le point de vue d’HWA sur Robert Kuhn et ses antécédents juifs était de la même eau. Il « découvrit » Robert alors que celui-ci était encore étudiant au Collège. Robert détenait un doctorat avant d’arriver à l’Ambassadeur. Or, pendant qu’il y était, HWA vit que Robert avait fait des recherches sur le cerveau humain et avait passé du temps à expliquer la différence entre le cerveau animal et l’esprit humain. HWA parla en termes élogieux de Robert, l’appelant un « brillant jeune homme juif ». Robert fut baptisé et reconnu partout comme membre.

Mais, fait vraiment étonnant, on rapporta que Robert était aussi membre estimé de la synagogue locale ! Comment cela se pouvait-il ? Pouvait-on être baptiste ou catholique tout en étant aussi membre de l’Église Universelle de Dieu ? Ç’eût été impossible, d’un côté comme de l’autre. Et, en plus, la religion juive rejette la divinité de Christ. Pas de « si » ni de « mais ».

Bien que Stan Rader ne déclarait pas être membre de l’église, on ne se questionnait pas sur ses associations. Cependant, une fois baptisé par HWA, les questions commencèrent à fuser ― bien des questions. Son baptême était-il valide ? Ou alors, son affiliation était-elle le pire des pragmatismes ? Comment pouvait-il servir les deux groupes religieux ?

Stan, c’était connu, utilisait ses relations ethniques partout où il voyageait. Certains des ministres les mieux informés pensent que Stan est un sioniste pratiquant et dévoué et qu’il n’utilise l’église qu’à ses propres fins. Mais, comme de bien entendu, ce sont des questions sans réponses. La religion intime de quelqu’un est du domaine privé. Mais quand il parvient à la direction de l’église, c’est une tout autre histoire.

À partir des années qui suivirent le décès de Loma Armstrong, Stan accompagna constamment HWA. Cet arrangement profita de façon merveilleuse à Stan. De quelque nature fussent-ils, ses services coûtèrent fort cher à l’église.

Lors des jours ayant précédé l’imposition du règlement judiciaire, Herbert Armstrong parla à Wayne Cole de la possibilité d’enlever Stan de son poste de pouvoir. C’était peut-être une ruse, mais dans ce cas, c’était une tactiques des plus malséantes de la part d’un chrétien. On ne peut que spéculer à savoir si Herbert Armstrong voulait vraiment se débarrasser de Stan. Au programme 60 Minutes, on l’entendit dire de Stan que 50, 60 ou 70 millions $ peuvent s’avérer fort attrayants. Sa voix caractéristique scandait que Stan était un problème majeur dans l’église. Il sollicita l’aide de Wayne pour décrocher Stan du contrôle des finances de l’église. Donc, quand le couperet tomba, le 3 janvier 1979, tout sembla prometteur à ceux qui espéraient un grand nettoyage. Il y eut une vague d’espérance.

Mais Herbert Armstrong fit volte-face après avoir pris d’abord conseil d’un homme, juste un seul homme, pour ce que nous en savons. Et cet homme, c’était… Stan Rader. Que se dirent-ils ? Quel genre de pression fit changer d’idée Herbert Armstrong pour qu’il destitue plutôt Wayne Cole ? Pourquoi ne parla-t-il pas aux coordonnateurs régionaux ou à son Comité de Directeurs ? Dans sa conversation avec Wayne, il qualifia ses Directeurs de « comité d’idiots ». Mais le pouvoir légal était entre les mains du comité et le pouvoir ecclésiastique aurait dû être dans les mains des ministres ― pas dans les mains de Stan Rader. Devant ce qui se passait en janvier, il y aurait dû y avoir discussions et conseils. Pourquoi ne pas appliquer les principes d’Actes quinze ?

L’histoire d’amour de l’Église Universelle de Dieu avec les Juifs commença à se refroidir de façon notable dans les années 1970. D’abord, la réputation de Stan Rader se mit à se détériorer dans l’église, particulièrement au sein du ministère. On le blâma de plus en plus de la tournure que prenaient les choses, à partir du AICF, dont on se plaignait beaucoup, jusqu’au magazine new-yorkais Quest, décrié par tout le ministère resté fidèle à la Bible et qui avait feuilleté cette publication humaniste. Dans l’esprit des personnes bien renseignées, Stan était étroitement relié à cette opération. Robert Kuhn s’impliquait également beaucoup. Comme on le disait : « Herbert a son Juif ― Stan ― et Ted a le sien ― Robert ». À l’époque, l’on était nombreux à croire que Robert Kuhn travaillait pour Ted et se trouvait, en quelque sorte, en guerre contre Stan.

Dans tous les cas, beaucoup de gens avaient la perception que l’église se dirigeait dans une direction qu’elle avait si longtemps dénoncée. Elle allait en direction du libéralisme humaniste et elle y est maintenant bien engagée. Le Quest en était une grosse preuve. Comme autres preuves, il y avait la liste des livres publiés par Everest House, édition filiale du AICF. (Certains livres, chez Everest House, portaient des titres « chrétiens » comme : Dimensions des ténèbres ― une célébration de l’occulte ; Semence étrange ― nouvelle contemporaine d’une terreur indicible ; Comment fabriquer vos propres couteaux ; La vie d’un Juif ; La marche du zen.) Il y avait bien d’autres preuves encore, comme les voies libérales d’Herbert Armstrong. Son battage autour des techniques sexuelles de Masters and Johnson était en soi un écart majeur eu égard à ses enseignements originaux.

Dans la communauté de Big Sandy, Don Ward, doyen de faculté au Collège Ambassadeur, avait l’impression d’avoir percé le secret de Stan et Robert. Il était sûr qu’ils travaillaient ensemble. Ils jouaient « sur les deux côtés de la rue » et, peu importe le résultat, ils en sortiraient gagnants. Il pensait avoir affaire à un mode opératoire juif. Don possédait la plus grosse bibliothèque que j’aie jamais vue sur la question juive. De La majorité dépossédée, par Wilmot Robertson, au livre du sénateur Bilbo, Faites votre choix, il les avait tous. Ces écrivains décrivaient les méthodes juives visant à s’emparer du contrôle des postes clés. D’après le Dr Ward, il s’agissait d’un cas classique, directement sorti du texte.

Lorsque Stan Rader fut cité dans le forum du Worldwide News comme ayant dit que Robert Kuhn était loyal à 110 % à Herbert Armstrong, bien après que ce dernier l’eût avili publiquement, plusieurs personnes commencèrent à se demander si Don Ward n’avait pas raison, après tout.[2] Don avait projeté un scénario dans lequel Stan se gagnait le contrôle total de l’église et le reliait ensuite ouvertement au sionisme. Il était certain que Stan était sioniste et qu’il s’était bien intégré dans leur milieu. Don voit les sionistes comme la Bête de l’Apocalypse au lieu des dix nations d’Europe, comme l’enseigne HWA.[3]

Dans tous les cas, il y a un processus d’éloignement dans l’église à cause de la libéralisation doctrinale dont seraient responsables Stan et Robert Kuhn, selon un bon nombre de gens. Évidemment, HWA marche à plein dans tous les plans de Stan. Néanmoins, si Judas Iscariote était le « porteur de la bourse » au temps de Christ, Stan Rader est aujourd’hui le « trésorier » de l’Église Universelle de Dieu. C’est un poste dont il est fort jaloux. Lorsque Rod Meredith annonça le congédiement de Stan de ce bureau, en janvier 1979, ce dernier en fut très offusqué. Ce ne fut pas long avant que l’on constate où était le pouvoir. Il n’était pas du côté de Rod Meredith !

Je ne me rappelle pas la première fois où j’ai entendu le nom de Stan Rader. Jadis, dans les années soixante, quand les ministres du Sud du Texas se rendaient à la conférence ministérielle annuelle qui avait habituellement lieu en janvier, ils revenaient avec des histoires de sauteries données par Milt Scott, exécutif publicitaire choisi par HWA pour assurer le temps d’antenne radio de la production The World Tomorrow. C’était à une époque où la totalité du ministère de ce qu’on appelait alors la Radio Church of God était encore bien modeste. Dès la fin des années cinquante, Al Manteufel avait pris l’habitude de rapporter des histoires sur les titres de gloire du Sud de la Californie et de Milt Scott. Or, c’est définitivement de Milt Scott que nous entendîmes parler pendant quelques années, pas de Stan Rader.

Mais une chose est sûre : Stan Rader se montra la figure de façon graduelle. Finalement, fut un temps où le nom de Milt Scott ne fut même plus mentionné. On donna aux membres la nette impression que c’était un escroc qui avait « piégé » HWA, homme de Dieu trop confiant. Bien que, dans les régions locales, nous avions entièrement confiance en HWA, nous constatâmes que les « enfants de ce siècle sont plus sages que les enfants de la lumière ». Cela semble expliquer cette malheureuse tournure des événements.

Stan Rader vint doucement à se faire remarquer des membres. Lors de la Fête, à chaque année, Stan Rader faisait un « rapport financier » général et ennuyant. Mais bientôt, il n’y en eut plus, et il semble que le travail de Stan consista ensuite à présenter, de manière persistante, consistante et redondante, avec son style sec, les vertus et les grandeurs d’HWA telles que perçues au travers du regard impartial d’un non membre. L’idée était que, si Stan, non membre, percevait la grandeur d’HWA et nous la dépeignait, nous apprécierions encore plus cette grandeur.

Il était bien connu dans l’église qu’Herbert Armstrong avait grande soif de louanges, même si on « beurrait épais », et les gens ayant médité là-dessus n’y virent qu’une faiblesse que l’on devait accepter avec gratitude pour les autres qualités beaucoup plus facilement identifiables à l’enseignement biblique. Et, bien que plusieurs ministres de haut rang trouvaient moyen de le louanger devant l’église, personne n’arriva, ne serait-ce qu’à approcher, Stan en la matière. Il pouvait en mettre et en remettre tellement en trente minutes que bien des membres s’en trouvaient franchement gênés pour lui. Mais voilà bien un domaine où je n’ai jamais entendu HWA se plaindre.

En de nombreuses occasions, HWA a qualifié la manière de discourir de Stan de « style professoral ». Il se plaignait aux autres de la sécheresse de Stan, mais il finissait habituellement en disant que Stan « n’avait qu’à se lever pour parler ». Bien sûr, personne d’autre dans l’église « n’avait qu’à se lever pour parler ».

Récemment, quand Stan mentionna le nombre d’années qu’il avait roulé sa bosse dans l’église, j’en fus surpris. Je n’avais pas réalisé que ça faisait si longtemps. Pendant un certain nombre d’années, il s’était montré discret. Je crois maintenant qu’il a commencé à se faire remarquer peu après le décès de Mme Loma Armstrong, en 1967.

Albert J. Portune pris la suite en tant que gérant des affaires, comme on appelait ce poste qui fut plus tard désigné Vice-présidence en charge des affaires financières et du planning. Au dire de tous, M. Portune était fort compétent ― voire intelligent. C’était à coup sûr un prédicateur puissant et motivant. Il était passé maître dans l’utilisation des émotions pour transporter un auditoire. Sa diction, ses structures de phrase, ses choix de mots et son élocution étaient superbes.

En ce temps, le bureau des affaires semblait sans grand intérêt aux yeux des membres de l’église à qui l’on enseignait le peu d’importance relative de l’argent et des choses physiques. On avait pour idée que l’argent était un mal nécessaire, mais qui n’avait certes pas beaucoup d’intérêt. Quoi que l’argent passait pour une bénédiction dans les mains des membres, il ne provenait de Dieu que si on l’utilisait dans l’intérêt de l’église et de manière généreuse. En temps et lieu, tout l’argent périrait, et ce qui n’aurait pas été employé pour le bien de l’église serait sans valeur. Et on citait les Écritures appropriées.

C’est dans cette veine que furent produits les premiers rapports financiers annuels et c’est dans cet esprit que les membres considéraient le bureau des affaires comme un mal nécessaire.

Ce fut une déception pour bien des membres lorsqu’on annonça qu’Albert Portune était nommé à la tête du Bureau des affaires. Pour ceux qui, comme nous, envoyaient de l’argent sans rien recevoir en retour, cette nomination ne pouvait qu’être une rétrogradation. Il était maintenant impliqué dans les affaires de Mammon et moins qu’avant dans les affaires spirituelles. Nous ne réalisions tout simplement pas jusqu’à quel point l’argent était important dans l’église et pour HWA. Je ne pense pas que l’argent en soi était important, mais certainement les choses qu’il pouvait procurer. Et ces choses prirent de plus en plus d’importance dans l’église au fur et à mesure que les revenus augmentèrent, particulièrement lors de la période de croissante prospérité des années 1960.

Du point de vue des membres, l’ordre des postes de pouvoir se détaillait comme suit, à partir d’en haut : HWA, numéro uno ; GTA, héritier présumé, comme le disait Rod Meredith, était le numéro deux ; ensuite Rod Meredith, le numéro trois avec des aspirations à devenir le numéro deux. Dans le ministère et, par conséquent, aux yeux de l’église à l’époque, il est sûr que Rod était très puissant et numéro deux dans bien des domaines. Mais il n’eut jamais le contrôle de l’argent duquel il n’entendait rien, d’ailleurs.

L’argent n’était pas le seul domaine auquel Rod Meredith ne comprenait rien, comme vous le diront nombre d’hommes ayant travaillé pour lui dans le ministère. Il était particulièrement insensible à leurs besoins et utilisait son office pour favoriser son propre pouvoir. Mais ça, c’est une autre histoire.

Le fait est que, pour les membres ― et cela semble vrai en grande partie, même dans les mécanismes internes de Pasadena ― Rader devint lentement un puissant facteur. La mort de Mme Loma Armstrong fut des plus significatives dans l’histoire de l’église. Sur son lit de mort, une de ses dernières requêtes, selon de nombreux témoins, fut de voir les échelons élevés du leadership de l’église se réconcilier et travailler ensemble. À l’époque, on ne perçut pas le sens de ce vœu. Nous ne réalisions pas jusqu’à quel point ce leadership serait fragmenté dans les quelques années à venir.

Dans son bureau et en présence de Raymond McNair, Rod Meredith me dit que, dès 1965, il avait des preuves que Ted avait séduit des filles du collège et que cela se reproduisit dès lors régulièrement jusqu’à ce que cela devienne généralement connu et qu’un point culminent fut atteint lors des événements très publicisés de 1971 et 1972.

Je lui demandai s’il était allé voir M. Armstrong à ce propos et il me répondit que oui. « Qu’a dit son père ? » m’enquis-je. Rod dit que son père a toujours pardonné à Ted quand celui-ci démontrait du repentir en répandant des larmes et en quémandant le pardon. Raymond expliqua que Ted était un repentant professionnel. Il affirma que personne ne pouvait se repentir comme Ted. Évidemment, nous devons réaliser que nous sommes en présence de la crème de la crème du ministère duquel on avait dit aux membres qu’elle possédait la perception même de Dieu en tant que don de Sa part, et qu’une grande erreur à ce niveau élevé soulevait de graves questions. Une chose est certaine, ce savoir interne, gardé très secrèt, contribua énormément au pouvoir de Rod Meredith.

Bien qu’Herbert Armstrong ait émergé du milieu de l’Amérique, il n’avait pas « l’allure américaine », ni dans les premières années, ni dans la vie par la suite. Ses photos montrent un jeune homme qu’on aurait pu croire sorti d’un pays de l’est de la Méditerranée. Avant les années où le melting-pot s’est mis réellement à « bouillir », il y avait un genre d’apparence extérieure que les Américains qualifiaient « d’étrangère », et pour cause. C’est à cette époque que se manifesta l’immigration massive de Juifs d’Europe de l’Est. Des milliers de Juifs passèrent l’Île d’Ellis, ayant préalablement quitté l’empire du tzar russe, et vinrent faire… ils ne savaient trop quoi. Puisque leur culture était complètement différente, qu’ils parlaient une langue étrangère et que leur religion niait le Christ, on ne les considérait généralement pas comme des Américains.

Herbert Armstrong a toujours été un personnage fort complexe. Une des nombreuses facettes de sa vie est son apparente « judaïté ». Qu’il y ait le moindre sang chez ses ancêtres, ce n’est que pure théorie. En de nombreuses occasions, il a semblé le penser. Il mentionnait dans ses sermons que la tribu de Lévi était la plus importante dans l’ancien Israël et qu’il ne serait pas surpris de découvrir qu’il était vraiment de lignée lévite. Ceux qui méditaient là-dessus ne manquaient pas de se demander comment ç’aurait pu être le cas étant donné ce qu’on savait de sa famille.

Je me rappelle avoir rencontré sa mère et lui avoir parlé un certain nombre de fois, à Belknap Springs, en Oregon, au début des années 1950. Elle me rappelait les Américains de sa génération dont les racines se trouvaient dans le Midwest et qui avaient grandi juste après la Guerre civile. De ce que je me souviens, elle possédait une très bonne diction et le genre d’éducation de son époque. Elle avait des problèmes à harmoniser les noms et les verbes, chose commune chez les Américains du Midwest de jadis. Je ne me souviens de rien qui ait pu indiquer qu’elle fut de souche juive.

Mais depuis que je l’ai rencontré pour la première fois, à l’automne de 1950, HWA a une forte attirance pour les Juifs. Ma première explication, que j’ai d’ailleurs longtemps conservée en regard de ce sentiment, c’était son grand attachement envers l’Ancien Testament. Cependant, vu son enseignement disant que les Etats-Unis et la Grande-Bretagne soient l’Israël moderne et que leurs racines se trouvent dans la Bible, cette forte attraction pour les Juifs m’apparaît comme un problème. Sa très grande préférence pour la nation d’Israël et son désir apparent de se voir identifié à elle ― même si elle dénonce d’une seule voix ses doctrines ainsi que le Christ enseigné dans l’église qu’HWA gouverne ― sont remarquables, c’est le moins qu’on puisse dire.

Mais c’est une réalité du caractère d’HWA et ça explique en grande partie la relation de Stan Rader avec « l’apôtre ». Si une vertu spéciale se trouvait à résider dans le sang et qu’elle se transmette d’une génération à l’autre au travers des gênes, alors HWA voulait être relié à cette vertu.[4] Bien que cette attitude, ou son apparence, soit assez difficile à réconcilier avec le christianisme et passablement ardu à expliquer, le fait qu’elle existe devient un facteur puissant.

S’il y a un aspect plutôt curieux des sentiments pro-juifs de l’Église, c’est de voir que de nombreux membres de l’église ― gens par ailleurs voués à la paix, absolument contre la guerre et totalement contre le fait que les Etats-Unis emploient leur puissance militaire de quelque façon que ce soit ― ces membres, donc, furent de tout cœur avec les Juifs quand ceux-ci allèrent en guerre, en 1967. Apparemment, ces personnes ne décelaient pas l’incohérence de leur position contradictoire.

Ils croyaient aux vertus chrétiennes disant de tendre l’autre joue, d’aimer ses ennemis et de prier pour eux, sauf à cette occasion-là. Nous ne devons pas gagner au Vietnam, mais les Juifs doivent gagner au Moyen-Orient. Il était correct que les Arabes se fassent massacrer par milliers sous des bombes made in USA, mais nous ne devons pas adopter cette politique dans notre propre pays, peu importe les conséquences.

Voilà le climat pro-juif qui régnait dans l’église à cette période. Donc, la table était mise, que ce soit pour Stan R. Rader ou quelqu’un d’autre. On n’a pas à se poser de question quant aux antécédents juifs de Stan, tant pour les bons que pour les mauvais aspects que cela entraîne. Comme Stan l’a dit à Mike Wallace, lors de l’enregistrement de l’émission 60 Minutes de la CBS, il lui a fallu vingt ans à côtoyer continuellement HWA pour en arriver à se « convertir ». On nous a dit que Stan fut baptisé par HWA dans le bain d’un hôtel de Hong Kong pendant l’été de 1975. Si vingt ans se sont écoulés avant que Stan soit converti, cela veut dire qu’il côtoie HWA depuis 1955.

Voici ce que raconte Ted Armstrong à cet effet : Stan travaillait pour l’agence de publicité de Milt Scott, à Hollywood. Milt tenait la comptabilité de la Radio Church of God et réservait le temps d’antenne des stations de radio. Stan demanda à ce qu’on lui confiât la comptabilité et, partant, développa la relation qui devait lui être si profitable ― profitabilité qu’il ne nia jamais.

Au fil du temps, au fur et à mesure que l’église crût en richesse, Stan s’écarta complètement de Milt et revendiqua toute la comptabilité de l’église pour lui-même. Si c’est vrai, on peut y voir un problème d’éthique, mais encore là, peut-être l’éthique n’était pas du tout un problème. (Un article paru dans le numéro d’août 1979 de The American Lawyer intitulé Le diable et Stanley Rader, par Henry Goldman, confirme cette histoire.) En tous cas, le fait demeure que Milt Scott avait la comptabilité et que, le jour suivant, il ne l’avait plus. Mais Stan l’avait ! Et personne n’a jamais pu rendre la pareille à Stan. Il a fait de cette comptabilité l’œuvre de sa vie et ce, avant qu’il « n’achète » la religion. Il trouva que cette entreprise méritait qu’on la poursuive. Il s’y accrocha et n’eut pas l’intention de lâcher prise.

Quant à HWA, il avait découvert un homme qui ne trouverait pas étrange qu’il parle de sabbats hebdomadaires et annuels, ou d’Israël, ou d’autres éléments de l’Ancien Testament. HWA a dû se sentir confortable dans ce genre d’arrangement ― assez confortable pour investir énormément sur l’éducation et l’avenir de Stan. Celui-ci pouvait réaliser pour HWA des choses que personne de l’église ne pouvait faire, parce que Stan était en mesure d’ignorer certains enseignements chrétiens. (HWA pouvait également ignorer ses propres enseignements d’une manière dont peu de membres se rendaient compte.)

Pour ceux qui sont arrivés à l’église après que les mouvements des droits civils eurent atteint le succès durant les années soixante et au début des années soixante-dix, il leur est difficile de réaliser comment se passaient les choses auparavant. Il faut avoir vécu le changement d’atmosphère survenu dans le prestigieux bureau juridique du WASP pour juger de ce qu’avait dû traverser HWA quand autre chose que la ligne directrice religieuse entra en jeu dans les affaires légales.

Le fait qu’il ait préféré voyager au nom du collège plutôt qu’au nom de l’église, et qu’il ait voulu se séparer de l’église dans l’esprit des gens était motivé, n’en doutons pas, autant par son vif désir d’être accepté que par le dessein claironné haut et fort de mieux promouvoir les intérêts de l’église.

Le programme radiophonique d’HWA s’appelait The World Tomorrow (Le monde à venir) et il fut écouté pendant de nombreuses années par des millions de personnes qui ne se rendaient pas compte qu’il y avait une église derrière. La majorité de ceux qui le savaient n’avaient aucune idée du nom de l’église et soupçonnaient encore moins que ce prêcheur radiophonique croyait au sabbat du septième jour.

HWA préférait qu’on le considère comme un « homme d’affaires », ou sinon, un président de collège. Bien qu’il ait lui-même décroché au niveau secondaire, il occupe depuis de nombreuses années le poste de président ou de chancelier ― ça a changé ― d’un, ou de deux, ou même pendant un temps de ses trois collèges. Il a essayé d’éviter de se faire connaître comme « religieux » autant que faire se peut. Beaucoup de ceux qui lui sont proches dans l’église ont remarqué, au fil des ans, une forte tendance à privilégier ses relations avec les gens se trouvant en dehors de l’église. Cela s’avéra d’autant plus après le décès de son épouse et quand il commença à voyager.

Puisque Stan continua à étudier la loi à l’Université du Sud de la Californie avec l’aide de son nouveau patron, Herbert Armstrong, il put donc bâtir et solidifier sa relation. Pour sa part, HWA devait se sentir très à l’aise d’avoir un conseiller juridique qui puisse le diriger au travers du labyrinthe légal que son regard sans expérience ne pouvait pénétrer. Mais une chose est certaine, et il pouvait le voir clairement, il aurait besoin d’une firme juridique des plus sympathisantes ― d’autant plus que l’église croissait. Et il crut que c’était la chose à faire.

De bien des manières, la Californie du Sud était semblable à ce qu’avait été la Côte Est quelques années auparavant, avec ses country clubs et ses cabinets d’avocats appliquant la ségrégation concernant les Juifs. Les cabinets d’avocats, tout particulièrement, étaient soit l’un ou soit l’autre. Il sembla donc tout naturel à HWA d’avoir la perception qu’il aurait avantage à être servi par des Juifs n’ayant aucun intérêt à soutenir le statu quo quant à la religion ou quant à la loi.

Une des facettes d’HWA était religieuse. C’était la facette de son succès, peut-être le seul succès qu’il ait jamais réellement eu. Il est possible que, durant cette période, il crut à la cédule prophétique prédisant que l’église allait s’envoler vers un endroit de sécurité (Petra, en Jordanie) en janvier 1972. Ses principaux évangélistes crurent aussi à cette date, pendant toute la durée des années 1960, ou alors, c’étaient de fameux hypocrites. Gerald Waterhouse l’enseignait officiellement et avec force dans le monde entier ; d’autres aussi, y compris HWA, même jusqu’au printemps de 1970. Comme il l’expliquait encore à cette date tardive, il était sûr à 95 % d’avoir raison à ce sujet.

Je passai l’année scolaire de 1969-1970 à Pasadena et j’étais présent pour entendre HWA émettre officiellement son opinion à ce propos, lors d’une étude biblique du vendredi soir au sujet de la prophétie. Il passa au travers de Daniel 7 et 11 et Apocalypse 13 et 17, en terminant avec les 2 520 ans qui aboutissaient à l’an 1972.

Rod Meredith avait pris la parole devant l’église de Corpus Christi où, dans un sermon donné à l’automne, il livra l’avertissement de ne pas régler notre vie sur cette date. Je comprends qu’il ait parlé ainsi durant sa tournée festivalière de 1970. Charles Crain, chauffeur d’HWA lors de sa tournée de cette année-là, parlait en riant d’une confrontation entre Rod et HWA. (Je crois que c’était à Jekyll Island.) Apparemment, HWA ordonna à Rod d’arrêter de parler sur ce point ou bien alors d’enligner son message sur la date officielle de 1972.

Vu sous cet angle, je n’ai aucune raison de croire qu’il agissait de manière hypocrite à ce propos, mais je suppose qu’il avait vraiment pour opinion que 1972 serait le point culminent des prophéties et produirait la « captivité de l’Israël moderne » à la fin des 2 520 ans ayant débuté avec la chute de Babylone, en 539 av. J.-C. Les trois ans et demi ainsi que les sept ans de Nébuchadnetsar entraient en jeu, mais la formule telle qu’appliquée voulait que les Etats-Unis, l’Angleterre et les autres démocraties anglo-saxonnes tombent sous l’épée du Saint Empire romain ressuscité et dominé par l’Église catholique, comme le décrivent les symboles d’Apocalypse 17.

Comme on l’a reconnu dans l’église depuis lors, le syndrome de 1972 fut sans aucun doute un facteur majeur des problèmes ayant surgi ensuite. Bien que beaucoup de causes étaient sous-jacentes, l’échec de la prophétie de 1972 prouva la faiblesse d’HWA dans ce domaine. De la même manière que la dissimulation des problèmes de Garner Ted, l’échec de la prophétie de 1972 affaiblit l’église. Pendant ce temps, le prestige et le pouvoir de Stanley Rader s’accrurent, le mettant en position de récolter de riches dividendes.

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[1] N. du T. : M. Robinson manquait peut-être d’informations au sujet du judaïsme moderne et de son livre sacré, le Talmud babylonien, qui sont contre toute forme de christianisme. Nous vous encourageons à lire notre document intitulé L’histoire occulte des faux Hébreux : les Khazars, de Benjamin Freedman. Vous y verrez que le judaïsme moderne n’a rien à voir avec le christianisme, ni même avec l’Ancien Testament. Le judaïsme moderne, n’est rien d’autre que le pharisaïsme orthodoxe du temps de Jésus qu’Il appela « tradition des hommes ».

[2] N. du T. : Il s’est avéré par la suite que Stan Rader était un franc-maçon illuminatus au 33e degré. Considérant l’infiltration juive illuminati au sein des églises chrétiennes, cela en révèle beaucoup sur la direction prise par l’Église Universelle et tous ses rejetons…

[3] N. du T. : Des informations accumulées et de plus en plus nombreuses m’ont amené à croire la même chose. Je vous conseille de lire l’article de Moisson des Élus intitulé L’authenticité des Protocoles des Sages de Sion.

[4] N. du T. : Il existe effectivement dans le Talmud juif une théorie (mentionnée comme « vérité ») voulant que la race juive possède la vertu divine, une étincelle de Dieu habitant chacun des membres de la race juive. Les rabbins en déduisent une supériorité des Juifs sur les Gentils et qui font d’eux les maîtres du monde. HWA était-il au courant de cette théorie malsaine ? Peut-être Rader lui en avait-il parlé…