D.209 – L’INEXTRICABLE TOILE D’HERBERT W. ARMSTRONG – Partie 11

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Regard interne sur l’Église Universelle de Dieu

Par DAVID ROBINSON

 

Chapitre 10

LE PETIT « GRAND HOMME »

 

Herbert Armstrong est un personnage très complexe. Il a beaucoup tenu à « l’arbre de la connaissance du bien et du mal ». Stan m’a dit, en 1978 : « Dave, je connais mon homme ». Et il le connaît. Il l’étudie depuis plus de vingt ans. Quels que soient ses motifs, il a suivi son sujet de manière énergique et de très près.

Proche compagnon de voyage d’HWA pendant des années, le Dr Lochner attribue un bon nombre des faiblesses de sa personnalité et de son ambition démesurée à sa petite stature. La théorie du Dr Lochner soutient qu’Herbert s’est vu fréquemment rejeté dans sa jeunesse à cause de son apparence et de son petit gabarit. En revanche, cela le motiva à « rendre la pareille » à la société. Le rejet essuyé pendant ses années de jeunesse aurait également provoqué sa paranoïa de longue date et son instabilité émotive dans certains secteurs de sa vie. Il fut souvent repoussé des femmes durant les premières années de sa vie. Ça a laissé des marques.

Il arrive souvent que les hommes courts, particulièrement ceux qui sont parfaitement conscients de leur manque de stature, compensent par tous les moyens qui leurs sont offerts. Herbert Armstrong découvrit qu’il pouvait être un « grand homme » derrière un lutrin. Pour la première fois de sa vie, il ressentit le pouvoir dans son sens réel. Et il réalisa que, dans l’esprit de ses disciples, ce pouvoir était un transfert d’autorité de Dieu sur lui-même. Il dut donc s’appliquer à s’identifier étroitement à Dieu dans l’esprit de ses auditeurs. Nous en reparlerons plus loin.

Le rejet subi à l’égard des femmes rencontrées dans sa jeunesse et même de sa propre épouse dans le lit conjugal (selon sa version) intensifia ses sentiments de persécution et d’inadaptation, et stimula son besoin de se prouver à lui-même. Il voulait que les gens croient qu’il était un « tigre ». Il devait prouver qu’il était aussi bon que les autres hommes, sinon meilleur, même dans la sexualité. N’avait-il pas démontré sa supériorité derrière le lutrin ? Était-il meilleur que Ted, même derrière le lutrin ? L’orgueil, le doute envers lui-même, la frustration, l’envie, l’amour/haine semblèrent s’intensifier avec l’âge. Encore une fois, le vieil adage s’avérait : « Une fois homme, deux fois garçon. »

Par exemple, il voulait que le monde entier sache qu’il pouvait avoir des relations sexuelles même à un âge avancé et, donc, il fit paraître un article à cet effet dans le Worldwide News immédiatement après son mariage. Il parla longuement et explicitement de sexe aux collégiens seniors ― sans les ménager. Il était « l’autorité ». Il avait étudié Masters and Johnson et était donc devenu fort « avancé » dans ce domaine. Bien qu’il ait écrit antérieurement Ce que Dieu dit de la nouvelle moralité, ses nouveaux enseignements entraient passablement en conflit avec sa publication. Il s’affichait encore comme celui qui possédait le seul point de vue sur le sexe, mais il oubliait d’expliquer comment et pourquoi Dieu avait si radicalement changé d’idée ! Sa vision du sexe, enseignée avec vigueur, affecta le lit conjugal de milliers de personnes. Il enseigna toujours « au nom de Jésus ». Toutes ses lettres sont signées de cette façon. Son association avec le divin n’a jamais cessé.

Il déclara avoir « l’esprit de Dieu plus que quiconque sur terre ».

Même les personnes bien au fait de son flagrant dédain pour les Dix Commandements sont encore quelque peu effrayées par l’autorité divine d’Herbert Armstrong ! Les oreilles qui, pendant des années, ont entendu déclamer cette autorité ont beaucoup de misère à se débarrasser de sa forte résonance.

Devant un auditoire, il peut s’afficher comme le plus aimable et bienveillant des hommes ― irradiant l’image même du bon grand-père. Il peut donner l’impression de n’avoir que de l’amour dans le cœur et accrocher le sourire le plus charmant. Il peut louanger et glorifier un homme plus que tout autre, puis se retourner et détruire l’homme qu’il vient de louer avec tant de somptuosité. Il peut vanter fortement un homme devant un auditoire pour ensuite le lacérer de façon inimaginable en privé et presque immédiatement après. Comme me l’a dit un jour Sherwin McMichael : « Les pas de M. Armstrong sont littéralement jonchés de dépouilles d’hommes qui l’ont fidèlement servi ».

Bien que le corps d’Herbert Armstrong soit court et que ses épaules se voûtent d’une manière qui manque de masculinité, sa voix, elle, est puissante. Il a dit parfois qu’il avait hérité de la voix de son père. Ç’a été une des meilleures voix d’orateurs du vingtième siècle en Amérique. On n’a qu’à comparer ses enregistrements d’il y a vingt-cinq ans avec ceux de Franklin Roosevelt et Winston Churchill et l’on constate que la qualité de sa voix est indéniable. Si ce n’est meilleure. Elle possède une remarquable qualité de commandement. En contrepartie, il n’y a pas le caractère divin allant avec la voix.

À l’époque des années de formation d’Herbert Armstrong, on implantait dans l’esprit de nombreux Américains de devenir riches, préalablement en étant industriel, d’être respecté, de vivre très bien dans une belle maison, de soutenir les arts, de voyager en grand et de s’associer à la royauté. Si on avait une fille, elle devait épouser un comte, un lord ou même un duc, si possible. Quand les individus de l’époque suivaient ces pratiques et revenaient à la maison, ils avaient tendance à toiser les gens de haut en les considérant inférieurs.

Car, en fin de compte, n’avaient-ils pas habité les plus grands hôtels outremer et n’avaient-ils pas été présentés dans les cours royales ? Que ces gens de la « royauté » n’aient été que des prétendants et que plusieurs d’entre eux aient porté des titres invalides n’avait que peu d’importance. Peu importait également que bon nombre parmi eux étaient libertins. Tout était dans l’image, l’illusion. Voilà ce qui importait. Les Américains de cette époque étaient prêts à dépenser une fortune dans ce genre de projets. C’était le nec plus ultra de l’existence. Et Herbert Armstrong fut toute sa vie très conscient de son image. C’était plus important que la substance.

Il semble que, dans sa vieillesse, Herbert Armstrong ait réalisé cette illusion : vivre les rêves d’un autre âge et faire ce qu’il rêvait de faire dans sa jeunesse à Chicago. Sa promiscuité avec les « grands et les moins grands » de l’époque doit lui avoir inspiré des fantaisies qu’il a tenté de réaliser le plus tôt possible ― même octogénaire et aux frais de l’église.

Maintenant, il peut visiter « les rois, les empereurs, les présidents, les gouverneurs, les juges et les dirigeants », réparant ainsi les carences du passé. S’il y a une chose que méprise Herbert Armstrong, c’est bien la pauvreté et tout ce qui va avec. Il se vante depuis longtemps qu’il ne regarde jamais le prix d’un steak quand il va dans un restaurant. Ce n’est pas digne de lui. Ses factures de restaurant sont astronomiques, spécialement en considération de l’état financier de l’église. Il vit « délicieusement ».

Son fils me parlait parfois des habitudes d’achat de complets de son père. Il me disait que son père préférait de loin payer un complet deux fois le prix dans une boutique fréquentée par les gens très riches que d’acquérir le même habit à la moitié du prix dans un magasin où il ne serait pas vu des richards. C’était toujours une question d’image. Voilà qui est important à se rappeler. L’on ne peut comprendre HWA sans d’abord saisir l’importance de son image. Il aime énormément se promener dans une limousine Cadillac noire ou bleu foncé avec chauffeur. Il s’assoit habituellement sur le siège arrière, comme un potentat. Il se tire à quatre épingles et les gens ont beaucoup de mal à imaginer qu’il s’agit d’un prêcheur. Ils penseront plutôt qu’il s’agit d’un producteur de cinéma, un riche visiteur étranger, un industriel, ou autre, mais jamais un prédicateur ou une personne impliquée dans le domaine de la religion.

On ne pourrait pas l’imaginer monté sur une mule, ou marchant des milles et des milles dans la poussière de la Judée, endurant de grandes souffrances, déambulant parmi le peuple, évitant les célébrités, ou se donnant pour les autres, par exemple.

Beaucoup de ceux qui le connaissent depuis longtemps, incluant les membres de sa famille, rapportent qu’il a toujours parlé d’une conspiration montée contre lui. Pour lui, tout le monde, y compris sa famille, se liguent contre lui. Son complexe de la persécution fut toujours très fort.

Lorsqu’on examine objectivement le bilan, il a tout l’air d’avoir été lui-même le plus grand des conspirateurs. Certains membres de sa famille signalent ses étranges habitudes de lecture. D’après ces relations, il aurait lu très attentivement, jusqu’à étudier sur une longue période de temps, le livre d’Adolf Hitler, Mein Kampf. Il fut particulièrement impressionné par les méthodes d’Hitler qui se déplaçait rapidement dans les petites heures de la nuit, entre minuit et le lever du jour, lorsqu’il voulait frapper un grand coup. (Hitler croyait que la résistance des hommes était plus faible durant ces heures-là.) Les événements de ces dernières années ont amplement démontré l’efficacité de l’application de ces méthodes. Bien entendu, ce n’était pas la façon d’agir de Christ !

Il n’y a pas le moindre doute qu’HWA utilise de main de maître l’intimidation. Il n’y a aucun doute non plus qu’il ne supporte personne autour de lui qu’il ne peut dominer ou intimider, sauf Stan Rader. Mais ça, c’est toute une histoire en elle-même. Il rend littéralement craintifs les gens qui travaillent pour lui. Comme s’il voulait les « posséder » ! Quand tant de mal est exécuté au nom de Dieu, on doit se poser des questions : Dieu veut-Il vraiment que les gens honorent et obéissent à ce genre d’hommes ? Cet homme est-il réellement « le seul apôtre du vingtième siècle » ?

Herbert Armstrong explique que « au nom de » signifie « par l’autorité de », et lorsqu’il parle « au nom de Christ », il veut dire « par l’autorité de Christ ». Il veut dire que Christ le dirige. Mais il y a un problème majeur à cela. Il fait trop de déclarations conflictuelles. Voyez plutôt : sortez toutes les lettres, les articles et les proclamations qu’il a écrites lors des vingt-cinq dernières années et essayez de les concilier. C’est un véritable exercice de frustration. La confusion, dont Dieu n’est pas l’auteur (1 Cor. 14:33), s’y trouve en abondance. Pourtant, toutes ses lettres furent signées « au nom de Jésus ».

Tous les grands escrocs sont des maîtres du rationalisme. Ils peuvent fournir d’excellentes raisons qui semblent tout à fait plausibles pour que vous fassiez ce qu’ils veulent. L’habileté d’Herbert Armstrong en ce domaine est insurpassable.

Aucune de ses lettres ne fut tant un chef-d’œuvre du genre que celle qu’il écrivit aux membres de l’église le 22 novembre 1978 dans le but d’expliquer pourquoi l’église devait conserver le Quest/78. (Il avait promis de se débarrasser de cette propriété discutable quelques temps auparavant.)

Il était très fier de la lettre qu’il avait écrite aux membres en 1974 pendant un vol d’urgence en provenance de Manille pour redresser l’agitation régnant alors dans l’église, provoquée par les histoires concernant Ted. Il me confia qu’il avait passé toute la nuit à écrire cette lettre. Fait intéressant à noter, quand j’en parlai à Stan, celui-ci me dit que ce n’était pas vrai, car il [Stan] avait écrit la lettre lui-même !

Le Dr Lochner, qui doit bien être au courant, dit que Stan « mit littéralement les mots dans la bouche d’Herbert Armstrong ». Il lui signala quoi écrire, presque mot à mot !

Écrivant dans l’Ambassador Report de 1977 un article intitulé Le fils prodigue, Al Carrozzo raconte ceci à propos du vrai caractère et des vrais motifs d’HWA :

« Le 22 mai 1973, à 13h00, Ted me quitta en ne me laissant aucun doute quant aux motifs, aux intentions et au modus operandi véritables de son père ! Lors d’une réunion privée de trois heures dans son bureau, Ted me dit qu’il était spécifiquement en désaccord avec son père sur un bon nombre de questions, y compris sur la doctrine. Il m’expliqua que son père voulait désespérément être accepté du monde, et c’était la raison pour laquelle il voyageait continuellement autour du globe, cherchant la faveur et l’écoute des dirigeants mondiaux.

« Ted admit qu’il avait vu son père complètement soûl à une douzaine d’occasions. Il a déclaré que son père lui avait dit qu’il (Herbert) ferait n’importe quoi pour maintenir « l’Œuvre » à flot ― y compris mentir, voler et corrompre. Je fus sous le choc, bien sûr, mais, par la suite, je vis personnellement Herbert « bourré » à quelques occasions et je le surpris nombre de fois à mentir. Je commençai à noter ces mensonges dans ses lettres aux membres et aux co-ouvriers, et ils se sont poursuivis jusqu’à aujourd’hui.

« L’année 1973 en fut une de réalisation pour moi. J’appris les ébats sexuels durables et poussés de Ted ; la dissimulation totale d’Herbert ; la corruption aux niveaux les plus élevés de l’Église Universelle ; les explosions de plaisirs d’Herbert autour du monde sous couvert de prêcher le véritable évangile ; le gaspillage de vastes sommes d’argent en trésors artistiques extravagants ; l’exploitation de gens crédules et pressurisés ; les erreurs doctrinales flagrantes ; la répression d’êtres humains ― mentalement, émotionnellement, physiquement et spirituellement. Oui, 1973 m’a démontré que la malhonnêteté était une manière de vivre pour Ted et son père, et cette façon de vivre n’a pas changé depuis lors. » [p. 47.]

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